• Chaos assis

                                                                             

     

                                                                                                

    Deux Guillaume sur le plateau du vingt heures de France 2, venus présenter Cézanne et moi qui sort aujourd’hui sur les écrans belges et français (je vous en parle prochainement). Les deux acteurs choisissent le Dalaï-Lama comme personnalité de la semaine.

    « Pour son message de compassion, pour sa philosophie de vivre l’instant présent sans continuellement se projeter dans le futur. C’est un lieu commun de dire que le temps va trop vite, mais c’est une réalité. J’aime être en tournage parce que ça me déconnecte, je me plonge dans une autre époque, ajoute Guillaume Canet».  Guillaume Galienne, lui, lit le journal sur les plateaux. Il a horreur du vide. Son agenda est bouclé jusqu’en 2018.

    Couper ou turbiner, deux façons de domestiquer l’accélération du temps ou plutôt l’occupation effrénée du temps. La déprime, le burn-out, en échappatoires radicales au diktat d’une société chronophage. Peu optent pour la relâche délibérée sous forme d’un loisir, d’un voyage, d’un sport, d’une mini sieste, d’une vacance. La plupart attendent d’être au bout du rouleau pour changer un iota de rythme, un petit moderato suffisant à atténuer la pression.

     

                                                                

    Victoria  (14 septembre) a atteint le fond du fond et constate «qu’il n’y a pas de fond.» La pétulante avocate a grillé ses batteries. Suspendue de plaidoirie pénale pendant six mois,  Victoria arrête de voir son psy, de consulter sa voyante et de dégoûter les baby-sitters (toujours des hommes jeunes) de ses deux fillettes. La mère célibataire a deux procès sur le dos, l’un en diffamation contre son ex-mari, écrivain raté qui étale la vie privée de Victoria sur son blog. Il est vrai que la jolie blonde, court vêtue, a eu une passade sexe débridé, via sites de rencontres et rencontres d’un soir. Aujourd’hui, Victoria a sa dose d’étreintes torrides, elle espère secrètement trouver l’âme sœur, mais n’accorde pas le temps requis à la pêche au gros... bonheur. Débordée, la battante bat de l'aile. Son appartement est sens-dessus-dessous, ses fillettes jamais habillées et toujours rivées à leurs tablettes.

    La vie chaotique de Victoria m’étourdit, me donne le tournis. J’étais parti pour voir une comédie, je regarde, indifférent, le portrait d’une femme moderne de quarante ans, « à la masse » au carré, entourée de gens hystériques et paumés. J’ai très peu ri, tellement Victoria résonnait avec une génération (celle qui me suit) désorientée, confrontée à une multitude de sollicitations, en panne de cap. On croit pouvoir tout maîtriser, contrôler, "je gère" , et on finit par piquer du nez.

    David Le Breton estime que « la vitesse, la liquidité des événements, la précarité de l’emploi, les déménagements multiples, empêchent la création de relations privilégiées avec les autres et isolent l’individu.» Cet isolement oblige à ne compter que sur soi pour infléchir le cours contraint  d’une existence virevoltante. La mobilisation des ressources intérieures constitue une source d’inquiétude et de désarroi. Victoria illustre parfaitement l’oscillation érosive entre rire et angoisse, euphorie et dépression, au mauvais gré d’une courbe pathologique à terme.

    Victoria me rappelle la Jasmine de Woody Allen, veuve borderline éthérée, à la recherche de ses marques, obligée de rompre avec un train de vie mondain et raffiné après le suicide de son mari, escroc et coureur de jupons. Ruinée et humiliée, elle quitte Manhattan et entame un ressourcement chez sa sœur d’adoption, dans les quartiers latinos de San Francisco. Ginger lui présente des hommes, lui dégotte un boulot chez un dentiste lubrique. Jasmine transpire, souffle, vide quelques bouteilles et espère récupérer son standing d’antan.

    A la différence de Jasmine, Victoria a l’espoir de rebondir. Virginie Efira n’est pas Cate Blanchett, toutefois son abattage force le respect. D’aucuns iront voir le deuxième film de Justine Triet  juste par  affinité avec l’actrice belge. A chacun son plaisir. 

                                  Virginie Efira                    Cate Blanchett


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