• Doubler la mise

                                              

                                                                   Être soi-même tout en étant multiple. Vertigineux possibles.

     

     Celle que vous croyez : Affiche

                                                              Claire, belle femme de cinquante ans endosse les contours de Clara, jeune fille de vingt-quatre ans. Elle enjôle Alex, ami de son ex-amant, de la même génération que Clara.

    « Facebook, c’est à la fois le naufrage et le radeau », dit-elle à sa psy au cours d’une thérapie au long cours.

    Claire revit grâce à son double. Son double ?

    - Non, je suis Clara. Je ne fais pas semblant d’avoir vingt-quatre ans, j’ai vingt-quatre ans. Je vis enfin ma vie. Je me libère de l’homme que j’ai aimé durant vingt ans. 

    - Et cela vous va, de prendre le physique d’une autre à son insu, questionne la psychothérapeute, troublée par cette usurpation d’identité assumée.

    Le fantasme devient réalité. Le virtuel submerge la réalité. Jeu de dupes, mensonges et dédale de reflets fuyants sur les tours de verre. Claire meurt d’envie d’être vue, regardée, cajolée, guérie de la vieillesse et de ne plus être désirée. L'illusion de l'éternelle jeunesse, connectée aux écrans complaisants.

                                         Celle que vous croyez : Photo François Civil, Juliette Binoche

                                                             "L’amour sans désir n’est pas de l’amour."

    Claire se perd dans Clara. Alex la presse, brûle de voir cette belle voix qui le charme jour et nuit.

    La fin approche. Quelle fin ? Il n’y a pas qu’une fin. Et si Claire donnait sa chance à la femme qu’elle est vraiment ? Si elle assumait son identité déclinant vers la mort ?  

    «Nous sommes libres d’explorer nos identités quand nous nous écartons de nos vies quotidiennes», propos relevé dans la remarquable étude de Sherry Turkle (Seuls ensemble, Éditions L’échappée, 525 pages) sur la façon dont les outils numériques nous façonnent.

    Celle que vous croyez souffle l’air du temps, nous entraîne dans la ronde échevelée du dédoublement où l’autre n’est que fétu de paille entre les doigts d’une détresse égocentrique. Moi d’abord, Moi manipulatrice, Moi omnipotent, en mal de moi.

    Aujourd’hui, note encore Sherry Turkl, nous comptons sur la technologie pour entretenir des relations et nous protéger de leurs dangers.

                                                        Celle que vous croyez : Photo Juliette Binoche

    Nous discutons souvent des apports et des revers des moyens de communication numériques avec un couple de notre âge. Nos amis ont changé leur  programme en dernière minute. Nous avons pu voir le film ensemble. La papote ensuite fut très agréable, badine et réflexive, vivante et chaleureuse. Aucun écran ne s’est interposé dans un moment qui nous a menés à la fermeture du café, seuls dans un lieu vidé de ses occupants que nous n’avions pas vus sortir. Capture d’écran réussie !

     

     


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