• De riens

     

     

    Cinq jours à peine de confinement. Comme si c’était l’année dernière. La notion du temps s'évapore. Les jours se ressemblent, perdent leur nom. Dimanche, le jour des pistolets, l’habitude bien belge survit. Une longue file étirée devant un boulanger réputé. La distance sociale est respectée.

    Quelle importance de savoir si nous sommes lundi ou mardi. L’essentiel, c’est de structurer un horaire personnel ou collectif chez soi. École le matin, jeux créatifs l’après-midi avec sortie calibrée sous un soleil bienvenu. En fin de journée, un film en famille. Un JT le soir. De nouveaux rituels s’imposent ou d' anciens rendez-vous réapparaissent. Les conversations à table aussi.

    Dans l’idéal, le cercle familial est un espace où on est pas tout le temps obligé de faire les choses correctement. L’important, c’est de sentir que nous comptons pour notre famille que nous pouvons avoir confiance en elle et que nous sommes en sécurité en son sein (Les yeux sans les yeux, Sherry Turkle).

                                                                                 Les yeux dans les yeux: Le pouvoir de la conversation à l'heure du numérique par Turkle

    Des choses subsistent. La fébrilité des présentateurs radio, qui pressent la parole d' un invité, un œil sur l’heure du prochain écran publicitaire. « Encore une question, mais en vingt secondes…, svp, on n'a plus le temps." Il y a toujours des coupures dans les films diffusés à la télé. La nouvelle ministre de la Culture avait promis de réduire le volume publicitaire sur les chaînes publiques belges francophones. C’était il y a dix mois… Le service public flamand a banni la pub depuis belle lurette.

    Alors, j’enregistre et je saute les spots. Quelle importance encore de regarder en direct ou en différé…  Vu hier, sur une payante gratuite, Strictly Criminal, l’histoire vraie d’une collusion entre un psychopathe et un agent du FBI pour liquider la mafia italienne à Boston. Johnny Depp est terrifiant et stupéfiant. 

     

                                              Strictly Criminal : Photo Johnny Depp

    Sa prestation au-delà de l'humanité m' a tenu jusqu’à la fin d’une chronique ultra-violente. Vingt ans d'histoire de la pègre américaine entre 1975 et 1995.

     

    L'Epreuve : Photo    Vu aussi, un DVD acheté peu avant les « événements », L'épreuve.

                                  Juliette Binoche en reporter de guerre militante et inconsciente. Pas très convaincant, ce dilemme : stop ( retour au foyer) ou encore (je mitraille pour une bonne cause).

    Je m’évade en images après les occupations du jour : jardinage, lecture, écriture, repas, promenade, repos. Je m’assieds devant l’écran avec le sentiment du devoir accompli. Je suis souvent l’excellente émission C dans l'air sur France 5, à 17h45. Les points de vue sont complémentaires, les intervenants s’écoutent, le public pose ses questions. Mais bon, trop de virus nuit à la santé. J’évite l’infodémie ou l’infobésité. Je cible mes créneaux d’information. 

    Ce virus qui change le monde

    Le 1, par exemple, consacré à « Ce virus qui change le monde ». Même principe que C dans l'air : une question d'actualité, vue sous tous  ses angles. Le fondateur de l'hebdomadaire était l’un des invités de l'émission d'information la semaine dernière. Éric Fottorino a conseillé de lire, afin d’élargir nos horizons et de plonger dans l’imaginaire.

    Les livres sont des amis précieux. Je passe de l’un à l’autre selon l’humeur du moment.Chacun a sa chance. Quelques lignes me disent si c’est lui qui va me parler maintenant. Parfois, j’insiste et le charme opère, bonheur vécu ce matin sous « Les seize arbres de la Somme.» Un pasteur parle avec le petit-fils qui vient de perdre son grand-père.

    Les seize arbres de la Somme par Mytting

    Une complicité se noue entre l’adolescent et l’homme du culte. Peu de mots pour consoler, une présence et un élan vers l’avenir.

    Face à un drame et un profond désespoir, l'écoute est silencieuse. Elle ne vient pas ajouter des bruits parasites aux douleurs existantes : elle n'impose pas un savoir ni une volonté de guérison, une vision pessimiste ou un a priori positif. Elle ne juge ni ne critique. Elle laisse l'espace libre pour que puisse s'épanouir la parole dans le temps qui lui est consacré. L'écoute silencieuse est l'écoute du silence au-delà des mots de ce qui ne peut être dit et qui fait mal : l'amour en souffrance.  (L’amour est plus fort que ta peur, Catherine Bensaid).

    Une fois fatigué de lignes à suivre, je glisse un signet entre les pages délaissées le temps de vivre ce que j’ai lu ou de le raconter. Le signet là, le livre attend patiemment le retour du lecteur.  

    Le soleil brille. Marcher, c’est sûr. Continuer les deux livres cités, peut-être dehors, bien emmitouflé. Hier a été en riche en échanges (skype, téléphone, blogs). Aujourd’hui, relâche sociale. Enfin, pas totale ; je ne pensais pas vous écrire, mais

     

    Parfois, inspirés par ce souffle

    venu d’ailleurs et de très loin

    qui sans crier gare

    nous chuchote une parole

    dont la portée nous dépasse dans l’instant,

    pour nous apparaître ensuite

    lorsque se dissipe l’émerveillement

    de se sentir animé par l’indicible.

     

                                             Belles journées, autant que faire se peut.

     

     

     

     

     


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