• Docteur Spielberg & Teen Steve

     

                                    Ready Player One : Photo

     

                        Nous étions tous les cinq bien sonnés après deux heures vingt minutes de vertige extra sensoriel.

    - Quelle agression !

    - Il y a de quoi être abruti.

    - Oui, d’accord, il y a le message–simpliste-à la fin, mais c’est trop à supporter pour finalement n’avoir droit qu’à un truisme.

    La conclusion de Steven Spielberg au terme d’une descente dans l’univers des jeux vidéo époque années 80-90, c’est que le réel, c’est la réalité et non le virtuel de la réalité augmentée.Une évidence à inculquer aux jeunes hyperkinétiques, à ceux souffrant d'un déficit de concentration, aux obèses qui grossissent en passant quatre heures par jours devant leurs écrans (Je condense les effets d'une surconsommation d'écrans sur l'organisme, relevés dans des études de plus en plus nombreuses et convergentes). Je ferme la parenthèse.

    Ready Player One chamboule nos facultés de perception tellement les images, le contenu et les dialogues déboulent à hyper vitesse. Notre fils de la génération quatre-vingts était enchanté.

    J’ai été dedans du début à la fin, je n’ai pas vu le temps passer.

                                                   Ready Player One : Photo Tye Sheridan

    Quant à moi, un des quatre sexagénaires de la bande, j’étais partagé, à cheval entre deux générations, ébloui par la maestria d’un vieux réalisateur autant qu’étourdi par la profusion de références et d’auto citations ainsi que fort ému lorsque la beauté de la vie réelle triomphe dans un final réconfortant. L'avenir s'amorce solidaire et coopératif.

    Je me hasarde à expliquer les intentions présumées derrière les cadences effrénées d’un tempo débridé.

    - C’est à l’image du monde dans lequel nous vivons : vitesse, immédiateté, intensité, pression. C’est en tout cas la marque de fabrique des jeux vidéo qui séduisent tellement de joueurs, jeunes et moins jeunes.

                         

    Alors oui, on est soulagé de voir le héros enlever ses lunettes de jeu et décréter une pause. Wade vit dans les piles misérables, lego de mobil-homes défiant l’équilibre. Nulle part où échapper au chaos de 2045, sinon l’Oasis, sensationnel univers virtuel. On y fait ce que l’on veut et on y reste pour être qui on veut. Wade s’est fait de nombreux amis. Il refuse cependant de former un clan. Le créateur de l’Oasis décède. Il lance une fabuleuse course au trésor. L’ado aux cheveux blancs lègue le jeu et ses 500 milliards de dollars à qui dénichera l’œuf d’or, l’Easter Egg (clin d’œil en français).

    La quête des trois clefs convoque une kyrielle de personnages : King Kong, Kira, Gandalf, le géant de fer et bien d’autres issus des mangas et des jeux en vogue à la fin du siècle dernier. Je cite ceux reconnus au passage. C'était plus facile de repérer les hommages à Retour vers le futur, Tron ou Le seigneur des anneaux.

    - C’est vrai qu’il faudrait revoir le film, du moins à allure réduite, concède une vive détractrice, consciente de la richesse du contenu.

                                                   Ready Player One : Photo Olivia Cooke

    Spielberg joue sur deux tableaux, à l’image de sa carrière. Il varie les genres. D’une part, il propose un film pop-corn hors catégorie, fruit d’innovations technologiques, en superposant motion capture, prise de vue réelle (les piles de soixante mètres de hauteur 35mm) et animation numérique. D’autre part, il dénonce jusqu'à l'écœurement  l’illusion de l’immersion virtuelle, montrant des centaines de personnes gesticulant dans le vide, casque sur la tête, s’escrimer à dessiner un quotidien plus attractif que l’exclusion sociale.

    Je ne peux m’empêcher de considérer cette fresque «videoludique» comme le testament d’un cinéaste qui a empilé les succès depuis 1975, fidèle à sa passion d’enfant, très tôt émerveillé par le pouvoir du cinéma, art capable de susciter l’enchantement et la mélancolie. Sommeille toujours en lui la solitude de l’adolescent choqué par la séparation de ses parents à dix-huit ans. Divertir pour sublimer ; raconter pour informer . Ready Player One (28 mars) sort deux mois après Pentagon Papers, un tour de force révélateur de l’énergie intacte du septuagénaire.

                                              Ready Player One : Photo

    Nous étions les seuls spectateurs âgés d’une salle très jeune public, qui jubilait à l’apparition d’avatars issus d’une culture vidéo étrangère aux vieux, souvent sidérés dans la galaxie numérique.

     

     P.S. Un père m' a dit  avoir vécu un bon moment avec ses adolescents à la vision de ce film ensemble.

     P.S.2 Lire aussi l'excellent dossier de Clap n°10 de juin-juillet 2016 sur Spielberg, l'enfant cinéma.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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