• Crise de confiance

     

                                                                   (29 mars)

    Une mère et ses deux enfants à Paris. Ils débarquent du Canada en ayant transité à Perpignan, par la famille du père défunt. Nathalie a décroché un emploi chez un joaillier réputé. La mère de Bastien et de Paul a fait le grand saut. Ils ont emménagé dans la grande ville, elle a scolarisé ses deux garçons de huit et quinze ans. En route vers son nouvel employeur, Nathalie tombe des nues. Le directeur, revenu de vacances, a changé d’avis. Elle congédie Nathalie avant même d’avoir commencé. La voici livrée à elle-même. La mère masque son désarroi. Elle cache la vérité à ses enfants, déjà ébranlés par la mort récente du père et le départ de Toronto.

    Paul évente le pieux mensonge, la voit travailler comme serveuse dans une       gargote de quartier. Il ne comprend que dalle. La confiance est rompue. Il erre dans les rues bruyantes sur ses rollers. Il sèche les cours et fricote avec des gens douteux. Paul rend à sa mère le mensonge de sa pièce. Il refuse de parler de ses escapades régulières. Les relations tournent au vinaigre. Le petit frère déteste les disputes des grands, Nathalie rassure, elle ne convainc personne. Bastien reste solidaire de son aîné. L’étau se referme sur Paul et sur Nathalie par ricochet. Le fils paumé crie au secours. « Maman, aide-moi ». Oui, dit-elle, comme une évidence. Elle fait face, n’émet aucun reproche.

    Trois vies chavirent en un rien de temps. Le manque de parole amorce une spirale infernale. La mère et ses deux fistons n’ont pas su exprimer leur chagrin après la perte d’un mari et d’un père. Les non-dits se prolongent, enfermés dans l’anxiété de vivre dans une ville anonyme et la difficulté de trouver de nouvelles marques. Chacun se raccroche à ce qu’il peut, même si c’est bancal. Emmanuelle Cuau tourne peu, trois films en vingt-deux ans. Elle laisse vivre l’image et observe ses personnages se débattre avec une réalité inédite. Elle évite les développements psychologiques, elle se contente de montrer la réactivité d’une mère obligée d’assurer seule la défense de sa progéniture.

                                                          

    Pris de court tient en haleine quasiment jusqu’au dénouement qui laisse sur le spectateur sur sa faim. Une fois la tension bien installée, le scénario part en quenouille, archi-centré sur le noyau familial. On aurait aimé voir un quatrième mouvement à ce récit tendu, entrecoupé de fondus au noir délimitant les ressorts d’une aventure qui pourrait être le lot de n’importe quelle famille à la dérive. Virginie Efira ajoute un fleuron dramatique à son registre d’actrice éclectique. Elle confirme sa capacité à monter dans les graves, un talent entrevu dans Victoria, portrait légèrement tragique d’une quadragénaire en proie à la déprime.

       


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