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        Jonathan Demme, le réalisateur du "Silence des agneaux", est mort

    Jonathan Demme est mort le 26 avril dernier. Je n’en savais rien. J’appris la nouvelle en feuilletant une revue de cinéma. Étrangement, cela m’a « fait quelque chose », émotion ténue et indéfinissable. Je me souvenais parfaitement de Philadelphia, du Silence des agneaux et de Dangereuse sous tous rapports. Un peu moins d’Un crime dans la tête et pas du tout de Ricki and the Flash, son dernier film, son deuxième avec Meryl Streep, sorti en septembre 2015. Ricki trônait depuis un bout de temps au-dessus de la pile de mes DVD en attente de vision. Cette fois, j’avais une bonne raison  de regarder cette « dramédie » familiale que je pensais être le portrait d’une chanteuse country. J’ai ainsi rendu hommage à un réalisateur féru de musique et d’authenticité. Son œuvre ultime commence dans un bar du fin fond de la Californie.

    Ricki, rockeuse de soixante balais met le feu à un public d’habitués, toutes générations confondues. Elle interprète les Stones et Springsteen et y va parfois d’une composition  personnelle tirée d’un premier disque invendu. Ricki a lâché sa famille vingt ans plus tôt, pour réaliser son rêve : devenir une rock star. Son plan foireux l’a coupé de ses trois enfants. Certes, la scène la cueille le soir, mais la journée, elle est caissière dans un supermarché. Ricki vit au jour le jour, n’a pas un sou vaillant, est surendettée. Sa voiture a été saisie, elle doit donc prendre l’avion pour se rendre à Indianapolis, à la demande de son ex-mari. Elle n’a plus de quoi payer le taxi qui la dépose devant la somptueuse villa de Pete.

    Qu’importe, Ricki a écouté son cœur de mère, venu à la rescousse de sa fille déprimée après avoir été larguée par son mari. Autant dire que Ricki évolue dans ce monde de rupins chics comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Blouson de cuir,  boots, chevelure opulente et fines tresses, maquillage outrancier, la mère de Julie détonne dans le paysage policé de la bourgeoisie tranquille.

                                                   

    Un dîner mémorable dans un restaurant huppé étale les rancœurs accumulées par les deux fils et la fille. Ils ne comprennent absolument pas les lubies de leur génitrice. Ricki, elle, attend soutien et reconnaissance à l’égard d’une mère qui va jusqu’au bout de son rêve, même si l’aventure a  tourné à la déconfiture. N’empêche, Ricki sort sa fille du marasme et a l’opportunité d’offrir  sa seule richesse – son talent de musicienne – au mariage de son fils aîné.

    Meryl Streep épate une fois de plus. A soixante-cinq ans, elle a suivi des cours de guitare afin d’interpréter personnellement neuf morceaux (trois seulement étaient prévus au départ), la plupart, des rocks bien enlevés. Jonathan Demme ne jure que par le « Live », suivi par la grande Meryl, déjà aguerrie aux prises directes dans Mamma Mia. L’actrice avait d’abord enregistré les morceaux en studio puis les a repris sur le plateau : J'ai réalisé, en chantant live sur le tournage, que ma voix avait évolué et c'était formidable d'avoir la possibilité de chanter live. L'énergie et l'aspect physique des scènes dictent la façon dont la chanson doit être interprétée d'une manière qu'il est impossible de savoir à l'avance en studio."

    Meryl Streep est crédible dans tous ses personnages, que ce soit la Baronne Blixen (Out of Africa), La dame de fer, la sorcière de Blanche-Neige (rôle chantant dans Into The Woods) ou la femme au foyer résignée (Sur la route de Madison). L’actrice nommée dix-huit fois aux Oscar a aimé jouer Ricki Rendazzo, laquelle ressemble fort  à la grand-mère de la scénariste du film. L'aïeule a six petits-enfants, mais cela ne l’empêche pas d’être sur scène tous les week-ends, de monter sur le bar et d’électriser le public. Le rock’n’roll, c’est sa vie !

    Autre particularité de Ricki and the flash, la fille de Meryl Streep (Mamie Gummer) donne la réplique à sa mère (c’est la troisième fois), dans le rôle de Julie à la dérive. Meryl a quatre enfants et leur consacre six mois par an. Elle ne tourne que la moitié de l’année, « pour être ancrée dans la réalité ». Elle fuit le vedettariat et la frénésie hollywoodienne. La grande dame a illuminé la fin de carrière d’un réalisateur discret, attentif à peindre une  nation dans ses moindres détails. La  liesse dans le  bar où se produit Ricki et son groupe reflète l’Amérique profonde, sidérante pour nos yeux d’Européens.

     ... pin it mamie gummer and meryl streep 32 Mamie Gummer And Meryl Streep Fille et mère à 32 ans.

     

     

     

     

     

     


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