• Constructives conversations

    Un ami de longue date m’interpelle à propos de La vie est ailleurs.

    « J’ai lu ton article. Très bien, mais après… Je veux dire… que fait-on ? »

    Je réponds : « On organise des conversations publiques. On réunit des personnes aux opinions opposées autour d’un bon repas. On parle  d’abord pour se connaître et puis on discute sur le thème de la soirée, par ex.,  l’éducation des enfants à l’usage des jeux video, du PC et du smartphone. »

    Kenneth Gergen J. et Mary Gergen  décrivent cette méthode dans leur introduction au constructionisme social. Le plan de conversations publiques évite les disputes sur les valeurs et amorce l’approche collaborative d’un conflit. Les conversations publiques sont nées à Boston au sein d’un groupe de thérapeutes familiaux. Elles se déroulent en soirée, entre six à dix personnes.

    Un repas précède la discussion sur le thème du jour. Ce dernier est banni des échanges en cours de repas. Lorsque la discussion commence vraiment, chacun est invité à parler en son nom personnel de son expérience. Les récits  sont souvent teintés d’émotion. Les positions de principe – pas de télé avant six ans, oui au jeu vidéo dès quatre ans- sont exclues du débat.                                         

    Puisque la discussion ne porte pas sur les valeurs respectives, les participants  écoutent les récits  d’une oreille attentive. Ils commencent à percevoir ce qui anime  leurs « opposants ». Ils sont ensuite conviés à évoquer leurs « zones grises », c’est-à-dire des doutes sur la position qu’ils défendent. Cette deuxième voix tend à se rapprocher de celle de l’opposition.

    Le conflit est ainsi désamorcé. S’ils n’ont pas (encore) modifié leur point de vue, les participants comprennent mieux les positions  antagonistes. Le groupe est mûr pour entamer une réflexion commune sur la façon de régler l’usage des écrans. Primeur est donnée aux récits d’expériences plutôt qu'aux échanges acharnés sur des valeurs. Le sens prôné par la tradition familiale ou les principes de vie d’une communauté devient relatif et non plus absolu. Un sens nouveau émerge issu de l’entente mutuelle au sein de la conversation. Personne n’a tort, personne n’a raison, il y a juste différentes façon de concevoir l’éducation au numérique. Le respect de la différence ouvre le dialogue et la construction collaborative de savoirs nouveaux.

    Le constructionisme social est une des sources d’inspiration des thérapies narratives. Client et thérapeute co-construisent une nouvelle histoire, en déconstruisant une version close de l’existence de la personne et en la reconnectant à ses ressources négligées. La thérapie devient un processus de construction sociale ouvert sur des significations nouvelles. Le changement découle du dialogue, de la conversation.

     

    ,                               Des habitants de Westchester en route vers la ville de New York, 1955. Photo de Guy Gillette

    Hors thérapie, J’ai constaté l’efficacité d’une conversation centrée sur les faits et respectueuse des personnes. C’était dans le train. Ce jour-là, comme souvent, c’était la pagaille. Trois trains vers Bruxelles avaient du retard. Deux arrivent simultanément en gare. Les annonces se contredisent. Je monte dans le convoi censé partir le premier. Je constate que ce train est un direct. Il ne s’arrête pas avant Bruxelles. Mon voisin est consterné. Et voilà que le contrôleur lui tombe dessus et s’apprête à lui facturer le trajet qu' il allait devoir faire en sens inverse pour atteindre sa destination.

    Je trouve cela injuste étant donné la confusion régnant sur les quais.

    J’exprime mon sentiment au contrôleur. Je lui dis les annonces désordonnées, les trains simultanés, les gros retards.

    Il me répond qu’il est obligé d’appliquer le règlement. Que celui qui embarque peut toujours s’adresser à lui avant de monter dans le train.

    Je lui fais remarquer que lui-même était difficilement abordable, occupé à jouer du sifflet pour accélérer l’embarquement.

    D’autres voyageurs confirment d’une voix posée, sans agressivité.

    Le contrôleur hésite, exprime sa crainte d’être pris en défaut par sa hiérarchie.

    Tout le monde acquiesce en soulignant qu’il serait dommage de sanctionner une personne de bonne foi.

    Silence. Mon voisin n’a pipé mot.

    Le contrôleur range son carnet. «Bon voyage, messieurs, dames.»

    Les faits, rien que les faits, pas un mot plus haut que l’autre. Le contrôleur n’a pas été mis en cause ni humilié. Il a perçu l’effet de circonstances particulières et s’est adapté à la situation malgré le règlement.

    Nous avons adouci la tonalité la couleur d’une journée qui avait mal commencé.

     

          Affiche Devine qui vient dîner...                Devine qui vient dîner... : Photo Katharine Houghton, Sidney Poitier, Stanley Kramer  Devine qui vient dîner... : Photo Katharine Houghton, Sidney Poitier, Spencer Tracy, Stanley Kramer

    Rien n’est jamais irréversible. Le père ultraconservateur de Joey finit par consentir à l’union de sa fille avec un noir. Devine qui vient dîner adopte le ton de la comédie pour aborder un sujet sensible en 1967 aux Etats-Unis. A l’époque 16 états du sud interdisaient encore les mariages mixtes. Le Ku Kux Klan manifestait devant les salles assez téméraires où était programmé le film de Stanley Kramer.

                                         Les Oiseaux de passage Une proposition de sortie cinéma pour les vacances pascales dès six ans. L’histoire touchante d’un gentil canard nouveau-né et des ses deux mamans adoptives, Margaux et Cathy. Margaux est la première à avoir vu le caneton et devient d’office sa maman. Plutôt compliqué quand on est en chaise roulante et bientôt placée en institution. Cathy aide son amie à assumer ses responsabilités maternelles tandis que les adultes pataugent dans leur conformisme et leur égoïsme. Les deux fillettes rencontrent néanmoins des adultes compréhensifs au cours d’une équipée qui les soude et les marque à jamais. Ce conte moral longuet sort uniquement en Belgique. Les oiseaux de passage signe le troisième film jeune public des frères Ringer.

     

     

     

     


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