• Contrastés

     

     

    Une brume triste  filtre mes visions ces jours-ci. Je rencontre des spectateurs émus après Réparer les vivants et L’histoire de l’amour alors que moi-même n’ai ressenti qu’impatience et énervement.

    Impatience sachant qu’un cœur de dix-sept ans allait relancer une femme de cinquante ans. C’était écrit dans le roman de Maylis de Kerangal.

    - Oui, je l’avais lu… un film ne rend jamais le livre, alors je ne vois pas ce que je pourrais dire … mais mon mari ne l’avait pas lu et il  a été très ému.

    - Oh oui, confirme-t-il,  les yeux scintillants.

    Il n’écoutera pas mes impressions. Il me regarde en souriant et ne pipe mot, l’émotion couve encore quelques heures après la projection.Nous étions quatre dans la salle l’après-midi. J’ai reconnu le couple présent. Il était facile de les héler le soir avant de voir L’histoire de l’amour. Généralement, les gens répondent à mes demandes d’appréciation. La  plupart aiment exprimer un petit rien ou un grand émoi.

                                                    Réparer les vivants : Photo

    Je me souviens avoir lu quelques passages du livre à sa sortie il y a deux ans. Je ne l’avais pas acheté. Le récit d’une transplantation cardiaque ne me tentait guère. Un bouche à oreille  encourageant et quelques heures libres m’ont décidé à voir le film de Katell Quillevéré un bon mois après sa sortie (9 novembre). S’il est toujours à l’affiche en vue des fêtes, c’est qu’il vaut le coup, non ?

                                                               Réparer les vivants : Photo Tahar Rahim

    Le cinéma fonde son  impact sur deux atouts majeurs : une bonne narration et l’identification aux personnages. John Boorman développe l’idée. Un récit solide, vu par les yeux d’un personnage central, donne le cinéma le plus fort qui soit. Le cinéma narratif  conditionne le spectateur à n’attendre que le moment narratif suivant.

    Je ne me suis reconnu dans aucun personnage et je connaissais la fin de l’histoire, le cœur d’un défunt donne une seconde chance à un vivant.  Je suis resté insensible au chagrin des parents privés d’enfant et aux tourments de la personne en attente de cœur. La partie documentaire montrant les étapes de la transplantation m'a intéressé davantage.

    Le soir rebelote, je sabote L'histoire de l'amour.                                                                     Scénario alambiqué, acteurs parlant avec un accent yiddish agaçant et surtout un gros filtre lié à mon histoire personnelle. L’amoureuse exige de son amoureux un silence insupportable sur une filiation, privant ainsi un père de son fils. Cette demande incongrue ennuage mon regard. Je décroche. Je me concentre sur le démêlage d’un fil narratif incohérent; le récit enjambe les époques à contretemps. Mon épouse loue l’attitude de l’amoureux, émue par un amour incoercible en dépit de revers essuyés sur trois générations. Léo ne refait jamais sa vie. Quelle constance, quel magnifique respect du grand amour, admire-t-elle.

    Nous livrons nos impressions le lendemain matin à nos amis du samedi (Ils n’ont pas vu le film). Ils écoutent attentifs nos sons de cloche différents, ils demandent des précisions. L’ami réagit pareil que moi à l’énoncé de la promesse exigée. Quant à l’amie, elle redit deux fois, péremptoire, qu’un homme qui reste seul après une séparation, ça n’existe pas.

     

    Je remarque aussi avoir exhumé un potentiel inaperçu la veille en m’étant efforcé de clarifier une histoire décousue en la racontant à nos amis.  N'empêche, divers événements demeurent nébuleux. Je demande des éclaircissements à une connaissance ayant vu la saga Radu Mihaileanu un mois auparavant.

    - Là tu m’en demandes trop, je ne souviens pas de ce personnage. Tout ce que je sais, c’est que c’est un beau film, me dit-elle avec un tremolo dans la voix.

                                                       Les voies du cinéphile sont impénétrables.

     

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :