• De Madras à Cambridge

     

    Il est un de ces esprits éveillés qui décèlent dans la nature des formes inscrites depuis la nuit des temps, invisibles au commun des mortels.

     

                                                        

    Srinivasa Ramanujan aligne fiévreusement des formules mathématiques  sur le pavé du temple de Madras en 1913. Ses intuitions exceptionnelles intriguent un professeur de Cambridge. G.-H. Hardy invite Ramanujan dans la très vénérable université. C’est le début d’une intense amitié qui tarde à éclore, contrariée par la rigidité d’un mentor soucieux d’étayer les fulgurances prodigieuses de

    ce jeune Indien autodidacte. 

    Me voici une nouvelle fois embarqué dans la biographie filmée d’un mathématicien génial, alors que les maths et moi, ça fait deux. Je me souviens de John Forbes Nash qui dessine une équation novatrice sur une vitre embuée. La confrontation entre Will Hunting Hunting  et son psychologue  attitré est gravée dans ma mémoire. Alan Turing m’épate en s’obstinant contre vents et marée à jeter les fondements de l’informatique.

    Mais si The man who knew infinity  (17 août en Belgique, inédit en France) a enrichi ma collection de biopics au carré, c’est parce que trois avis mitigés m’ont détourné de Toni Erdman. Bizarre, non ? Je ne suis pas plus féru en maths après avoir connu Ramanujan, c’est d’ailleurs le point faible du film. L’objet de ses recherches est trop peu vulgarisé, à part une petite démonstration simplissime. Ce que je retiens surtout, c’est la source d’inspiration du prodige. Son professeur cartésien aimerait d’ailleurs savoir d’où son protégé tire ses formules renversantes.

    Srinivasa, gravement malade, lâche qu’une déesse lui souffle ses idées géniales. Cette révélation ébranle l’athée bon teint Hardy. Ses certitudes vacillent comme sa résistance au conformisme, imposant la démonstration de chaque  nouvelle percée dans la vie des nombres premiers. Des preuves, encore des preuves, pour obtenir une reconnaissance à laquelle le jeune Indien aspire depuis si longtemps. Il a quitté son pays et son épouse, il se heurte au racisme colonial, il est seul, perdu dans les codes académiques d’une université prestigieuse,  engoncée dans ses traditions poussiéreuses.

    Le récit gagne en  relief lorsque l’amitié émerge enfin au-delà des préjugés réciproques. Une fois encore, j’ai apprécié cette incursion dans un univers qui dépasse mon entendement. L’opacité des maths me fascine comme celle du jeu d’échecs. J’aime regarder et écouter sans comprendre.

     

    Je m’attache plutôt à la personnalité des joueurs ou au cheminement de chercheurs qui ont éclairé l’humanité. Srinivasa Ramanujan laisse derrière lui des cahiers entiers de résultats non prouvés qui continuent d'être étudiés actuellement. L’un des ces cahiers daté de 1909 figure dans une vitrine des bibliothèques de   Cambridge, non loin des travaux de Newton et de Charles Babbage, concepteur du premier ordinateur.

     

                           x+n+a = \sqrt{ax+(n+a)^2 +x\sqrt{a(x+n)+(n+a)^2+(x+n) \sqrt\mathrm{\cdots}}}

     


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