• Deux Belges tâtent l'extrême

     

     

      (25 janvier)                                                 Chez Nous : Affiche 

    Flic un jour, flic toujours. L’équipe du commissaire de la brigade des stups d’Anvers lui offre soi-disant sur un plateau l’arrestation d’un truand turc, bête noire de Jan Verbeeck. La petite dernière en apothéose d’un tableau de chasse impressionnant, avant l’entrée en politique du superflic sur les listes d’un parti populiste. Les poulets anversois s’aventurent discrètement en terre carolo (Charleroi). Un « indic » wallon leur a filé un tuyau de première. La descente dans un taudis de Marchienne-au-Pont tourne au cauchemar. Verbeeck est piégé, le voici obligé de maquiller les dégâts d’une bavure magistrale. C’est très mauvais pour l’image de marque d’un véritable héros national. Le commissaire démissionnaire doit en outre affronter un passé honteux, de nature à discréditer ses nouveaux amis politiques, foncièrement racistes.

     Dode hoek de Nabil Ben Yadir

    Nabil Ben Yadir de Molenbeek tourne son troisième film en Wallonie avec des acteurs flamands. Il signe une histoire belge musclée avec l'intention de mettre en relief les discours racistes et xénophobes d’une formation politique proche de la NVA, ce  parti nationaliste au gouvernement et bien implanté dans la cité portuaire. Les tonalités politiques s'inscrivent en ouverture et en épilogue d'un film de genre axé sur une cavale désespérée. Malgré un scénario truffé d’invraisemblances, Angle mort réussit à souligner la difficulté de tenir une position nuancée dans un débat d’idées axé sur le rejet de l’étranger et le repli sur soi. Qui n’est pas avec moi, est contre moi; c'est blanc ou noir, basta !

    L’adjoint de Verbeeck a choisi son camp. Il a flamandisé son prénom marocain, devenu Dries au lieu de Driss. Il joue l’assimilation à fond et cautionne les méthodes expéditives de son père spirituel. Dries n’est plus qu’un pantin aveugle entre les mains de Verbeeck, il est prêt à tout pour rester le valet fidèle d’un mentor décrié.

    Cette production belge devrait sortir en France après Chez nous (22 février) déjà dans la ligne de mire d’un FN indigné. Le parti de M.Le Pen crie au scandale. Lucas Belvaux dénonce des propos outranciers, habituels chez un parti qui refuse la contradiction idéologique. Je n’ai pas encore vu le film de Lucas Belvaux, mais j’en parle déjà. Les deux cinéastes belges traitent d’un sujet politique brûlant en impliquant des figures populaires, ici un commissaire fort en gueule, là une infirmière simple, courageuse, honnête.

                                                             

    Ces deux films, de facture différente, ouvrent la discussion sur l’engagement en politique de personnes a priori rétives à la chose publique. Comment en arrive-t-on à accepter de  lisser la façade de partis viscéralement repoussants. Le choix est particulièrement étrange chez la douce Pauline, fille d’un métallo plutôt à gauche, en porte-à-faux avec une figure paternelle respectable et respectée.

    Ces deux films suscitent la réflexion ; le spectateur a l’occasion de se démarquer d’un discours violent, fomenteur de violence et de haine (cfr le nouveau président américain). Le débat contradictoire, la confrontation des idées, la tolérance fondent la démocratie. Tant mieux si le cinéma remplit un rôle d’animateur politique dans deux pays limitrophes, enclins tous deux, surtout au nord en Belgique, à banaliser les propos racistes, voire haineux à l’égard de celles et ceux qui « ne sont pas comme nous. »

     

     

     

     


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