• En plein dans le mille

     

     

    Chez Nous : Affiche La question fuse immédiatement après la vision de Chez nous avec deux couples d’amis.

    - Tu te serais laissé embobiner toi ?, en parlant de Pauline, infirmière recrutée sur les listes d’un parti extrémiste dans le nord de la France.

    - Non, probablement.

    - Je ne sais pas, mais je pense que j’aurais pu céder. Qui n’a pas envie de changement, d’être valorisée, de se rendre utile…

    Les trois hommes ne disent rien. Les amis insistent soulignent surtout le propos, jugé manichéen, série de clichés sur l’extrême-droite, sur la classe populaire et les exclus du capitalisme. Pauline (Émilie Dequenne) leur paraît assez quelconque. Les épouses la trouvent sympathique, elles comprennent son engagement, mais deux sur trois n’ont guère apprécié le film, trop dur, trop noir sous un ciel quotidien déjà plombé. « Ce n’est pas ça que j’avais envie de voir maintenant ».

                                            Chez Nous : Photo Emilie Dequenne

    Le moment est pourtant bien choisi en pleine campagne présidentielle française alors que le Rassemblement bleu marine mène la course des sondages au premier tour. Lucas Belvaux peaufine l’analogie avec le parti de Marine Le Pen. Agnès Dorgelle, fille d’un leader extrémiste pur et dur, campe la  silhouette de l’égérie du FN. Elle s’efforce de parer son discours adouci d’un habit de respectabilité. Ses sbires approchent des candidats présentables - ni de gauche, ni de droite - afin d’accréditer la tromperie. Pauline, femme seule qui éleve ses deux enfants, honnête, courageuse, du cru ( Hénard, commune fictive, clone d’Hénin-Beaumont aux mains du FN) fait parfaitement l’affaire, plaide le docteur Berthier, soutien de la famille. La présidente (Catherine Jacob) ajoute : « et elle a une belle gueule, cela ne gâte rien ».

                                                                Chez Nous : Photo

    Le groupe des six s’interroge sur les raisons du consentement de Pauline, elle qui n’a jamais fait de politique et qui n’a pas envie du tout de s’y mettre. Les réponses abondent.

    - Elle est lasse, fatiguée d’être au service des gens, sans être payée de retour.

    - Il y  a l’aura du médecin qui vient chercher une petite infirmière pour être tête de liste.

    - La présidente du parti est une femme. Elle subjugue Pauline lors du meeting à Paris.

    - Elle veut prendre ses distances avec son père communiste dont elle s’occupe beaucoup.

    Nous n’en dirons guère plus. J’ai beau relancer la balle dans ce troisième ciné-club sur le pouce, mes partenaires bottent en touche ou sont laconiques. Qu’importe,nous continuons à trinquer. Je  maintiens que le cinéaste belge a fait œuvre salutaire. D’ailleurs, il s’est attiré les foudres du FN ; le film a été carbonisé et excommunié sur sa seule bande-annonce. Le réalisateur et son coscénariste Jérôme Leroy décrivent minutieusement le processus d’embrigadement de gens simples et apolitiques.

                                                    Chez Nous : Photo André Dussollier

    Il place Pauline au cœur d’un dilemme, forcée de choisir entre son père et la politique, entre ses patients et la campagne électorale. « On ne se bat pour ses idées. On se bat pour ceux qu’on aime, pour ses parents, pour ses enfants, argumente Berthier le recruteur zélé. L’engagement de Pauline suscite des remous. Elle est interdite de séjour auprès de ses patients d’une cité multiethnique. Le parti suit ses fréquentations de près. Pauline est priée de larguer son amoureux. La stratégie change, l’objectif reste le même, dit Berthier le doucereux (André Dussollier) à l’ancien nervi de son service d’ordre, tombé sous le charme de Pauline. L’histoire d’amour entre Stéphane et Pauline s’impose dans la dernière partie du film. Dommage, la romance atténue l’impact du démontage documenté des méthodes du FN.

    - Mais finalement à quoi ça sert ce genre de film ?  C’est vraiment très secouant.

    - Au moins à faire réfléchir, à défaut de retourner les sympathisants du FN, trop heureux d’être considérés alors que la société les parque dans les cités, les condamne au chômage et qu’ils subissent la concurrence d’une main d’œuvre mondialisée.

    ... du nouveau film avec Emilie Dequenne qui se nomme Chez Nous et c'est Les images au début du film sont éloquentes. L’autoroute du progrès contourne la bourgade minière, dans une région autrefois berceau du syndicalisme. Le terril boisé sert de décor au champ labouré au tracteur. La terre, le peuple, la nation, trois des mamelles du discours extrémiste de droite. Au stade de Lens, Pauline, ses enfants, son père et Stéphane entonnent La Marseillaise. L'hymne national a supplanté le chant des Corons. Chez nous (22 février en France, 2 mars en Belgique) réplique au populisme par l’observation nuancée de l’endoctrinement des individus. 

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :