• Chanter sous l'occupation

     

                                                                 

                                                 «Ma voix ne peut donner tout ce qu’on attend de moi».

     

    Mohammed est tombé dans les pommes. Il est hospitalisé à la veille de la finale du concours panarabe de la chanson. Il est en proie à une crise de panique. L’enfant de Gaza porte l’espoir du peuple palestinien, non pas en héros d’une intifada, mais en héraut d’une nation, chantant au monde l’hymne national officieux de la Palestine : Ali Al-keffieh (Lève ton keffieh).

    Mohammed Assaf existe réellement, il est actuellement ambassadeur de la paix délégué par l’Agence des réfugiés de l’ONU (UNRWA). Il dispose d’un passeport diplomatique et sillonne le monde mais ne peut toujours pas rentrer et sortir de Gaza sans visa. Gagner le  télé-crochet Arab Idol  2013 lui a valu d’être le chantre adulé du combat palestinien au terme d’une odyssée incroyable. Hany Abu-Assad évite l’hagiographie en consacrant  la majorité de son film à l’enfance de Mohammed dans les ruines de Gaza.

                                                              PHOTOS. Scènes de guerre et de destruction à Gaza

    La première séquence nous montre une ville délabrée au cours d’une poursuite haletante entre gamins de rue. Mohammed et sa sœur Nour tentent de préserver le shekel gagné au football. Ils épargnent pour former un orchestre au service de la voix prodigieuse du frérot. Un parcours rocambolesque commence jusqu’au plateau de la finale de l’émission télévisée franchisée dans le monde entier. Six ans de galère, de doute, de persévérance entêtée, «pour réussir et changer le monde», dit Nour, qui a de l’ambition à revendre et les reins défaillants. Mohammed ira au bout du rêve de sa sœur, désireux aussi de quitter Gaza, un «endroit pourri», coincé entre l'Égypte et Israël.

    Le cinéaste palestinien a pu tourner partiellement dans la bande de Gaza,  territoire où s’agglutinent  natifs et réfugiés (deux tiers de la population). Il nous fait partager le quotidien étriqué de gens sans terre qui s’efforcent de garder la tête haute et vivotent de petits métiers ou de petites combines. Hany Abu-Assad témoigne sans appuyer, jouant du contraste saisissant entre le luxe des hôtels où se déroulent les sélections et la misère topographique de Gaza, couverte de quartiers en ruines, ceinturée d’une imposante clôture de barbelés. Seule la mer ouvre l’horizon, apaisante et régénératrice. A chaque coup de cafard, Mohammed  longe les flots et chante à plein poumons sa volonté de survivre.

                    Le triste sort des Gazaouis, rarement montré au cinéma, m’a autant ému que la surprenante victoire de Mohammed.

    Le lien indissoluble unissant frère et sœur contre vents et marées m’a également mobilisé. Et puis, il y a le suspense final, vécu sur grand écran alors que je ne regarde jamais The Voice ou La nouvelle star à la télé. 

    La sortie de The Idol (uniquement en Belgique le 11 mai)  coïncide d’ailleurs avec les finales l’Eurovision et de The Voice France. Les Européens ont couronné une chanson tatare inspirée du passé de la grand-mère de la gagnante, déportée par Staline en 1944. L’Ukraine s’est rappelée au bon souvenir du monde.  La motivation de Slimane gagnant du crochet hexagonal, est plus modeste. Il a concouru pour «rendre sa famille fière ». Petit-fils d’algériens, 100% français, comme il se présente, Slimane récuse le rôle d’emblème, dans une interview au journal Le monde. « Les gens ont envie de croire en moi, mais je ne me sens pas assez de culture politique pour devenir le porte-parole de quoi que ce soit, si ce n’est des valeurs qui unissent la majorité des gens (paru samedi 14 mai).

    Slimane a triomphé devant Mohammed Belkhir (MB14) né à Amiens et érigé fièrement par ses concitoyens en porte-drapeau de la Picardie.The Voice draine sept à huit millions de spectateurs. Dix à quinze mille personnes envoient chaque année une video d’audition. Les gens ne croient plus à la politique mais encore un peu à l’ascenseur social.

    Jamala assume la dimension politique de sa participation à un show mondial. Ce rôle de porte-drapeau dépasse Slimane et paralyse Mohammed. L’un pense à enregistrer un disque et se réjouit en famille, l’autre épouse finalement la cause de son peuple en la plaidant aux quatre coins du monde. Chanter pour sortir de sa condition ou populariser un combat politique, c’est toujours mieux que prendre les armes ou être radicalisé.

    Le destin funeste des Palestinien gagnerait en visibilité si The Idol était distribué largement à part le Koweit, le Canada, l’Australie et

    la Belgique. PERSONAL AFFAIRS On peut espérer que le premier long-métrage de l’israélienne Maha Haj, présenté dans la section Un certain regard,  profitera du tremplin cannois pour convaincre les distributeurs. Son film se présente comme une chronique de la vie d’une famille arabe vivant des deux côtés de la frontière israélo-palestinienne, à Nazareth et Ramallah. Plusieurs cinéastes oeuvrent aussi au rapprochement des antagonismes. Ils forment des équipes de tournage mixtes, composée de d’Arabes, d’Israéliens et d’Européens, telle Lorraine Lévy pour Le fils de l'autre

                                                                      Je veux donc je peux, dit Nour. Si tous les enfants du monde…

     

     


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