• Cata-rsis

     

                                    Greenland - Le dernier refuge : Photo

     

    Quelle idée d’aller voir un film catastrophe par les temps qui courent. J’ai suivi le mouvement des spectateurs français (et mon flair) qui apprécient Greenland juste un peu moins que Les blagues de Toto. Ces deux titres ont réuni la moitié des entrées la semaine dernière au pays de la tour Eiffel.

    Rire et frissonner, joie et peur, le duo gagnant d’une fréquentation toujours famélique. Greenland réserve en effet de forts moments de tension, judicieusement placés dans la seule grosse production américaine qui ose sortir en période creuse. Pari réussi, en mettant l’accent sur la réactivité des personnages confrontés à une menace fatale plutôt (budget trois moindre qu’un film du genre) que sur une orgie d’effets spéciaux. L’humain au premier plan, la famille surtout, car ensemble, on est capable d’affronter les pires événements.  

    Le hic c’est que John, sa femme Allison et leur enfant Nathan sont séparés au début de leur voyage vers le Groenland (pays vert où fond la glace) où un refuge souterrain et blindé attend deux mille personnes sélectionnées pour survivre à l’écrasement d’une comète sur la terre. Un tourbillon d’émotions, de tension et de suspense vous happe d’emblée, juste en alignant des situations dramatiques et plausibles. Une foule électrisée devant les grilles de la base militaire, des avions gros porteurs au ventre béant, créent une ambiance de chaos.

     

                                                        Greenland - Le dernier refuge : Photo Gerard Butler, Morena Baccarin, Roger Dale Floyd 

    La panique est générale, les communications coupées, en particulier les GSM. Heureusement, des cabines téléphoniques subsistent, près des pompes à essence, qui fonctionnent avec des pièces. Chez nous, elles ont disparu, même dans les gares. L’image est truffée de détails évocateurs qui n’échapperont pas au spectateur attentif, tel le nom du pays hôte.

    Sevré de grand écran depuis cinq mois, je suis bon public, heureux de voir que le cinéma a conservé ses atours de grand spectacle, créateur de sensations fortes avec une histoire en résonance avec la pandémie mondiale que nous vivons. Nous étions cinq dans la salle, je suis arrivé  seul devant la caisse de ce complexe de douze salles, réduit à huit écrans. Au total, une quarantaine de personnes ont assisté à la première séance de l’après-midi. C’était le désert à l’intérieur et à la sortie, mon véhicule esseulé dans un parking quasiment vide. Étrange ambiance de fin du monde qui prolonge le climat anxiogène du film.

     

    Je me dis que le Covid comparé à une comète errante, c’est peinard. Covid, core de la vid(a). La pollution de l’air tue 4.4 million de personnes par an. Les inondations, la sécheresse, les ouragans, les incendies charrient aussi leur lot de moribonds (mort fait un bond). Noam Chomsky parle de sixième extinction de masse si des mesures sérieuses ne sont pas prises. « C’est un crime sans précédent dans l’histoire », affirme-t-il dans une petit livre d’entretien détonnant : La lutte ou la chute !

    Pour que des idées ayant trait aux affaires humaines puissent contribuer à des changements bénéfiques, nécessaires et urgents, il faut qu'elles soient réellement ancrées dans la situation actuelle afin de nous permettre de formuler des recommandations concrètes - et d'être pratiques dans ce sens. Je suis sûr que de telles idées ne manquent pas (pp.32-33).

     

    Le Covid touche les esprits parce qu’il affecte le monde entier. C’est un avertissement avec relativement peu de pertes humaines, une invite pressante  à reconsidérer un mode de vie destructeur et dispendieux, perpétué coûte que coûte (voir la valse des milliards d’aide publique), en éludant la moindre remise en question.

    Pourtant même les multinationales nous donnent le mode d’emploi pour que « rien ne soit plus comme avant. » La publicité d’avant programme d’un géant du soda égrène les bonnes résolutions, énoncées par un Américain de couleur. Plans léchés, gens graves et souriants, couleurs douces, le champion de la boisson caféinée, légère, zéro, nature, verte, nous assure de son soutien à l’ouverture d’esprit, synonyme de mieux–être. Le logo de la marque apparaît fugitivement en début et fin de spot. Écœurant.

                                        Comment les dérèglements climatiques ont fait entrer le Groenland dans la mondialisation

    Je préfère Greenland, en conseiller du jour. Mon vrai retour au cinéma a déclenché une réflexion en cascade, au-delà des émotions propres à la projection en salle, du plaisir ressenti à regarder un film bien ficelé, efficace et consistant (à part les vingt dernières minutes).

    Rentré chez moi en pleine nature, j’éprouve le besoin d’écrire quelques idées pour l’article à venir. Je m’installe dehors sur la terrasse, face à un long catalpa gracile. Un vent de bourrasque ponctue la fin des notes. Le catalpa plie mais ne rompt pas. Mes feuilles s’envolent, celles des arbres se détachent, la nappe prend le large. Le bruit est assourdissant, la luminosité baisse, un sentiment de fin d’un monde … et puis, plus rien, le silence, le calme, la paix. Ouf !

    Il fera toujours beau quelque part, je l’espère.

     

     


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