• Clint emporte le quarté

     

     

    Quatre séances en trois jours, dont deux à la suite, le quarté final donne Sully (30.11) vainqueur haut la main, devant Le petit locataire (16 et 23.11), Le ciel attendra (toujours visible depuis le 5.10 en Fr et le 2.11 en Bel) et Alliés (23.11) loin derrière. J’ai vu ces films accompagné, un régal ! Nous avons pu échanger dès le générique terminé si l’envie de parler était trop forte.

     

                    Sully : Affiche          Le Petit Locataire : Affiche          Le Ciel attendra : Affiche      Alliés : Affiche

     

    Mon épouse est partante pour un doublé, c’est-à-dire, voir deux films à la suite.

    - Tu es sûre lui ai-je demandé, ce n’est pas dans tes habitudes.

    - Pourquoi pas, si ce sont de bons films que j’ai envie de voir. On décidera après le premier.

    Nous étions d’humeur joyeuse après Le petit locataire, un bon petit film, fleurant bon la tendresse.

    Quatre générations de femmes cohabitent sous le même toit. Le mari, beau-fils, père et grand-père n’assume aucun de ses rôles, enlisé dans le chômage depuis deux ans. Il ressasse son passé de jeune espoir de la gymnastique  française, nostalgie cultivée à temps plein. Sa femme colmate les brèches et frise l’épuisement flanquée d’une  grossesse tardive à quarante-neuf ans après une maternité précoce à quinze ans (avec le jeune espoir…). Vous voyez le tableau : une famille française foldingue, exemplative d’une classe sociale à la ramasse mais pétrie de bonté.

                                                     Le Petit Locataire : Photo Karin Viard

    Nous avons souvent  ri de bon cœur à  suivre les frasques d’une famille foldingue. Nous étions parfois les seuls. C’est toujours un peu gênant au début quand la salle ne suit pas et puis ça passe. Michel Condé (292-93 et suivantes, in Cinéma et fiction, Ed. L’harmattan) remarque que le rire fonctionne comme une interaction sociale entre l’auteur du film, les spectateurs et les personnages.  Le rire exprime le plaisir  éprouvé à s’amuser de la transgression des valeurs communément admises. La tribu Payan carbure à l’envers et déclenche le rire, beaucoup, un peu, plus du tout  à l’exception de nous deux. La transgression des valeurs dites bourgeoises, sur fond de mauvais goût criard, est peut-être trop appuyée et heurte ainsi le code moral du spectateur mal à l’aise, d’autant plus «serré» que nous continuions de rire régulièrement ou de sourire très fort ( votre voisin le sent, si, si…).

    Cap maintenant sur Casablanca en 1942 avec un duo d’espions flamboyant sur papier, assez terne à l’écran. Ma compagne n’était pas du même avis. Plusieurs facteurs ont influencé ma vision des Alliés. Marion Cotillard me laisse indifférent, j’avais faim et je ne me suis pas identifié aux héros. L’identification suppose «une participation aux enjeux affectifs et émotionnels portés par les personnages » (p.261, Michel Condé). La belle espionne séduit le bel espion canadien, affublé d’un curieux accent québécois. 

                                                  Alliés : Photo Brad Pitt, Marion Cotillard

    - Comment peut-on jouer la comédie à celui qu’on aime, s’étonnait mon épouse, plus indulgente que moi à la sortie.

    - Et les acteurs ?

    - Brad Pitt a changé, plus apaisé, et Marion Cotillard très bien.

    Tout était dit.

                                                                 Le Ciel Attendra : Photo Noémie Merlant

    Deux jours plus tard, comme un de-voir, Le ciel attendra, clinique d'une radicalisation de deux jeunes françaises que nous nous étions promis de voir. Nous avions toujours repoussé la séance. A l’issue de la projection, nous avons regretté le méli-mélo de fiction et de documentaire. La clarté aurait été bienvenue à la place de la confusion due à un mauvais agencement des flash-back et à un montage alterné perturbant. Rien à redire en revanche sur la mise au jour du processus d’asservissement via Internet, ni sur l’interprétation.    

                                                  Sully : Photo Tom Hanks

    Changement de partenaire pour Sully, le dernier Eastwood, presque parfait. Clinton, quarante-cinq ans de réalisation met à l’honneur un homme qui fait simplement son job depuis quarante-deux ans. Une toile impeccable qui finit sur l’Hudson River et reprend devant une commission d’enquête contestant la décision de Chesley Sullenberger (Sully), pilote aguerri, de poser son Airbus en catastrophe sur l’eau, sauvant ainsi la vie de 155 passagers. On croit rêver. Pardi, de gros sous sont en jeu. Des ordinateurs et de savants algorithmes établissent une simulation d’atterrissages réussis sur terre ferme dans deux aéroports voisins.

    Sa mise sur la sellette nourrit  le syndrome post traumatique vécu par le commandant de bord, en proie aux cauchemars et à une

    angoisse non encore évacuée (Tom Hanks parfait).Sully : Photo Tom Hanks

    Sully (30.11) vous prend du début à la fin. Les images de New-York survolée sous tous les angles sont  grandioses, le crash est habilement séquencé en plusieurs tranches et le spectateur jubile de voir le bon sens triompher. Évidemment, connaître l’issue de l’histoire conditionne la vision. On sait que cela finit bien pour l’avoir lu ou vu dans les médias en 2009.

    Sully : Photo Clint Eastwood, Tom Hanks Mais Eastwood sublime la réalité grâce aux artifices de la fiction : suspense, effets spéciaux adéquats, récit non linéaire (ici bien agencé) et surtout identification au héros du jour (on peut y ajouter l’équipage et les passagers, d’un sang-froid exceptionnel).

    Un bon film est susceptible de nous apprendre quelque chose dans plusieurs domaines, affirme Laurent Jullier, notamment en nous donnant des renseignements fiables sur le monde qui nous entoure, au présent, au passé ou au futur, et la façon qu'ont ses habitants de vivre ( p.162 Qu'est-ce qu'un bon film?)

    J’étais enthousiaste. Mon ami tempère : ce que je retiens d’abord, c’est l’importance du facteur humain.

    D’accord l’ami. Une scène impressionnante confirme d’ailleurs la nécessité absolue de conserver des pilotes aux commandes des avions, des machines, des autos, des banques…

                                               Le capitaine annonce au micro : préparez-vous à l’impact !!!

                                          Instantanément, les hôtesses montrent et scandent jusqu’au choc :

    HEADS DOWN,  KEEP DOWN !  HEADS DOWN, KEEP DOWN ! HEADS DOWN,  KEEP DOWN !  HEADS DOWN, KEEP DOWN !          (TêTES BAISSÉES, GARDEZ BAISSéES !)

    Quelle force, quel courage, quelle nique à la mort. J’en avais et j’en ai encore les larmes aux yeux en écrivant et en racontant à ma compagne. Ils ont été dans la main de Dieu.

                                                          Sully : Photo Aaron Eckhart, Tom Hanks

     

                                                   Well done, Clint(on), malgré que tu sois un enfoiré de républicain!


  • Commentaires

    1
    madmich
    Jeudi 29 Décembre 2016 à 17:40

    Hé oui ! l'humain est constitué d'une multitude de facettes qui peuvent être en opposition, tels la persona, l'animus et l'anima, et enfin l'ombre. C'est ce qui fait la difficulté d'appréhender la totalité d'une personnalité. Nous restons donc dans l'ambivalence, rien ni personne n'est tout blanc ou tout noir. Heureusement, sinon nous n'aurions plus de surprise au cinéma ou dans chaque rencontre. 

    2
    Jeudi 29 Décembre 2016 à 18:09

    L'humain, dans le cas de Sully, est opposé à la machine, plus précisément à des algorithmes simulatifs. Devinez qui a le dernier mot?

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