• Écœurant capitalisme

     

    Ray Kroc est un représentant de commerce sur le retour. Il cherche un troisième souffle, lassé de débiter son baratin aux patrons de snack-bars indifférents à son multiplexeur de milk-shake. Quand un drive-in de burgers lui commande huit pièces alors qu’il n’en place pas une, il traverse les États-Unis et se gare devant le Mac Donald’s de San Bernardino, Californie, 1954. Il goûte le meilleur burger et les meilleures frites de sa vie et dieu sait s’il a écumé ces ersatz de restaurants durant ses trente de galère.

    Les deux frères Mac Donald explique leur concept au vendeur curieux. Des produits faits maisons, l’huile de friteuse à 205°, deux sauces, trois cornichons, des oignons, de la viande et le bonheur des familles. Le secret de la réussite : la rapidité. Le frère cadet a mis au point le « ballet de l’efficacité  » sur un terrain de tennis. Il a expérimenté plusieurs agencements de l’espace cuisine dessinés à la craie sur le sol tandis que les futurs serveurs répétaient des gestes et des déplacements calibrés au millimètre.

                                                               

    Génial ! Ray Kroc salive. Il voit la chance de sa vie inscrite au fronton des arches Mac Do, un nom qui sonne si bien. Il embobine les frères naïfs dans une association de franchise. Ensemble, (mon œil), ils bâtiront la nouvelle église américaine aux côtés de l’église et du palais de justice présents dans la moindre petite ville de l’oncle Sam. La croix, le drapeau et les arches du fast-food en symboles immuables, le frère cadet en rêve depuis longtemps. L’aîné le convainc d’accepter le pacte avec le diable.

                                                                 

    La formule connaît un succès fulgurant. Ray déploie persévérance et détermination. Il est ambitieux, avide de revanche à cinquante-deux ans, après plusieurs investissements foireux. « Faites que pour une fois j’aie raison », marmonne-t-il à l’adresse de je ne sais qui. Du culot, de l’ambition, des tonnes d’heures de travail, nul besoin d’être un génie, il suffit d’exploiter la créativité de plus instruit que soi. Voilà en deux lignes l’essence du capitalisme, l’abc de la réussite individuelle. Suivez mon regard vers un certain Donald Tr.

    Le fondateur (8 février en Belgique, 28 décembre en France) ne s’embarrasse d’aucun scrupule critique sur la spoliation des faibles, ni sur le système. La réalisation exhibe le manuel de la réussite. Ray crée une nouvelle société, propriétaire des terrains loués aux franchisés. Le foncier regagne ses droits après avoir été supplanté par le capital industriel. L’argent des terrains finance l’implantation inexorable des repas rapides et bon marché aux quatre coins de l’Amérique.

                                           

    En 1957, La société de Kroc rachète le nom aux frères. Dick et Mac sont moulus à force de contrer les coups de canif à  leur philosophie familiale, tels le sponsoring de grandes marques ou le lait en poudre. Ils touchent certes le pactole de 2.7 millions de dollars mais ne verront jamais le pour cent  de droits sur les bénéfices annuels, soit cent millions de dollars l’an. Kroc les croque. Il pousse le cynisme jusqu’à installer un Mac Do nouvelle formule en face de l’établissement fondateur. Était-ce bien nécessaire ?

    Le spectateur sort dégoûté de tant de cupidité. Finalement, les faits sont plus éloquents qu’un démontage en règle de l’économie de marché. La réalisation serrée et … efficiente, le grand numéro de Michael Keaton ont réussi à tenir en haleine le non consommateur invétéré de burgers que je suis. D’ailleurs, j’ai écrit court et rapide. Et gratuit. Qui dit mieux ?

                                                              


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