• Diane chasseresse

     

                                                                                                                                                                                                           

    Diane était au téléphone avec lui quand l’accident a eu lieu. Une voiture a tué son fils ce soir maudit. Diane récupère le GSM de Luc dans sa chambre après s’être éclipsée de la maison de repos qui la déprime dans sa déprime. Elle écoute la voix chérie sur la messagerie. Diane découvre aussi la copine de son fils filmée lors d’une audition au piano. Le téléphone redonne corps au disparu. La voix numérisée  entretient le souvenir, raccroche à la vie et empêche de décrocher. Le père de Luc s’est résigné à la perte mais n’a pu résilier l’abonnement de son fils. Il souffre en silence, seul et essaie de protéger Diane d’une rage dévastatrice.

      «Laisse faire la police, tu ne le ramèneras pas.» 

    La mère spoliée esquisse un sourire de mépris à l’égard du mari défaitiste. Diane entend châtier les lâches qui ont pris la fuite et laissé Luc sur le pavé. La vengeance pour atténuer le chagrin, la réparation pour laver l’injustice. L’action pour se sentir vivante. Diane est animée d’une colère froide réchauffée de bouffées soudaines de tristesse. Elle croit avoir retrouvé les fauteurs de mort. Elle les épie, les suit, les rencontre dans un institut de beauté ou à la piscine.

                                                                                                                        Diane aborde Marlène dans son salon, fausse blonde aux mèches bien ordonnées. Diane dévisage celle qui la maquille, elle guette le moindre signe de malaise, de peur, de culpabilité, visage contre visage. Elle ne voit qu’une femme vieillissante, un peu lasse, plutôt affable, souriante juste ce qu’il faut.

    Sa détermination vengeresse vacille mais Diane continue à épier le couple. Elle fouille leur maison, fraye avec la fille de Marlène. Elle se faufile, observe ; plus elle creuse, plus l’indécision la gagne. S’improvise-t-on justicière ?

                                                                           

    Diane habite Lausanne, Marlène vit à Évian, deux villes lacustres qu’un bateau relie, fendant les eaux dormantes d’un lac bouillonnant en profondeur. L’entre deux rives déploie sa beauté majestueuse, nimbée de volutes de brumes éclairées par un timide soleil. La nature soigne les plaies ouvertes autant qu’elle dégage une force indispensable au désir de vivre. Tel le roseau secoué par des vents contraires, le survivant oscille entre détresse, résignation, petite mort ou renaissance mélancolique, une fois c(o)uvé la chagrin.

    Moka (sortie 24 et 17 août) est un film d’actrices. Emmanuelle Devos incarne un mélange de dureté et de fragilité, nous livre un

    portrait tenace de femme mutilée, crâneuse, à la dérive. Nathalie Baye lui tient la dragée haute dans de trop rares confrontations. Frédéric Mermoud nous invite à sonder nos eaux intérieures et à nous imaginer en parent ravagé par la mort de son enfant. Le point de vue sur une situation, sur une personne, sur une idéologie affecte souvent notre manière d’être. L’évolution salvatrice dépend souvent de notre capacité à changer d’angle de vue, même quand la mort frappe aveuglément. Philippe Forest et Vincent Delecroix parlent des ressources mises en oeuvre pour surmonter une perte a priori irréparable. La petite fille de Philippe Forest est morte à quatre ans en 1996.

    Le dialogue entre l'écrivain et le philosophe stimule la réactivité face à l'irréversible. 

     

     


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