• En suspens

     

                          Ateliers de ciné-thérapie 16 mai, 23 mai et 6 juin 2015, cliquez ici

     

      

     

                  Anna se trompe de porte. Elle confie son couple vacillant à un expert fiscal qui laisse dire cette jolie femme.


     «Ca ne va plus, il ne me désire plus, je suis angoissée.»    Confidences trop intimes : photo Sandrine Bonnaire

     

     

    Confidences trop intimes : photo Fabrice Luchini Julien endosse le costume de son voisin de palier psychanalyste.

    Un jeu de dupe commence au cours de Confidences trop intimes, à la lisière du fantasme, du mensonge, de la vérité. Qui n’a jamais voulu être un autre. Surtout après trente ans de routine poussiéreuse dans le bureau hérité de son père. Julien vit seul, collectionne les automates et conseille son ex-femme dans le choix de ses prétendants.

    Plusieurs personnages secondaires sont enlisés dans un quotidien terne ou névrotique. La concierge regarde rituellement son feuilleton à l’eau de rose. Ce patient agoraphobe monte à pied les six étages jusqu’ à son analyste. A la fin du film, la concierge est toujours devant la télé. Le patient a pris l’ascenseur sur insistance d’Anna : « juste un étage pour essayer… » Il essaie et désamorce une crise de panique en hurlant sa peur.
    - N’ai-je pas été ridicule, demande-t-il, soulagé ?
    - Pas du tout, l’angoisse, je connais, le rassure Anna.


    Etre figé devant le petit écran ou agrandir l’écran de ses expériences en balayant la poussière d’un quotidien répétitif, quel programme paraît le plus alléchant ? Certes, dépoussiérer le train-train comporte une part de doute, d’inconfort, d’incertitude. Jean-Marie Robine opère une distinction judicieuse entre incertitude et doute.


    « L’incertitude, c’est le caractère de ce qui n’est pas connu à l’avance, qui ne peut faire l’objet de conjectures et qui reste donc ouvert, quand le doute désigne une hésitation à prendre parti, une interrogation sur la réalité d’un fait, sur la vérité d’un jugement ou d’une action. Le doute peut ronger l’expérience vécue quand l’incertitude peut ouvrir la situation. »


    Anna et Julien ignorent où leur pas de deux les mène mais continuent à danser sur des bribes d’eux-mêmes. L’intruse pousse la porte fermée au fond de Julien. Celui-ci consulte son voisin psy. « Mon cher ami, il faut admettre que vous n’avez pas tout contrôle. Quelque chose vous échappe.»

    Julien et Anna explorent cette échappée car « il n’y a pas d’âge pour croire à son étoile. » Patrice Leconte truffe ses dialogues de phrases ciselées, notamment dans la bouche du psychanalyste roué : « Je ne sais rien. Je sais seulement que le patient sait, mais il ne sait pas qu’il sait. »

     

                             

    Que savons-nous exactement de notre potentiel ? Nous maîtrisons à l’envi les histoires rôdées que nous nous racontons sur nous-mêmes et nous subissons celles racontées sur nous. Au risque de me répéter, notre identité est bâtie sur une nuée de récits mais nous n’en retenons que quelques uns, qui nous rendent présentables. La façon dont nous narrons une histoire affecte la façon dont nous la vivons.

    Et pourquoi pas changer de disque et se libérer d’un récit appauvrissant. Un bon entraînement consiste à accueillir l’inattendu, parfois un mouvement du corps qui nous pousse à emprunter un nouvel itinéraire. Quand je suis à pied, j’écoute régulièrement ces appels de l’insolite. J’observe l’effet de cette bifurcation imprévue. Un sentiment de bien-être m’envahit, heureux d’avoir cédé à la fantaisie du moment. La nouveauté met de bonne humeur et nourrit le terreau de nouvelles histoires à échanger.

     

     


  • Commentaires

    1
    Samedi 4 Avril 2015 à 16:06

    céder à la fantaisie du moment... être capable de répondre à la fantaisie...

    mais quand on est entraîné(e) sur des sentiers tellement nouveaux, qu'ils en deviennent dangereux?

    Continuer, persévérer, en prendre le risque?

    Ou tristement revenir en arrière, parce que pas possible de continuer à gambader librement...

    2
    Samedi 4 Avril 2015 à 16:49

    La fantaisie réside dans la sortie des sentiers battus de nos comportements, attitudes, croyances routiniers. Nous rappeler des moments de notre vie où nous avons osé, innové, créé. Ressortir ces belles aventures, les revivifier à l'aune du présent, et se dire, que ce qui fut bon une fois, deux fois...peut le redevenir. Dans ton histoire, te rappeler ces moments où tu n'as as été prise  par ta réalité de souffrance, notamment via ton blog, et t'appuyer sur ces moments d'exception pour alléger un quotidien saturé. T'appuyer sur ces belles histoires pour revisiter les actuelles trop figées.

    Quant au danger, je ne sais pas. que mettons-nous en danger, si nous gardons le cap de nous-mêmes?...

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