• Cohérence fatale

     

     

    אן דופורמנטל Anne Dufourmantelle - המכון הצרפתי ...

    Je voudrais rendre hommage à Anne Dufourmantelle, morte au champ d’honneur le 21 juillet dernier. Sa disparition pourrait être le point de départ chevaleresque d’un film sur une femme qui a su risquer sa vie au point de la perdre.

    Deux amies bavardent sur une plage du Var. La mer se met à rugir, à monter de grosses vagues. Le drapeau orange de la baignade passe au rouge. Un enfant semble perdu dans les flots. Il paraît en danger. Anne n’écoute que son cœur. Elle prend la mer pour secourir le fils de son amie, âgé de dix ans. Le ressac rendra le corps inerte de l’âme courageuse. Anne meurt d’un arrêt cardiaque. Le cœur a cédé, rompu par un tel élan. L’enfant est sauf. Un acte de pure bravoure. Au contraire des assurances, Anne a négligé les risques.

    Eloge du risque par Dufourmantelle

    Celle qui fut psychanalyste, philosophe et romancière, parlait d'espace inconnu. « Risquer sa vie, est l’une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort – et survivre… ou bien y a-t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l’existence sur cette ligne de front  qu’on appelle le désir ? (Éloge du risque, Manuels Payot)

    Le film commencerait avec cet acte de bravoure. Et puis, une pensée serait déroulée à rebours, nouant une boucle entre fatalité et liberté, entre conscience et désir, jusqu’au sacrifice d’une existence inconcevable sans dépassement de soi, disait la disparue. Le corps succombe, l’esprit demeure au sein d’écrits sur le sacrifice au féminin, la douceur, l’amour, le rêve, sur la puissance de la douceur, une de ses principales qualités.

    Puissance de la douceur par Dufourmantelle«La douceur ressemble à un vœu d’enfant. À cette promesse chuchotée : je serai toujours au près de toi.»  (Puissance de la douceur,  Manuels Payot).

    Une certitude, Anne ne sera jamais loin de nous. Anne Dufourmantelle a suivi une pulsion, Irène Frachon a servi une conviction.

    Irène Frachon, pneumologue, Prix éthique 2011 (catégorie lanceur ... La fille de Brest  (5 juillet) est allée aussi au bout d’elle-même, mais elle a survécu au combat de titan mené contre l’industrie pharmaceutique. J'ai vu son histoire sur grand écran peu après la mort d'Anne D. Elles avaient le même âge. Cette pneumologue s’est dressée sur la route du Mediator en 2009, un coupe-faim à l’origine de nombreux décès. Elle a obtenu le retrait du médicament après deux ans de joute scientifique et juridique. Irène a sacrifié vie de famille et confort personnel, dans une lutte pied à pied avec le laboratoire Servier. Ayant obtenu le retrait du produit toxique, la doctoresse a soutenu des actions pénales pour établir la responsabilité du fabricant, efforts demeurés vains jusqu’aujourd’hui. Le moteur d’Irène Frachon a été la détresse de ses patients. Elle a ressenti leur souffrance et leur solitude. Plusieurs d’entre eux sont décédés, après avoir repris du Mediator.

    La fille de Brest - la critique du film Le film d’Emmanuelle Bercot dresse le portrait d’une femme déterminée, engagée dans une croisade au long cours. Irène et Anne, deux femmes exemplatives, fidèles à leurs valeurs et idéaux. Elles ont pris des risques immenses, chacune pour sauver une ou plusieurs vies. Leur courage les élève au tableau d’honneur. L’une survit dans ses ouvrages, la seconde se prolonge dans un film.  Qui sait ? Un jour peut-être, le seul roman d’Anne Dufourmantelle, L'envers du feu, (captivant par l'intrigue et l'arrière-plan psychanalytique) séduira un cinéaste. Ces deux cœurs purs au grand cœur méritent de nicher dans nos mémoires.

     


  • Commentaires

    1
    coumarine
    Mardi 1er Août à 22:56

    Merci, cher Patrice pour ce bel article

    Tu me donnes envie de lire les livres de celle qui a donné sa vie de cette manière

    Faut-il que quelqu'un meure pour se mettre à l'apprécier?

    2
    Mercredi 2 Août à 07:29

    Pour ma part, je l'appréciais de son vivant. Elle est une des rares auteurs dont j'ai lu l'intégralité de l'œuvre. Souvent, quand une personne meure, on l'idéalise, on la pare de bien des vertus, en tout cas on omet ses faces obscures. Ici, l'hommage à la défunte a été unanime et réduit à ceux qui la connaissaient, la lisaient, l'écoutaient, la consultaient. Quant à Irène Frachon, elle a connu le bonheur de voir sa cause aboutir, d'être reconnue dans son engagement de son vivant. Mais nul besoin d'être "quelqu'un" pour être apprécié. Nos combats et nos victoires personnelles méritent également la citation à l'ordre du jour. Chacun puise dans son capital courage la force de suivre ses aspirations. A nous d'élire nos priorités et d'y consacrer l'énergie voulue.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :