• Ego portraits

     

     

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     « C’est fou, l’algorithme sait mieux que moi ce que j’aime. Alors, je suis toutes leurs recommandations d’achat. »

    Selfie, caricature nos comportements d’homo numericus dans un film à sketches. La gent connectée  craint-elle de se voir dans le miroir digital, telle une marionnette pendue à son smartphone, à sa tablette ou à son PC portable ? C’est peut-être la raison de la désaffection du public, peu enclin à matérialiser ses micro ou macro-dépendances aux outils de communication numériquesque sont Facebook, Twitter, YouTube, Instagram, Tinder et compagnie.

                                                             Selfie : Photo Manu Payet, Sébastien Chassagne

    Les cinq réalisateurs (tous masculins, aucune réalisatrice n’a voulu participer) s’amusent à pointer du doigt l’influence perverse du numérique sur les honnêtes gens. Telle cette famille qui filme les moments heureux vécus avec leur cadet atteint d’une maladie orpheline. Les vues sur les vidéos postées donnent le tournis. La famille modèle est adoubée au rang d’influenceur. Une gloire éphémère…

    - On ne like pas  ses propres videos, chouchou. Il y a des règles, comme dans la vraie vie, sermonne gentiment la maman du petit malade, pressé d’atteindre les deux millions de vues.

    La dictature de l’algorithme, c’est mon sketche préféré. Il résonne avec la stratégie des marchands qui nous proposent continuellement des applications censées nous aider à mieux vivre et qui en fait nous pourrissent la vie. Le nombre de pas requis dans la journée, la quantité de calories à ne pas dépasser, le potentiel amant dans un rayon de à trente mètres… Plus vous sollicitez les applications, plus vous larguez sur la Toile des données exploitables sur vous-même, grain à moudre pour les algorithmes compilateurs de data achetées à vilain prix.

    Selfie : Photo Elsa Zylberstein

    Narcisse règne également sur les réseaux. Chatter sur Smilove cultive l’ego. Une prof de français psychorigide (Elsa Zylberstein parfaite) se lâche, séduit virtuellement un Youtubeur en vogue. Ira-t-elle jusqu’à la rencontre physique? L’anonymat constitue un des gros avantages de la communication à distance. Parler masqué autorise l’outrance, le mensonge, la dissimulation. Et si ça tourne au vinaigre, un clic et je me désengage.

    Moi qui fuis les réseaux sociaux, utilise rarement un "bête" téléphone, j’ai bu du petit lait. J’étais le seul à rire souvent. Le couple trentenaire qui complétait l’audience dans la grande salle était moins rigolard. Les deux amoureux se sont empressés de consulter leur messagerie dès l’amorce du générique final. Toujours vérifier on n’a pas loupé quelque chose d’important.

                                                        Selfie : Photo

                                                                           Évidemment, la satire force le trait, grossit les mauvais côtés de la société connectée, ignore ses avantages. Cependant, l’exagération s’impose tant les messages vantant les bienfaits de la numérisation générale sont unilatéraux et fallacieux. Selfie divertit et tape juste, le bon plan sur grand écran.

    J’aurais aimé terminer sur une belle citation puisée dans un des nombreux livres lus sur les nouveaux comportements induits par les échanges binaires. Je préfère vous redonner la référence d’un ouvrage que j’avais oublié de lire complètement : Seuls ensemble, de Shirley Turkle. L’anthropologue et psychologue américaine étudie les cultures informatiques depuis une bonne trentaine d’années. Ses travaux s’appuient sur les témoignages d’adultes et d’adolescents racontant leur coexistence  avec les nouvelles technologies. Une somme agréable à lire, une référence assurément.

    Une évidence : de la révolution numérique  émergent de nouvelles façons de se présenter au monde, de tester son (ses) identité(s), de penser mes relations avec moi-même, mes semblables et le monde.

    P.S. J'ai donc repris Seuls ensemble, qui se lit comme le roman de nos vies multiples, réelle et virtuelle. J'y ai lu ceci que j'ai eu envie de citer :

    Quand la technologie se fait ingénieur de l'intimité, les relations peuvent se réduire à de simples contacts. Et des connexions faciles en viennent alors à redéfinir l'intimité.  En d'autres termes les cyberintimités deviennent peu à peu des cybersolitudes.


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