• Ciné-mémoire

     

     

    J’allais sur mes huit ans en octobre 1962 lorsque ma mère demanda à mon père, d’une voix angoissée : dis, on ne va tout de même pas avoir la guerre ?  Mon père répondit que non, qu’un conflit nucléaire entre les États-Unis et l’Union soviétique était inimaginable. « Ce serait la fin du monde. » 

     

    Un espion ordinaire

    La mémoire émotionnelle est la plus solide et la moins fiable. Ce que je vous raconte 59 ans après les événements est forcément reconstitué, comme Un espion ordinaire relate une incroyable histoire d’espionnage inspirée de faits réels. L’échange entre mes parents m’est revenu après avoir vu un film classique, efficace et intéressant dans la mesure où il remet en lumière la tension d’une époque déconnectée de ma mémoire.

    Kennedy et Khrouchtchev ont réellement été à deux doigts de commettre l’irréparable. Le monde avait peur, la population défilait dans les rues de Londres, bougies à la main, exhortant à la paix. La guerre froide était à son paroxysme. Je n’ai aucun souvenir de l’escalade verbale puis militaire, focalisée sur l’installation de missiles nucléaires russes à Cuba, précédée d’une intervention militaire américaine pour tenter de renverser Castro en 1961.

                                                Description de cette image, également commentée ci-après

    1963 est mieux ancré dans ma mémoire, Kennedy était tué à Dallas, le 22 novembre. J’allais avoir neuf ans. Mon père écoutait la radio, ma mère cuisinait, je jouais dans le salon. Papa a entendu la nouvelle. Il s’est levé, blême : "Kennedy a été assassiné". Maman a fondu en larmes, je ne comprenais rien à l’émotion de mes parents.                                    

    Benedict Cumberbatch incarne Greville Wynne, banal représentant de commerce, habitué à traiter avec les pays du rideau de fer. Les services secrets britannique et américain l’approchent à ce titre. Le MI6 et la CIA lui demandent d’élargir son rayon de prospection à l’URSS. Il lui est juste demandé de nouer des contacts avec un colonel soviétique, méfiant à l’égard du  nouveau premier secrétaire du parti communiste, assez imprévisible.

                              Un espion ordinaire: Jessie Buckley, Benedict Cumberbatch

    Greville remplit sa mission simple à merveille. Il gagne la confiance du colonel et devient son messager. Le héros national trahit son pays, en espérant désamorcer un cataclysme mondial. Le colonel Penkovsky sait que la Russie est moins bien armée que l’Amérique en ogives dissuasives. L’acteur géorgien Merab Ninidze compose un dignitaire russe plausible.

     

                                        Un espion ordinaire: Benedict Cumberbatch

    Il y a peu à dire et à redire sur cette tranche d’histoire découpée à l’aide d’informations éparses, rassemblées sur deux espions très discrets. Le sujet tient en haleine, l’interprétation séduit, l’intérêt est réel. Juste que la partie consacrée à l’incarcération de Greville dans les geôles du Kremlin est trop longue, piètre resucée de L'aveu, film de Costa-Gavras (1970)  avec Y. Montand, sur les purges tchécoslovaques en 1951, avant la reprise en mains soviétique d’un de ses satellites.

    Un espion ordinaire vaut surtout par l’éclairage sur une secousse épisode de l’Histoire qui faillit  plonger le monde dans le chaos. Greville Wynne et James Donovan ont en commun d’avoir été des espions « amateurs », très fiables. Donovan a œuvré à la même époque. L’avocat de Brooklyn, spécialisé en assurances, a négocié la libération du pilote d’un avion renifleur ayant survolé les bases de missiles à Cuba en 1961. Steven Spielberg en a tiré Le pont des espions (2015). La guerre froide inspire des films chauds.

     

     

     

     

     

     


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