• Cœur de cible

     

    Londres sous la menace d’une attaque terroriste bactériologique. La capitale britannique est à nouveau à l’honneur un an après La chute de Londres. Cette fois, le spectateur plonge dans les artères des quartiers sociaux, loin des chromos de London Bridge et de Westminster. Un attentat couve dans les bas-fonds. Un restaurant marocain miteux sert de base à un Imam catalogué belliqueux. Il envoie ses messagers propager la destruction. Les apparences sont trompeuses. La CIA et le MI5 tombent dans le panneau. Y aurait-il une taupe chez les bons et un gentil chez les méchants ?  Heureusement, Alice (Racine) veille

    au grain. Noomi Rapace est parfaite en contre-espionne sensible, rompue aux arts martiaux à l’égal de Jason Bourne. Conspiracy (31 mai) est un très bon film d’action, efficace, en phase avec l’actualité. Une belle brochette d’acteurs et un réalisateur chevronné (un James Bond en 1999) confectionnent un bon spectacle, à prendre au premier degré, comme un divertissement de bon aloi.

    Corporate (17 mai en Belgique, 5 avril en France) actionne également une femme de tête. Émilie est une tueuse professionnelle. Elle a été engagée pour dégraisser les cadres sans licencier. La RH (Ressources Humaines) pousse les résistants, les vieux et les moins

    productifs à démissionner d’eux-mêmes.    Corporate : Photo Céline Sallette

    - Je ne peux pas décider à  votre place, mais je peux vous aider à réfléchir, à envisager la meilleure solution pour vous et pour l’entreprise, récite l’exécutrice des basses œuvres à longueur d’entretiens. Elle doit dégommer 10% des effectifs. Si la manipulation échoue, le harcèlement commence. Un membre de son service se suicide sous les yeux d’Émilie. Il a tenu un an, placé d’abord sur une liste de mutations sans issue, puis relégué au placard. Émilie cille à peine devant le drame. Elle doit, comme Alice, s’imposer dans un monde impitoyable dominé par les hommes. La RH s’habille comme eux, change de chemisier dans le parking du sous-sol de la multinationale. Émilie renifle ses aisselles, lâche un « puff » de déodorant et enfile son col blanc de travail. Elle se perche sur ses hauts talons, évite de sourire, de montrer la moindre émotion. Combien de temps va-t-elle « réussir » à être ce que l’on attend d’elle ? L’armure se fendille. Émilie boit un peu plus, ses mains tremblent légèrement, elle agresse son mari au chômage, qui supplée son absence auprès de leur fils. Une femme va l’aider, l’inspectrice du travail chargée d’enquêter sur les causes du suicide.  Elles finissent par sympathiser.

                                                         Corporate : Photo Céline Sallette

    - Vous voyez, c’est mon secteur. 2.500 sociétés, 30.000 employés. Et vous, Émilie, de combien de personnes êtes –vous responsable ?

    - Septante-trois.

    - Là, je vous bats.

    - Oui, mais je gagne cent mille euros par an.

    - Mais moi, on ne peut pas me virer.

    La femme forte a l’occasion de virer de bord, de briser la loi du silence, de briser le socle du management inhumain. Céline Sallette signe une composition remarquable, donnant l’envie de suivre jusqu’au bout le processus de harcèlement moral déjà cerné dans Violence des échanges en milieu tempéré ou De bon matin. L’intérêt de Corporate (dévoué à son entreprise au point de s’oublier) réside dans le contraste entre l’univers clos de l’entreprise et le mouvement au dehors de l’immeuble d’acier. Chaque fois qu’Émilie sort dans la rue, le bruit, les couleurs, les gens rappellent qu’il y a une autre vie que le boulot et la réussite à tout prix.

                                                                   Corporate : Affiche

                                          Ces  deux toiles de qualité m’ont  redonné l’envie du grand écran.

     


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