• Coup de chaud

     

                                                                Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

     

    Quelle belle journée ! Pourtant, elle avait mal commencé. J’avais perdu mes lunettes, j’avais oublié la clef de mon cadenas de vélo et j’allais louper mon train. J’étais en ébullition. L’accueil chaleureux de l’équipe du Point vélo de la gare a tari instantanément la cascade de contrariétés.

                                                          
        « Bien sûr que vous pouvez nous laisser votre vélo pour la journée. On vous le garde bien au chaud.»


    Mon humeur a viré d’un coup. Je suis monté guilleret à bord du train bondé. J’ai pris place et j’ai lié conversation avec mes voisines, une septuagénaire ardennaise et une africaine enjouée. Mieux encore, un ancien confrère journaliste et son épouse nous ont rejoints. Nous avons évoqué le bon vieux temps et nos missions de grands-parents. Leur fille et leurs deux petites-filles adolescentes se sont installées chez eux après un divorce.

    « Nous sommes occupés à plein temps et ça fait un bien fou. La fin de vie est légère quand on a un but ou un projet.»


    J’étais de plus en plus réjoui. Nouvelle conversation encore avec la dame d’origine portugaise chez qui j’achète habituellement un en- cas avant la vision de presse de midi. Elle me dit avoir été un brin déprimée le mois dernier. Le nouveau piétonnier au centre de Bruxelles enfonce le commerce local.

                                   
    « Il y a du monde mais c’est du passage, ils ne consomment pas. Trois boutiques ont fermé faute de clients.»

    Elle craint pour l’avenir. Elle me prête néanmoins une fourchette pour manger mes crudités durant la projection. « Vous me la rapporterez, hein ! »


    Ragaillardi par une bonne rasade de chaleur humaine, j’étais mûr pour ressentir l’humanité de Médecin de campagne, chronique d’un généraliste en région rurale. Les larmes ont perlé plusieurs fois, soulignant le besoin de contacts humains dans une société très pressée, très individualiste.

                                                 Médecin de campagne : Affiche Thomas Lilti a été médecin avant d’être cinéaste. Il a effectué des remplacements de médecins chevronnés installés hors les villes. Il a côtoyé des hommes et des femmes exceptionnels quand il remplaçait des collègues en Normandie et dans les Cévennes


    « Il faut empêcher les déserts médicaux de gagner du terrain, dit-il, et tout mettre en œuvre pour que ces médecins ne disparaissent pas. C’est pour moi un enjeu social majeur. Le médecin de campagne est donc, plus que jamais, perçu comme un héros positif. Il incarne un rôle social crucial, faisant le lien entre les générations, luttant contre l’isolement et la solitude de ses patients. »


    Médecin de campagne nous montre un homme dévoué, le métier chevillé au corps. Jean-Pierre ausculte, palpe, touche, écoute, rassure. Attentif, attentionné, il incarne l’essence de la médecine, don de soi au soin des autres. Jean-Pierre aime les gens. Il ne souffle mot de son cancer récent à personne.Il continue ses tournées et ses consultations( bourrées) l'air de rien.


    "Tu dois arrêter de travailler si tu veux avoir une chance de guérir." Un médecin parle à un médecin. Le spécialiste connaît bien son ami généraliste, c’est une tête de mule. Il lui envoie une doctoresse en soutien. Nathalie a la vocation mais peu de pratique. Jean-Pierre accepte l’intruse du bout du stéthoscope.

                               «Médecin de campagne, c’est jour et nuit, ça s’apprend sur le tas

                   Médecin de campagne : Photo Marianne Denicourt             Médecin de campagne : Photo Marianne Denicourt


    Le mentor est dur, silencieux, centré sur les malades. Nathalie s’accroche. Elle s’imprègne des us et coutumes locaux, apprend à connaître les gens par leur prénom. Elle supporte la réserve d’un homme habitué à vivre et à travailler seul. La néophyte trouve ses marques. Nathalie apprend la médecine de l’âme aussi importante que la médecine du corps. Elle soutient Jean-Pierre dans son combat pour le droit des gens à mourir chez soi. Le médecin de famille a installé un dispositif permettant le maintien à domicile d’un nonagénaire grabataire.

    « On y croit, on assume, ça fait deux ans qu’on se démène, on ne va pas l’hospitaliser maintenant.»


    Le médecin, soignant et confident, est en voie de disparition (comme le facteur assistant social, le kiosquier, l’épicier du coin) Ce métier éreintant confine au sacerdoce, requiert abnégation et altruisme. Les interprètes du film épousent les convictions du réalisateur. Ils ont investi leur rôle, ont appris les gestes de base (tension, pansement , garrot…). Ils ont joué collectif, animé d’un esprit de village façonné au cours de lectures des dialogues avec tous les acteurs et sans ponctuation dans le texte. Ainsi, rien n’était figé.

    Médecin de campagne : Photo Marianne Denicourt  (scène improvisée)


    François Cluzet apprécie. « Je n’aime que le travail d’équipe et je pense que c’est ensemble que l’on peut se dépasser. Un acteur qui se dépasse tout seul, ce n’est jamais qu’un mec qui se regarde.»

    L'acteur voit aussi des points communs entre médecin et le métier d’acteur.«Le don de soi est essentiel dans notre métier aussi. Faire en sorte que les émotions soient ressenties avant d’être livrées


    Merci à l'équipe. J'étais aux anges sur le chemin du retour. Médecin de campagne (le 23 mars en Belgique et en France), mon deuxième coup de coeur de l’année.

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :