• Cherchez l'indien

     

                                       Atelier Cinémouvance le 27 février 2016 sur les secrets de famille

     

                               Hugh Glass est sur le point de rendre l’âme terrassé par une mère grizzly protégeant ses oursons.


    L’esprit de sa femme lui souffle un mantra : «allongé au pied d’un arbre, regarde le tronc comme il est fort et tu résisteras. »
    Le trappeur s’accroche, son calvaire vers la survie commence, trois cents kilomètres dans une nature grandiose et rude,                                                                                                                                                                                                    

    entre la vie et la mort, mort-vivant attaché viscéralement à sa soif de vengeance.  the-revenant-photo-56389cbe41d9b.jpg  animé par la force de l'ours défunt


    Je me rallie à la pluie de louanges sur The Revenant (en Belgique et le 24 .02 en France). J’admire l’opiniâtreté d' Iñárritu à tourner uniquement en lumière naturelle, ce qui a porté le tournage à neuf mois. Je salue la performance physique de Leonardo DiCaprio, moins son talent d’acteur figé dans un faciès contracté par la rage de survivre. Difficile de saisir la moindre expression derrière le rideau de deux longues mèches de cheveux sales et grasses, coulant du front au menton.


    J’ai surtout envie de parler des indiens très présents dans le film et absent des articles de presse et des critiques. L’attention est focalisée sur la course aux Oscars et la prouesse technique. Que Hugh Glass ait épousé une Pawnee,

                                                                   202253.jpg qu’il ait un fils métis et qu’il piste comme un indien n’est jamais mentionné dans la prose déferlant sur papier et pixels.

    Étrange omission, d’autant que les indiens apparaissent sous des visages contrastés, tantôt sanguinaires, tantôt magnanimes et constamment victimes de la civilisation blanche.


    Aujourd’hui, le peuple natif des États-Unis ne représente plus qu’un pour cent de la population américaine. Il reste relativement discret comparé aux minorités afro-américaine, hispanique ou asiatique. Signalons au passage que ces minorités deviendront majoritaires par rapport aux blancs en 2030-2035, selon plusieurs prévisions démographiques.


    Il est vrai que le peau-rouge a systématiquement figuré dans le rôle du méchant à la glorieuse vogue du western. La tendance se renverse peut-être avec Les Cheyennes en 1964. John Ford raconte en plans larges ( pour garder ses distances?) leur refus d’être parqués dans une réserve en1878.

                  Puis il y eut Little Big Man

     

    et Un homme appelé cheval en 1970 (avec le retour en 1976). Les indiens recueillent un blanc qui épouse la cause et la culture des

                       opprimés.

     

    Affiche du film Danse avec les loups streaming Idem pour Dance avec les loups où un lieutenant intègre la tribu et s’éprend de « Dressée avec le poing »,    une blanche sauvée enfant par les bons indiens. La même année, Sean Penn s’inspire d’une légende indienne pour son premier

    long-métrage Indian Runner.

    Cœur de Tonnerre en 1992 s’aventure dans les badlands du Dakota. Un agent frais émoulu du FBI, en froid avec ses origines indiennes enquête dans une réserve sur le meurtre d’un Sioux Oglala. Un vieux sorcier le reconnecte aux valeurs ancestrales.

                                                                                                                        Coeur de tonnerre


    Plus récemment, Le nouveau Monde revisite la légende de Pocahontas  tourné aussi en lumière naturelle. Avant d’être américain, le colon fut britannique et français.


    Cette poignée de films dépasse souvent les deux heures, allant jusqu’à quatre heures pour Danse avec les loups. Une manière de se mettre en règle avec la mauvaise conscience inhérente aux massacres de milliers d’indiens forcément hostiles à l’écran.


    N’empêche, si The Revenant gagne un ou plusieurs Oscars le 28 février, les Indiens seront encore et toujours dans l’ombre. Ils n’ont eu droit qu’à un  seul fameux coup de projecteur à Hollywood.


    C’était en 1973, quand Marlon Brando a délégué une jeune actrice apache pour recevoir l’Oscar de l’interprétation masculine dans Le Parrain. Elle fut empêchée de lire le long discours de l’acteur. Elle dit simplement ceci :

                                                  http://media-cache-ec0.pinimg.com/736x/fe/8b/99/fe8b997cf117060e9b8e7cd734431b45.jpg «Marlon Brando ne peut pas, à son plus grand regret, accepter cette très généreuse récompense, offusqué par le traitement des Indiens d'Amérique, aujourd'hui par l'industrie cinématographique et par la télévision dans les diffusions de films, et aussi par les événements récents à Wounded Knee


    La communauté noire n’a pas encore d’aussi illustre défenseur que le mythique Brando. Elle s’estime sous-représentée depuis la création des Oscars. Seize acteurs noirs seulement ont eu droit à une statuette en quatre-vingt sept ans. Aucun noir n’est nommé cette année. L’Amérique n’a pas fini d’avoir mal à ses minorités.

     


  • Commentaires

    1
    madmich
    Dimanche 31 Janvier 2016 à 20:43

    Merci pour la possibilité que tu me donnes de découvrir les films nouvellement sortis.

    J'aime bien suivre tes liens dans le labyrinthe de tes souvenirs .

    A la prochaine lecture attentive de ton blog.

      • Lundi 1er Février 2016 à 06:44

        Ta fidélité ainsi que d'autres réactions m'encouragent à,  sur le blog, cent fois remettre l'ouvrage.smile

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