• Digression sur l'espace temps

    Enorme battage autour d’Interstellar. Interstellar

     

     

    Bande-annonce mystérieuse un an avant la sortie, secret jalousement gardé sur le scénario. Hans Zimmer a dû composer la musique sans savoir de quoi il retournait. Christopher Nolan n’est pas le premier réalisateur venu, on allait voir ce qu’on allait voir,.

    J’étais assez excité à la vision de presse il y a deux jours, prêt à une immersion de 2H49 dans une nouvelle galaxie. Je savais qu’il s’agissait de science-fiction. J’avais beaucoup aimé Gravity

     

    2001 : l'odyssée de l'espace    et même           Contact dont s’inspire manifestement Interstellar.

    Mon instinct de vieux cinéphile a compris dès les premières minutes. La montagne allait accoucher d’une souris. Une toute petite souris. Je ne m’étendrai pas sur un fiasco inattendu. Ni émotion, ni tension, ni propos consistant sur des questions métaphysiques. J’ai repensé à Cloud Atlas, très ambitieux également, qui avait été éreinté en 2013. Comparé à Interstellar, l’adaptation du roman de David Mitchell était une réussite.

    Quelle déception. Pourtant, le site réputé Internet Movie Data Base décerne une cote de 9.4 avant la sortie du film, ce qui étonne un internaute. La production aurait-elle noyauté les medias ? Le budget du film est top secret mais le voyage dans l’espace temps a certainement coûté bonbon.  

    Je n’ai pas compris grand’chose aux théories avancées  par les savants qui expédient une navette spatiale à la recherche d’un havre habitable, notre planète étant devenue irrespirable. Les protagonistes jonglent avec la physique quantique et la théorie de la relativité. S’il y a un angle à retenir, c’est la dilatation du temps. Il faut deux ans pour atteindre Saturne.

     

    saturne 

     

     

    Les cosmonautes ne vieillissent pas tandis que sur la terre leurs proches prennent un coup de vieux. Une heure de sortie dans l’atmosphère de la planète aux anneaux équivaut à sept ans sur terre.

    J’ignore si cette donnée est exacte mais elle m’inspire une réflexion sur l’accélération du temps, nourrie par les travaux d’Hartmut Rosa. La suractivité conduit à un amenuisement des ressources temporelles. Nous vivons « une augmentation du rythme de vie par le nombre d’épisodes d’action et/ou de vécu par unité de temps, augmentation liée à la réduction des ressources temporelles et   au sentiment d’urgence qui en résulte.»

    Le sociologue allemand poursuit son observation. « L’augmentation du rythme de vie, la pénurie de temps de la modernité ne naissent pas à cause de mais en dépit des énormes gains de temps réalisés par l’accélération dans presque tous les domaines de la vie sociale. »

    L’accélération est continue et terrifiante. Fast food, speed dating, sieste éclair, multitasking, n’en jetez plus, l’horloge est pleine. Tout ça pour gagner du temps. Une heure sur le trajet Paris Bordeaux. La SNCF construit une LGV (ligne à grande vitesse) plus rapide que le TGV. 2h05 au lieu de 3H10 de trajet. Chapeau!  Hélas, cette prouesse technique n’augmente en rien la vitesse de circulation des transports en commun dans les grandes villes engorgées.     

     

                            

    La question demeure : gagner du temps pour en faire quoi ?

    Accélérer génère du stress, de l’impatience quand l’ordi rame, la route embouteille, les trains retardent. L’accélération, perfidement entretenue par les outils (tablette, smartphone, wi-fi..) de communication et de connaissance numériques connaît ses impasses. On estime que les nouveaux savoirs sont obsolètes après 15 ans, il y a un décalage intra générationnel en plus de l’intergénérationnel.

    En regardant Interstellar, j’avais clairement conscience de perdre mon temps. Celui-ci s’écoulait lentement au contraire du temps qui file dans une société suractivée. Une grande partie du monde baigne dans une suractivité maladive. Le temps passe sans crier gare. Gare au réchauffement de la planète (avéré par le dernier rapport du GIEC) ; gare à la fatigue des corps et des esprits.

                                                             La Vie domestique

                                        La vie domestique illustre parfaitement le surmenage quotidien.

    Nous n’échapperons pas au temps contraint (boulot, déplacements, tâches ménagères, sommeil…) mais nous pouvons choisir l’affectation de notre temps libre. Et si cette liberté est réduite, laissons-nous la faculté de ralentir notre train de vie effréné.

     

                    pollution : Centrale nucléaire    pollution : Portrait d'un homme qui étouffe dans une ville polluée

     

    L’expérience de la lenteur au siècle de la vitesse, voilà un beau sujet de film. Je sais, j’ai un peu digressé, mais j’ai pris du bon temps.

     

    Night Call : Photo Jake Gyllenhaal  

         P.S. J'ai été soufflé par la performance d'acteur de Jake Gyllenhall <p>&quot;Nightcrawler&quot;</p>

     

    dans

                 Night Call (sortie BEL aujourd'hui et en FR le 26.11) Nightcrawler (2014) Poster

    Tendu, noir, dur, un portrait du citadin prototype de notre société déshumanisée. Lou traque le scoop. Il est désensibilisé, seul, narcissique, avide de réussite.Un thriller implacable sur la dérive des télés américaines à Los Angeles.

    La feuille de route du cameraman : du sang, une victime riche et blanche, agressée par un pauvre noir, afro, ou latino. Glaçant et fascinant.

     


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