• Femme de tête

     

    Être numéro quatre dans son entreprise ou devenir Numéro une d’une société du CAC 40, Emmanuelle hésite. L’accession à la tête d’un géant de l’industrie promet un rude combat, d’hommes à femmes. Un cercle d’influence féministe et féminin la soutient dans une entreprise inédite. Emmanuelle a passé dix ans à faire oublier qu’elle est une femme; ses conseillères lui imposent maintenant d’exposer sa féminité. Son mari renâcle, elle ne l’a même pas consulté. Son père philosophe convoque les auteurs dénonçant les vertiges du pouvoir.

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    « Tu pourrais au moins me dire que tu es fière de moi, non ? »

    Silence. Silence encore plus profond quand Emmanuelle évoque le suicide de sa mère.

    « Arrête avec ça, dit le père alité dans un hôpital, on ne se suicide pas quand on a une fille de dix ans. »

    Le père et la fille s’aiment mais ne s’entendent plus. Et si le père se méprenait sur les intentions d’Emmanuelle ? Agit-elle vraiment par goût du pouvoir, par ambition ? Le premier plan du film donne un début de réponse. La dernière séquence clôt la boucle familiale.

                                     Numéro Une : Photo Emmanuelle Devos, Sami Frey

    Au-delà de la plongée sidérante dans les arcanes du champ de bataille industriel (avec la collaboration de la journaliste Raphaëlle Bacqué), Tonie Marshall dépeint une femme soucieuse d’honorer la mémoire de sa mère. Emmanuelle accepte de défier une horde de loups sexistes (berk,cette main fugace du PDG sur la cuisse d'Emmanuelle) parce que sa mère était intrépide audacieuse, entreprenante, le contraire de son mari, satisfait de régner sur un amphithéâtre d’étudiants buvant ses paroles. Cette différence de tempérament persiste entre Emmanuelle et son père, source d’affrontement larvé au cours de joutes verbales en pure perte. 

                                                              Numéro Une : Photo Emmanuelle Devos, Sami Frey

    L’ombre de la morte plane sur les desseins d’une femme assurément forte, aplomb teinté de fragilité, nourrie de solitude et d’impuissance. Qui suis-je ? Qu’est-ce que je veux et pourquoi ? Emmanuelle défriche une trajectoire semée d’embûches visibles et sournoises. Elle devra utiliser les mêmes ficelles pourries que tendent ses rivaux sous ses pas déterminés. Si elle arrive à ses fins, ce sera une amère victoire. Elle surprend son principal adversaire à essuyer une larme en écoutant La Tosca. Le loup alpha a donc un cœur… bien enfoui sous la cuirasse de dirigeant retors qu’il a maillée à force de coups bas. Âcres victoires, dénuées de joie, happées dans la spirale infernale de la domination. Emmanuelle est coincée. Elle mène un combat symbolique qui balaye toute considération affective, conjugale ou familiale. Ne compte plus que la réussite d’un projet qui dépasse la raison et répond au projet sens d’un parent sur son enfant.

    Emmanuelle rejoint les portraits canons de Miss Sloane et de Corporate. Numéro une (15 novembre) déprime et inspire à la fois. Il tombait pile en cette Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. L'urgence se confirme de penser à être plutôt qu’à paraître, femme et homme confondus.    

     

          Corporate lance le prochain atelier de ciné-narration du samedi 16 décembre.

     

     

     


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