• Chant magnétique

     

     

     

    Une ami congolaise nous dit avoir vu cinq fois Maria By Callas (28 février). Elle compte revoir encore et encore ce documentaire consacré à la cantatrice qui a magnétisé les foules du monde entier durant une vingtaine d’années au milieu du XXième siècle.

     - J’admire sa spiritualité, son amplitude vocale. Quand j’étais  jeune, je l’écoutais souvent. Elle me fait penser à Mahalia Jackson, la grande chanteuse de gospel. Elles ont en commun la ferveur du chant.

                                                             Maria by Callas : Affiche

    Je trouve le rapprochement étonnant mais je ne dis rien. Notre amie est émue. Mahalia chantait les yeux fermés, le chant mouvait son corps. Maria gardait les yeux ouverts, souvent brillants d’une intensité inspirée, le buste droit,  les notes très aigües culminant sans effort, sur trois octaves.

                                            La où finit la parole, commence la musique.

    La musique a commencé très tôt au piano à huit ans. Ensuite, Maria triche afin d’entrer au conservatoire à treize ans au lieu de dix-sept. « Je faisais grande pour mon âge », confie-t-elle lors d’une des nombreuses interviews reprises dans le documentaire truffé d'inédits de Tom Volf. «On m’a volé mon enfance, en quelque sorte. Nous étions à une époque où les enfants ne contredisaient pas les ordres des parents. Ma mère voulait que je devienne une grande cantatrice, j’avais en effet, une voix prometteuse.»

    Sa première professeur et confidente épistolaire loue ses qualités : une élève parfaite, attentive, intelligente, gentille, comprenant instantanément ce qui était demandé. Maria vise la perfection, un trait de caractère qui la plonge dans une tension extrême durant vingt-huit années de prestation sur toutes les scènes du monde.

    «J’ai l’air costaud, mais je ne le suis pas. On m’a souvent forcé  la main.»

                                                         Maria by Callas : Photo Maria Callas

    Difficile de dire non quand le public vous adule, vous porte aux nues, vous réclame. La « Callas » boit cette ferveur à grandes lampées, elle qui souffre d’une vie sentimentale atone ou chaotique.

    «Si j’avais été aimée, j’aurais arrêté de chanter. Vie amoureuse et chant sont incompatibles

    La Prima Donna veut rendre au public tout l’amour qu’elle reçoit tel un élixir de bonheur. Elle refuse la routine. Elle délaisse la tragédie, elle chante Carmen. Son public s’élargit. Elle chante à l’instinct, prédisposition soutenue par une grande technique, un talent d’actrice et une prestance impressionnante.

                                                                    Maria by Callas : Photo Maria Callas

    Ce souci de l’excellence éreinte les nerfs d’une artiste très exigeante envers elle-même. Il lui arrive d’annuler des représentations parce que sa voix n’est pas à la hauteur de ses prétentions. La presse la lynche littéralement après sa prestation tronquée à Rome  à cause d’une bronchite. Maria sombre dans la déprime. Elle doit reprendre ses forces et ses esprits.

                                             «Une vraie artiste n’est jamais totalement heureuse.»

    Elle arrête quatre ans. Quand elle ne chante pas, c’est une femme simple. « Je cuisine, je promène mes chiens, je lis. » Elle écrira de courts mémoires, « car ils sont dans la musique que j’interprète ».

    Maria by Callas : Photo Maria Callas

    Les œuvres lyriques reflètent une infinie détresse rarement nommée, souvent perceptible dans le  regard perdu au loin.

    « Ô Dieu, répands sur terre, cette paix que tu fais régner au ciel. 

    « Tout espoir de renaître est perdu à jamais. »

    Maria Callas meurt en 1977 à cinquante-trois ans. Elle espérait toujours remonter sur scène et travaillait chaque jour à ce retour. Je vous laisse écouter sa voix incomparable sublimer la solitude de la Diva.

                                                                  Ah non credea mirarti   (Vincenzo Bellini)

    Ah, non credea mirarti si presto estinto, o fiore;

    Ah, je ne croyais pas te voir si tôt morte, ô fleur chérie

    Passasti al par d’amore, che un giorno sol(o) duro.

    Tu as vécu comme l'amour qui ne dura qu'un seul jour.

    Potria novel vigore il pianto mio recarti

    Peut-être que mes larmes pourront t’apporter une nouvelle vigueur,

    Ma ravvivar l’amore il pianto mio, ah no, non puo.

    Mais raviver l'amour, mes larmes ne le pourront pas, ah non !

     

     

     


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