• Esquive maternelle

    J’ai encore esquivé la vision de Mommy hier soir  au FIFF

                                                                                          Mommy

       

    Après deux projections qui m’ont paru longues, je n’étais plus assez frais psychiquement pour vivre 2 heures 14 minutes d’une relation tumultueuse entre un adolescent intenable et une mère déjantée. Je me souviens très bien du premier film de Xavier Dolan, J'ai tué ma mère, qui m’avait à la fois  agacé et intéressé. Son histoire conflictuelle avec sa maman résonnait fort avec la mienne.  Le jeune virtuose du cinéma québecois déploie une énergie folle avant et dans ses films. Il écrit le scénario, crée les costumes, fait le montage, réalise le dossier de presse. Il marque son film d'une empreinte indélébile, avec la complicité toutefois de ses deux actrices fétiches  Anne Dorval Anne Dorval

     

    et Suzanne Clément     Suzanne Clément

    reprises dans les films "maternels". Dans J’ai tué ma mère, il joue lui-même l’adolescent rebelle à une mère manipulatrice. Xavier Dolan utilise le cinéma comme une catharsis. Il intègre au scénario des répliques textuelles échangées avec sa génitrice. Il liquide des affects longtemps refoulés avec une impudeur et un narcissisme assumés.

    Cet étalage affectif déclenche sporadiquement mes défenses contre la résurgence d’émotions et de souvenirs douloureux de mon adolescence. Je suis donc curieux de voir Mommy et de jauger l’évolution de ma lucidité émotionnelle. Vais-je reconnaître mes émotions, les accepter et en parler ? « Le fait de nommer les émotions, de redonner une histoire, une couleur, une vérité à un événement et de le partager avec un autre, est déjà en soi thérapeutique,» souligne Anne Dufourmantelle.

    En voyant un film, nous accédons à des émotions qui ne se disent pas. La vision d’un film  génère un processus de réélaboration. Après la projection, nous sélectionnons des séquences marquantes et nous montons notre film. Nous donnons un sens personnel à nos sensations et perceptions. Nous reformulons l’histoire vue à l’écran et en la racontant, nous établissons des passerelles avec notre réalité quotidienne. La façon dont nous racontons notre histoire du film façonne une réalité différente. La narration ouvre d’autres possibles.

    J’irai certainement voir Mommy avec mon épouse qui prête souvent une oreille bienveillante à mes premières impressions. J’en parlerai peut-être avec un ami thérapeute. Mais hier soir, je n’étais pas prêt à voyager avec Xavier.

     

                                         Bande de filles 

    La fin de l’adolescence à l’orée du monde adulte aimante  les toiles namuroises. Cette période charnière est essentiellement représentée par des destins féminins. On suit des filles obligées de grandir avant l’heure ou déterminées à prendre leur indépendance pour échapper à un père enfermant, à des parents indigents ou engoncés dans leur souffrance personnelle. Elles affichent une assurance de façade qui masquent une fragilité réelle.Le questionnement identitaire de l’adolescent varie peu selon les époques. En revanche, désarroi et démission grandissent chez les adultes. Les jeunes cherchent réconfort et soutien au sein de bandes de copains, d’amitiés exclusives, de communautés sur les réseaux sociaux. Ils s’investissent dans un projet personnel, quitte à se casser les dents. N’importe quoi plutôt que la routine la dépendance familiale ou les études formatées.          

    Bande de filles   dépeint l’ordinaire enclavé de quatre ados de 16 ans vivant  en banlieue parisienne. Les actrices sont formidables, le film, moins.

     

    Karidja Touré                              Assa Sylla

    J’ai croisé Karidja Touré       et              Assa Sylla

    près du chapiteau du FIFF, deux membres du quatuor. Elles étaient pareilles qu’à l’écran.  Tourner « a été une sacrée expérience », à lâché Assa, les yeux pétillants. Elle n’a pu en dire plus. Leur réalisatrice a coupé court au dialogue d’un  sec : «  Bon, on y va ». Céline Sciamma était probablement comme moi au soir : lasse.

     


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