• Cinéphilie J

     

     

     

    Le jour où le cinéma s’est arrêté Le titre fixe le regard. C’est en couverture de la revue Sofilm, n°79. Je feuillète cet ancien numéro, le 80 vient de paraître. Je tombe sur un dossier, rédigé avant la pandémie : Les ados & le cinéma. La partie témoignages retient particulièrement mon attention. Une quinzaine d’adolescents racontent leur vie cinéphile.

     

     

    Sofilm N°79 – Mai 2020

    Il y a des constantes : les parents initiateurs, les médiathèques quasiment gratuites, les pépites art et essai, la petite salle de quartier, où tout le monde connaît tout le monde dans des petites villes. Hormis la sortie ciné,  il ne se passe pas grand’chose. Attention de ne pas confondre sortie ciné et cinéma. La sortie, c’est pour voir les potes, le cinéma, c’est s’immerger dans une histoire, s’identifier au héros qui leur ressemble ou qu’ils aimeraient être. D’une part, le cinéma prétexte pour « se retrouver et passer un moment ensemble. Il y a pas beaucoup d’endroits où on peut aller. » D’autre part, le choix personnel de vivre « des émotions qui passent au cinéma mais qui ne passent pas sur ordi. »

    Les jeunes (13-18 ans) téléchargent, regardent en streaming, ont abonné leurs parents à Netflix. Les réseaux sociaux bousculent la posture de spectateur passif. Le jeune spectateur a envie de réagir, de bouger de parler. « Aujourd’hui, ça devient étouffant d’être seulement un spectateur. » Le cinéma apparaît à certains comme  la sortie culturelle des gens éduqués et riches, capables de  se taire pendant deux heures. Le cinéma de papa, en quelque sorte. Père que l’on découvre en regardant des films ensemble après un divorce. « C’est une façon de communiquer avec mon père et même de rattraper le temps perdu. »

                                                       

    Ces témoignages sont émouvants et édifiants. Ils sont d’une grande maturité et révèlent le cheminement d’une attitude cinéphile : Je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas besoin d’artifice, ni de trucs extrêmement impressionnants pour faire une belle histoire. » Encore que, « je pense qu’il faut voir un peu de tout. »

    Ces récits sont presque  trop beaux. La réalité, dit cette exploitante de salle dans un quartier pauvre de Marseille, "c’est qu’on les perd complètement entre 13 et 18 ans. » Heureusement, on les retrouve en partie quand ils deviennent étudiants. Le renouvellement du public doit passer par de jeunes exploitants, qui ont la culture des séries, des jeux vidéo,  des réseaux sociaux, réceptacle idéal des commentaires d’après projection. Puisque cette génération est active, lui proposer de créer un comité de programmation, de choisir ainsi les films qui lui parle, Les misérables  par ex. Donner l’occasion aussi d’organiser une soirée avec une équipe de film.

    Les idées fusent, les moyens manquent. Ces initiatives et ces coups d’un soir( gros travail de communication sur les réseaux sociaux, collaboration avec les associations) requièrent du temps et du personne, un financement public est indispensable, à l’époque de l’image reine. Pourtant, l’enseignement n’a toujours pas inscrit « regarder » parmi les fondamentaux, aux côtés de lire écrire et compter.

                                                                                 

    Aller au cinéma, c’est développer des émotions démocratiques, c’est-à-dire d’entrer dans le point de vue des autres, de se mettre à leur place, faire un pas de côté pour développer son empathie,  comprendre comment les autres fonctionnent.

    Une belle affiche pédagogique, digne de figurer au programme des humanités.

     

     

     

     

     


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