• Errer à l'air libre

     

     

    Retour vers le passé hier soir au télécinéma. Un doublé Robert Enrico (disponible en DVD).

    D'abord Les grandes gueules, avec Bourvil et Lino Ventura. Lino, comme d'habitude, en dur bourru ; Bourvil dans un de ses rares rôles dramatiques, qu'il avait endossé une première fois en 1958 dans Le miroir à deux faces. Curieusement, le comique au cœur tendre terminera sa carrière dans la peau d'un commissaire de police solitaire, Le cercle rouge, en 1970.

    Les grande gueules, donc. La fraternité virile de repris de justice au service d'un petit patron de scierie. On sent la patte du scénariste José Giovanni, ancien taulard, condamné à mort et gracié, avant d'écrire et de réaliser des films. Les arbres se couchent dans les forêts vosgiennes, décors somptueux gorgés de chlorophylle. On respire le bon air, les délinquants ont l'air bien.

                                Les Grandes gueules : Affiche                                        Affiche Le Secret

    En deuxième écran, Le Secret. Vaut surtout pour son trio d'acteurs. Un couple (Marlène Jobert et Philippe Noiret) héberge un fugitif ( Jean-louis Trintignant) dans leur bastide ardéchoise. L'inconnu porte un lourd secret, dérobé à l'État menaçant. La bohème insouciante des amants cède sous la tension d'un danger imminent. Ces deux bons moments revivent sur Arte, le jeudi 17 décembre à 13h35 et 23h55 respectivement.

    Ces deux "antiquités" cinématographiques (1965 et 1974) cristallisent le besoin de liberté de la décennie 1965-1975. Cette liberté que nous recherchons actuellement au grand air, lassés de vivre en vase clos. Les voitures garées à l'orée des bois témoignent de cette incompressible envie de se changer les idées, en respirant le rythme d'arbres séculaires, imperturbables piliers de vie tranquille.

    Il y avait du monde également à l'Abbaye de Villers-la-Ville, transformée en exposition à ciel ouvert. Le monastère roman accueille 22 sculptures de Folon, disséminées sous les arches médiévales et pourtours. L'accès est possible sans rendez-vous, de 10h à 17h00. Ce pain béni aiguise l'appétit d'un large public, heureux de sortir, de voir du beau et de marcher au calme. Partir retient le regard, invite au voyage et à la contemplation.  

                                                                 Vingt-deux sculptures de Jean-Michel Folon exposées jusqu’en février à l’abbaye de Villers

     

    Le tour de l'abbaye nous emmène sur un sentier méditatif, à parcourir en pleine conscience. Je retiens les mots "Patience", "Acceptation" et "Confiance", attitudes tellement ardues à épouser en cette longue période de vie en dedans. Une figure apparaît, parfaite incarnation de ces trois préceptes, celle d'Alexandra David-Néel, dont je lis la biographie en quatre volumes dessinés. Elle fut la première femme à pénétrer au Tibet au terme d'une longue marche de 2 000 km, accomplie avec son fils adoptif, d'octobre 1923 à février 1924. Elle franchit plusieurs sommets à plus de 7 000 m d'altitude, déguisée en pèlerine tibétaine, pour déjouer les contrôles, vivant de la mendicité. Quel courage, quelle endurance, quel entêtement !  Chapeau aussi à sa secrétaire particulière, Marie-Madeleine Peyronnet, qui fit preuve d'une patience d'ange au service de l'exploratrice acariâtre, de 90 à 101 ans.

     

                             BD UNE VIE AVEC ALEXANDRA DAVID-NéEL                                                                    BD UNE VIE AVEC ALEXANDRA DAVID-NéEL

    Les grands espaces nous rappellent notre finitude ; ils stimulent aussi l'humeur. Nous rêvons d'évasion, de lumière, de légèreté. Une balade dans les bois et le récit de randonnées épiques nous larguent un parfum de grand large. Le cinéma remplit également cet office. Le cinéma sur une grande toile, à coup sûr. La fenêtre espérée de la réouverture des salles en fin d'année a été close brutalement. Les exploitants crient famine. La profession commence à envisager un avenir sans spectacle commun. Inimaginable !

    C'est inimaginable en effet, tempête Denis Villeneuve. Il peste contre la sortie simultanée de son film Dune en salles et vidéo à la demande. Il a mis trois ans à peaufiner une image et un son conçus pour le grand écran. Comme toujours, le public décide. S'il a pris l'habitude de cliquer sur un bouton pour regarder un film, reprendra-t-il ses bonnes vieilles habitudes de sorties cinéma ? C'est évident, j'irai voir Dune grandeur nature. La profondeur de champ castrée dans un confetti, non merci.

     

                            Dune : Photo Sharon Duncan-Brewster

     

    En guise d'au revoir, je vous propose la bande originale du Secret, composition de Morricone. François de Roubaix avait signé celle des Grandes Gueules. Deux grands.

     

     

     

     

                                    


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