• Cela va sans dire

     

     

    J’aimerais parler de cinéma mais un bug viral empêche la projection. Le secteur francophone de la culture a bien reçu six millions d’argent public, à condition, notamment, de contingenter le public dans les salles de concert ou de cinéma. À vingt pour cent d’occupation, je ne m’en sortirai pas, avertit le directeur d’un complexe culturel subsidié.  

    La manière dont la vie essaie de reprendre son cours normal devrait inspirer les cinéastes. J’ai glané les bruits du monde à leur intention, matériau d’une saga en plusieurs tableaux. J’ai déjà le titre de la franchise, « Ce n’est pas le virus, c’est l’homme qui fait l’épidémie », emprunté à un immunologue, cité dans une enquête du journal Le Monde (23 mai) sur les grandes épidémies.

                                                          

    Nous sommes tellement interconnectés qu’un virus sédentaire au départ, peut très vite voyager d’un bout à l’autre du monde, en avion, en train, en bateau, en autobus, en hommes d’affaires, en touristes, en expatriés, en marchandises. Il a fallu vingt ans à la peste noire pour migrer de l’Asie à Marseille, entre 1330 et 1350, il n’aura fallu que trois mois au Covid 19 pour contaminer une centaine de pays.

    Nous sommes donc les meilleurs artisans de la pandémie, tant le monde se déplace loin, vite et mal. Exemple cité dans l’enquête d’Anne Chemin (nom prédestiné), les composants d’une brosse à dents électrique, parcourant  30.000 kilomètres avant d’échouer en Californie, au terme d’un assemblage aux quatre coins de la planète. Insensé ! Démentiel ! Mortel !

    La fragmentation de l’économie mondialisée est infinie, de même que l’impatience de partir en vacances. Le sud de l’Europe fait les yeux doux aux estivants. L’Espagne renonce à la quatorzaine imposée aux touristes, au vu de l’Italie et la Grèce qui rouvrent leurs frontières et leurs plages. Oubliés les 28.000 morts ibères, cap sur un été lucratif. Les terrasses sont ressorties à Barcelone et Madrid, à intervalles de deux mètres.

                                                  Contagion : Photo

    Plusieurs compagnies aériennes annoncent la réouverture d’un tiers des destinations, surtout en vols longs courriers. La Lufthansa et Air France ont reçu respectivement 9 et 7 milliards d’euros, sans contrepartie environnementale. Pourtant, il me semble logique de réduire la voilure lorsque le train propose la même destination en moins de deux heures trente. Une connaissance me dit avoir pris un vol Rome-Bruxelles avec huit passagers la semaine passée.

    5 milliards pour Renault aussi, qui du coup,ferme trois usines. L’État joue les pompiers, en vertu du grand principe de la socialisation des pertes et de la privatisation des bénéfices. Du déjà vu à sens unique, en 2008 précédemment. Inadmissible !

                                                       Contagion : Photo Steven Soderbergh

    L’économie anesthésiée a hâte de rattraper le temps perdu. Les usines tourneront à plein régime cet été. De nombreuses entreprises reprennent à marche forcée, 7 jours /7 ; les patrons limitent les congés d’été à deux semaines consécutives. Pas de chance pour le Sud accueillant, les vacances prendront leurs quartiers intra muros. D’ailleurs, me dit ce père de famille nombreuse, partir et subir des consignes sanitaires strictes, autant s’évader près de chez soi.

    Le virus (sauf le bilan quotidien, 322 décès, 1452 nouveaux cas sur sept jours, résumé en "la tendance à la baisse se confirme", 225 sorties d'hôpital) et les péripéties du déconfinement saturent les médias. La sécheresse et le stress de la reprise passent à la trappe. On annonce une semaine sèche après deux mois peu mouillés. Un agriculteur s’inquiète : ça ne pousse pas. Il craint pour la récolte. Un délégué commercial a repris la route  et la poursuite d’objectifs de vente. Ses maux de dos chroniques, disparus en deux mois, sont réapparus en une semaine…

    Les enfants belges retournent un jour ou deux à l’école. Le plus dur, c’est de tenir le masque toute la journée. Les grands supportent mieux la distanciation sociale que les petits. Une élève de première année primaire est rentrée en pleurs de sa première journée post-confinement. La Flandre veut étendre le retour à l’école au plus grand nombre, sans distanciation chez les 3-6 ans de maternelle. Les Francophones se tâtent, l’union belge craque.

                                                    Le ministre de l’Éducation s’est défendu sur le choix d’un retour à l’école à partir du 11 mai. PHOTO MATTHIEU BOTTE LA VOIX DU NORD

                                                                                                                             Assez glané. Il me semble avoir fourni assez de matière au moins pour le synopsis d’un très long-métrage, ¼ catastrophe, ¼  social, ¼ psychologique, ¼ mélo. Je cède mes droits si la saga virus finit bien. Je fonde une suite heureuse sur deux informations, l’une avérée, la seconde prospective. Première bonne nouvelle, quelle que soit l’intensité de la relance, les émissions mondiales de CO2 devraient baisser de 4 à 7% cette année, comparé à 2019. Deuxio, ce 27 mai, la commission européenne présente son plan de relance, accompagné de mesures pour enrayer l’érosion de la biodiversité. Plantation de trois milliards d’arbres, usage des pesticides diminué de moitié d’ici à 2030 ainsi que des antibiotiques dans l’élevage, 25% de surfaces cultivées en bio, toujours à l’horizon 2030.

    2030 c’est tard, trop tard. Moi, j’aurais profité de la dynamique du redémarrage accéléré pour fixer l’échéance à 2025. On a pu tout arrêter en quelques jours ; en cinq ans, nous sommes également capables de changer la donne d’un jeu vicié, fort des leçons tirées de la pandémie.

                                                                   People working in community garden : Photo

     « La crise du coronavirus a montré à quel point nous sommes vulnérables, et combien il est important de restaurer un équilibre entre les activités humaines et la nature. »

    C’est Frans Timmermans qui le dit, en bon vice-président de la Commission.

    L'hymne à la joie s’impose.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 1er Juin à 09:41
    Christian

    Un super scenario même si j’aurais ajouté 1/4 d’absurde au 4 quarts déjà cités (vous savez tout de même que lorsqu’on aime on ne compte pas!).
    Le déconfinement quant à lui suit un cursus cousu de fil blanc avec son retour à la normale, au « comme avant » alors que nous espérions un « après » qui serait plus, qui ne serait plus ou qui serait moins. 
    Nos jeunes tentent de feindre l’insouciance propre à leur âge mais tiennent un discours sensiblement différent.
    Cette crise est pour moi semblable dans son impact à la chute du mur en ‘89. La différence ? En ‘89 c’était une ouverture et en ‘20 c’était une fermeture, un enfermement.
    L’espoir fou d’un régime insensé qui avait coupé le monde en deux n’a pas débouché sur des lendemains vraiment meilleurs. Il a préparé la crise d’aujourd’hui. 

    De quoi sera faite celle de demain?

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