• Détresse

     

     

    L'affaire Pélican (1993) fait partie de ces films indémodables que l’on revoit avec plaisir et chaque fois d’un œil neuf. Sa programmation sur la deuxième chaîne de service public belge hier en avant-soirée tombait à pic après l’élection de Jo Biden. Il y est question de l’assassinat de deux juges à la cour suprême, jugés trop verts par le président en exercice, pieds et poings liés avec l’industrie du pétrole. Le bureau ovale tente d’étouffer l’affaire dans l’œuf. Il se heurte au courage et à la détermination d’une doctorante en droit (Julia Roberts) qui a flairé l’embrouille. Un journaliste (Denzel Washington) l’aide à déjouer un vil complot.

    L'Affaire Pélican : Photo Alan J. Pakula, Denzel Washington, Julia Roberts

                                                           Le pouvoir écrase, l’État conspire, l’image parle d’elle-même. Un plan en plongée montre la silhouette menue de la jeune chercheuse arpentant le patio d’une tour de multinationale. Une fourmi parmi les requins.

    Quatre sbires à la botte de l’industriel véreux se rencontrent sous une cohorte de bannières étoilées claquant au vent. La démocratie est secouée.

    Alan Jay Pakula est coutumier des thrillers politiques tendus, des tandems solidaires face au pouvoir corrompu. Il révèle le côté obscur de la force, assemblage d’ambitions, d’argent et de dissimulation. Le réalisateur d’origine polonaise a signé aussi Les hommes du président (journalistes et Watergate,1976) et À cause d’un assassinat (journaliste et assassinat de Kennedy, 1975). Il laisse l’image respirer, suggérer la tension, les émotions et les pensées de protagonistes idéalistes. Le cinéma de Pakula ravit le regard et l’esprit, dénonce et enrage. Il rallie des stars à sa cause tels : Jane Fonda, Warren Beatty, Dustin Hoffman, Robert Redford, ...

     A cause d'un assassinat : Photo Alan J. Pakula, Warren Beatty  À cause d'un assassinat (The Parallax View, 1974)

    Les cinéastes américains issues de famille d’immigrés excellent à dénoncer les failles de la démocratie et de la société US. Je pense à Sydney Pollack d’origine russe (j'ai vu presque toute son œuvre, dont Les trois jours du Condor) ou à Elia Kazan, d’origine grecque (L’arrangement). Leur ascendance conditionne  un recul salutaire à l’égard de leur pays d’adoption.

    J’en suis toujours réduit à repérer les bonnes toiles sur la petite lucarne. Un silence inquiétant persiste dans les salles. Le premier ministre français a remballé sa ministre de la Culture. Roselyne Bachelot demandait un sauf-conduit en faveur des spectateurs de la dernière séance, ticket d’entrée à l’appui. La Culture n’est pas un bien de première nécessité, sujet à débattre. Raison de plus pour la défendre.

                                       

    Du coup, la profession clame son désarroi. En Europe, les salles ont perdu 70% à 90% de leurs recettes dans plusieurs pays. Les petits distributeurs ne survivront pas à une fermeture longue. Ils sont tentés de vendre leurs films aux plates-formes de vidéo à la demande. Netflix et consorts sont agressives car elles vont manquer de films. Les tournages sont interrompus aux États-Unis, ils reprennent timidement ailleurs. Le cinéma à la demande jette paresseusement son dévolu sur des films déjà annoncés, promotionnés, sur le point de sortir. Gare à la colonisation économique et culturelle !  La plupart des prestataires sur abonnement sont américains : Netflix, Amazon Prime, Disney… Ces plates-formes se désintéressent du cinéma d'auteur. La France esquisse une timide tentative en lançant Salto, fruit de l’union entre télévision publique et privée.

                                            La pub Salto

    Les pouvoirs publics doivent  négocier utilement la participation des nouveaux acteurs de l’audiovisuel au financement des longs-métrages sur grand écran. Sinon, l’offre de films au format télé ou plateforme supplantera  le grand format. L'association des Auteurs Réalisateurs Producteurs (L’ARP) a lancé un véritable cri d’alarme lors de ses états généraux.

                 "Si l’on ne préserve pas le financement spécifique du cinéma, il sera mort dans quelques années"

    Voilà qui est dit sans ambages, cri poignant  au milieu de nombreux autres proférés dans le désert généré par la pandémie.

     

    Pupille : Photo Élodie Bouchez, Gilles Lellouche

    Cinéma, théâtre, concerts, sont des pupilles de la Nation, laissés à l’abandon, en espérant des bras secourables. Comme dans Pupille, ce soir à 20h40 sur La Une belge, suivi de Capitaine Philips. Belle soirée en perspective.

     

    Une Famille à Louer : Photo Benoît Poelvoorde, Virginie Efira

    Ou sur France 3, Une famille à louer  avec le duo  Efira/Poelvoorde.

     

     Le Monde de Charlie : Photo Emma Watson, Ezra Miller, Logan Lerman

    Ou un film tiré au hasard dans votre DVDthèque. Mon tirage du jour : Le monde de Charlie, un des meilleurs titres sur l'âge pré-adulte.

     

     


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