• Doute, que doutes

      Une part d'ombre

    Le ver est dans le fruit. Le doute ronge les proches et l’entourage de David, suspecté d’avoir tué une bijoutière à la lisière d’un bois, sur son parcours habituel de jogging. Un des potes de la bande prétend que David a mis vingt minutes de plus pour boucler son circuit. Plusieurs indices matériels l'accusent. Sa femme découvre son infidélité en Pologne. Si tu mens une fois…

    Pourtant, le « suspect » semble un père attentionné, un époux très amoureux de sa femme et un professeur apprécié de ses élèves. Seulement ses souvenirs sont assez vagues. Il ne se rappelle pas les paroles de la victime qui lui aurait demandé son chemin. Quand il ne sourit pas, David paraît égaré dans ses pensées, un peu absent... Inquiet?  Soucieux ? Sur le qui vive? Ou furieux de la défection de ses collègues et amis? En tout cas, il a l'air de taire quelque chose.

                                                                       UN GRAND MOMENT DE CINÉMA (ou pas) » Sur le tournage de ...

    Le spectateur doit prendre parti, le croire ou le soupçonner. Son épouse oublie un moment tendre où il s'est éraflé le front. Plus tard, Julie l'interroge sur l'origine de la griffe. Sa mémoire se met en mode sélectif "suspicion". Le doute sape l'amour.

    La plupart tiennent David à l’écart. De veilles rancœurs remontent. Il n’a d’autre soutien que l’amitié inconditionnelle de Noël. Celui-ci l’héberge et se dispute avec sa femme, plutôt convaincue de la culpabilité de David. Même son avocat hésite à poser la question qui fâche : l’as-tu tuée ?

    La justice tranchera. En attendant, le jugement social gangrène des amitiés supposé solides. Chacun retient éléments à charge ou à décharge selon l’opinion forgée sur des apparences et des préjugés enfouis. Le camp des contre domine.

    « Notre système de croyances reste un système clos : nous adoptons une attitude, nous agissons en nous fondant sur ce préjugé et nous obtenons des résultats en conséquence. En adoptant l’attitude parano, nous nous installons dans un rapport de forces permanent et fatigant. En déterminant qui a tort et qui a raison, je définis qui peut être mon ami ou ennemi et qui je laisse entrer ou j’exclus de mon territoire » (Christian Bokiau, Se faire comprendre, Ed. Chronique sociale).

                                             

    Le fidèle Noël rame à contre-courant. Il est le seul à rendre visite à David incarcéré. Son avocat invoque la légèreté de l’enquête. La police, elle aussi a condamné « un honnête père de famille » plutôt que de réorienter les investigations sur un délinquant, sosie de David, précisément dans les parages le soir du meurtre.

    Police expéditive, copains prompts à tourner casaque, David comparaît terriblement crispé à l’audience. Si les jurés se prononçaient à la tête du client, ses jours seraient comptés. Samuel Tilman tient le pari de nous tenir en haleine jusqu’au verdict.  La partie prétoire est réduite à la portion nécessaire, tant mieux. Un premier film réussi et un premier rôle principal tenu avec brio par Fabrizio Rongione (habitué des seconds rôles chez les frères Dardenne et récemment sorti de l’ombre dans Diane a les épaules) . La caméra choisit souvent le gros plan sans contrechamp afin de saisir le moindre frémissement de physionomie chez des protagonistes peu enclins à exprimer franchement leurs pensées. La construction narrative dépeint la fragilité de la solidarité lorsqu’un membre du groupe est menacé, à tort ou à raison. Une part d'ombre (7 mars) mérite une belle lumière.

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :