• Diversité culturelle

    Je me présente à la caisse d’un multisalles en périphérie.
    - Une place pour Enemy, s’il vous plaît.
    - Attention, c’est en version originale, prévient mon interlocuteur.
    -Tant mieux, tous les films devraient être en VO.
    Euh… oui. Mais je ne sais pas si le public d’ici apprécierait.

                                                                                                                                                         Effectivement. Pas un chat dans la salle à 20H. Le film commence à l’heure pile. Les portes se ferment. Je suis seul, un peu en pays étranger. Ce complexe de 12 salles boude généralement les films sous-titrés et les films d’auteurs. Le film de Denis Villeneuve est programmé à raison de 4 séances par jour. Incroyable ! L’exploitant mise probablement sur la distribution (Jake Gyllenhaal, Mélanie Laurent)

     

                                                    Enemy              

     

    et sur la notoriété du réalisateur canadien. Un autre enjeu est sous-jacent : attirer une partie des 60.000 spectateurs annuels orphelins d’une salle d’art et essai en rénovation.


    Dans cette optique, l’autre cinéma namurois, au centre ville, a augmenté son offre de films à thème en version originale. Tant mieux. Au risque de faire de l’ombre au cinéma art et essai qui a élu domicile provisoire dans une salle de l’université. Il arrive fréquemment que la salle spécialisée et la généraliste programment le même film. Cette dispersion diminue le nombre de spectateurs par copie, critère de référence pour les distributeurs qui placent leurs films en fonction du public potentiel.


    Les films valsent à l’affiche sur l’air frénétique des chiffres de fréquentation. Enemy, en deuxième semaine, n’a plus droit qu’à une seule séance à 17H dans une ville de 110.000 habitants. Jimmy’s Hall tient le coup dans deux salles à raison d’une séance quotidienne. Un film qui marche survit, style Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ( je le recommande), toujours visible après sa sortie en mai dernier. Lucy semble appeler à durer aussi.
    Une politique de soutien public à la diversité cinématographique peut aider à garantir un débouché aux œuvres a priori moins porteuses ;
    ou la clairvoyance et l’audace d’un distributeur, comme celui de Boyhood qui sort massivement et sur une longue durée le film en temps réel de Richard Linklater. Le public a mordu et a suivi ;

    ou un projet culturel investissant dans plusieurs salles en combinant films populaires et films d’auteur, tels l’ensemble Sauvenière/Le Parc/Churchill à Liège (500.000 spectateurs l’an dernier). Le gestionnaire de ces salles, association sans but lucratif, entreprise culturelle d’économie sociale, est opérateur dans le renouveau de la salle d’art et essai namuroise.

    En France, les salles art et essai  représentent 40% du parc français et leur public augmente. Le cinéma en ville a encore de beaux jours devant lui, contrairement au tout Internet prédit par le patron de Netflix, société mondiale de vidéo à la demande. 

                                                                                                             Lucy

    J’ai beaucoup parlé chiffres et peu contenu. Un mot sur mes récentes visions : j’ai préféré Lucy à Enemy, vus coup sur coup. La dissertation sur les pouvoirs du cerveau m’a franchement intéressé dans le film de Luc Besson, tandis que je restais insensible à l’esthétique métaphysique de Villeneuve, que j’ai connu plus inspiré dans Incendies et Prisoners.


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