• En je au cinéma

     

    Me, Earl And The Dying Girl   This is not a love story  (le 18 novembre)


    Mia madre, Mia Madre  (le 2.12 Belgique, le 23.12 en France)


    Moi , ma mère, deux films qui parlent à la première personne. Les films en «Je» me touchent profondément. Comme si j’étais relié à l’intimité  vibrant à l’écran.


    Alfonso Gomez-Rejon et Nanni Moretti ont écrit et tourné après la mort d’un parent.


    «Je venais de perdre mon père et je me suis dit que je si réussissais à faire ce film, ce serait une manière pour moi d'exprimer mon chagrin et de le transcender par l'humour, explique le réalisateur texan. Je sais désormais ce que c'est que de dévoiler une part de soi-même dans un film. C'est une sensation grisante que je n'avais jamais ressentie et que je rechercherai longtemps à l'avenir. »

    Mia madre a germé pendant le tournage de Habemus Papam ; la mère de Nanni Moretti est tombée malade et est décédée pendant le montage.

    Quelle part de soi intégrer dans la fiction ?

    Si pas son histoire, au moins des objets, des lieux familiers. Le scénariste et auteur du livre à la base de This Is Not A Love Story Story (titre traduit de  Me and Earl And The Dying Girl…) ainsi que le producteur ont voulu tourner en décors réels, dans leur Pittsburgh natal, dans la maison et le lycée de Jesse Andrews.

    "Ce sont les pièces que j'habitais dans ma tête lorsque j'imaginais une maison pour mon personnage, raconte le scénariste. C’est à la fois bizarre et génial.

    Dans Mia Madre, l’actrice qui interprète la mère mourante endosse plusieurs fois le pull de la mère de Moretti. Sur la table de chevet, un agenda et un étui à lunettes appartenant à la mère du cinéaste.

    « Ces choses-là me rassurent », confie le maestro dans un long entretien aux Cahiers du cinéma ( n°716, nov.2015). Et d’autre part,

    il se défend d’être impliqué dans le sujet. 

    «Je m’obstine à penser que quand un réalisateur fait un film, il n’est pas touché par le sujet, même si le sujet et son déroulement sont très douloureux. Je m’obstine à penser ainsi, mais je ne sais pas si c’est vrai. Je ne sais pas si je suis d’accord avec moi-même.» (p.9)

    Nos narrations- films-récits-écrits- structurent l’expérience vécue. Elles donnent un sens à nos actes et aux événements. L’existence égrène les expériences enfilées en séquences à travers le temps. Le moi est le résultat de nos récits.
    Nous ne cessons de construire et de reconstruire ce Moi pour faire face à ce qui se présente à nous, affirme Jerome Bruner  (Pourquoi nous racontons-nous des histoires, Retz, 2010)

    Ces deux films interrogent le futur : de quoi sera fait demain, après la mort d’un proche, après m’être révélé à moi-même. Ils montrent des êtres en lutte avec eux-mêmes.

    Greg est en classe de terminale. Il pratique l’invisibilité, se fond dans la masse, copain avec tous et avec personne. Il se distingue seulement par des interventions fortuites et désinvoltes. Il a élevé l’autodérision au rang d’art et tourne des films, pastiches savoureux de classiques du cinéma avec son « collègue » Earl, mutique et noir. Greg dit collègue et non ami tellement il a peur de souffrir en se liant à quelqu’un. Ce grand blond a une piètre opinion de lui-même.

                                             

    Rachel et sa leucémie vont éclater la carapace de Greg. Ils nouent une amitié « maudite ». Rachel apprécie la franchise de Greg : « je viens te voir parce que ma mère m’y a obligé. » Elle boit son humour aigre-acide à grandes lampées. La maladie gagne du terrain et Rachel vire triste et taciturne. Greg mesure l’impuissance du verbe face à l’irréversible. Ce garçon doux et sensible laisse libre cours à ses émotions, dans un court-métrage destiné à Rachel et puis en pleurant.

    Un film touchant, juste, tendre, qui émeut en douceur continue, jamais mélo après vingt premières minutes bavardes. (Grand prix et Prix du public au Sundance Film Festival). Des acteurs aussi attachants que dans  Le monde de Charlie, un de mes chouchous, tiré  lui aussi d'un roman pour adolescents, ensuite mis en scène par l'auteur du livre. 


    Cap sur Rome. Margherita lutte sur trois fronts : son film, l’agonie de sa mère et la rupture avec son compagnon. Elle assure sur le tournage d’un film ancré dans la réalité sociale d’une usine sur le point d’être rachetée.

    Elle vacille devant sa mère déclinante. Elle cherche les mots, les gestes. Elle envie le doigté de son frère, attentionné et présent.

    Margherita s’inquiète aussi pour sa fille de dix-sept ans, en délicatesse avec le latin. Heureusement, grand-mère est là. Ses qualités

    de professeur de lettres classiques transmettent l’art de la version à Livia.Mia Madre : Photo Beatrice Mancini, Giulia Lazzarini - AlloCiné

    La vie continue, mais que fera-t-on de tous ces livres de grec et de latin après sa mort, s’interroge Margherita, entre deux plans. Son acteur voit son désarroi et lui caresse doucement la joue. Le cinéma est une grande famille.

    Vie, cinéma, rêves s’enchevêtrent. Margherita ne comprend plus rien à rien. Elle n’a plus le mode d’emploi. Elle sent confusément la fin d’une époque, d’une culture, et s’interroge sur l’avenir : et après ?
    Moretti se garde bien d’esquisser la suite, il questionne la façon de maintenir un lien entre des gens qui s’aiment : entre mère et fille, entre frère et sœur, entre grand-mère et petite-fille.

                                                                                     Mia Madre : Photo Giulia Lazzarini, Margherita Buy, Nanni Moretti ...

    Le réalisateur au célèbre scooter livre sa réflexion intime sur la continuation du monde. Un grand film empli d’humanité désenchantée. Moretti livre ses doutes, montre une certaine lassitude, et place l’optimisme dans la bouche des anciens.

    - A quoi penses-tu maman ?, demande Margherita en tenant la main de sa mère mourante.
    - A demain !

     

                                                                  Mia Madre : Photo

     


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