• Cannes s'encanaille

     

     

     

    Le Festival de Cannes avance La tête haute ce soir. L'embargo sur le film d’Emmanuelle Bercot est levé, voici ce que j'ai vu du film.


           « On n’est pas là pour t’aimer, on, est là pour t’aider.»


    Pourtant, Malony a énormément besoin d’amour. Laissé carrément en rade par sa mère à six ans dans le bureau du juge pour enfants, il y a mieux comme début dans la vie.Madame la Juge devient une figure tutélaire pour Malony, très attaché à sa mère, moineau étourdi, incapable de s’occuper de son aîné à peine plus jeune qu’elle. Malony grandit avec de maigres atouts dans son jeu, paumé dès la première donne.


    Il vole, il cogne, il sèche l’école. A 17 ans, l’ado écorché vif, n’a aucune estime de soi ni confiance en personne. Le passage à l’acte lui tient lieu de langage. Il explose à la moindre contrariété ou frustration. Dès qu’il a peur ou que « ça » lui échappe, il replonge dans la violence. Malony est dangereux pour la société, dangereux pour lui-même et ses proches.


    Mais il y a Florence, la juge et Yann, son éducateur tiré du ruisseau par la même juge, proche de la retraite. Ces deux bons samaritains témoignent d’une patience à toute épreuve  là où beaucoup (le procureur, la plupart des spectateurs) auraient expédié le renégat en centre fermé et en prison à sa majorité. Il ne s’agit pas de compassion, plutôt d’une foi solide en la capacité de rebond de Malony, si démuni dans une vie chaotique.


    C’est dans cette humanité lucide et ferme,

    La Tête haute « on n’est pas là pour t’aimer, on est là pour t’aider, dit Yann à son pupille révolté,
               que réside la force d’une tranche de vie âpre,  trop démonstrative sur la galère de jeunes défavorisés. Rod Paradot est criant de réalisme dans une première apparition à l’écran qui frappera les esprits. Catherine Deneuve se plaît avec Emmanuelle Bercot qu’elle adopte une deuxième fois. Benoît Magimel paraît plus vrai que nature en éducateur tiraillé entre l’institution et l'insoumission. J’allais oublier Sara Forrestier mère immature, pour qui « ses enfants sont tout » et qui n’y est pas du tout.


    Les acteurs rendent crédible ce portrait heurté d’existences à la dérive, dans une société gênée aux entournures par ces rebelles sans causes, qui courent éperdument derrière l’attachement et la sécurité affective dont ils été privés parfois dès le berceau.

    La Tête haute - © Luc Roux
                                                                            « N’hésite pas à prendre les mains qu’on te tend,» exhorte Florence.


    Accepter une main tendue, c’est détendre son corps et sa vie. C’est redresser la tête et entrevoir le bout du tunnel. Je suis curieux de voir comment le public sélect du Palais va recevoir ce film coup de poing. C'est sûr, programmer La tête haute en ouverture inscrit le Festival dans une société aux antipodes des paillettes du tapis rouge.

     

                                                                 Afficher l'affiche en grand format


    Cannes salue également le retour de Mad Max, en exclusivité mondiale (hormis une première à New York, sortie globale le 14 mai). George Miller, créateur de la série en 1979, revient aux commandes dans une production survitaminée, calquée sur le deuxième épisode de la saga, une course-poursuite dépliée sur plusieurs jours. Le réalisateur septuagénaire, fidèle à la vieille école, limite les effets spéciaux au minimum. Les images pixelisées paraissent incongrues comparées à la densité des prises réelles. Miller met les

    femmes à l’honneur, Mad Max: Fury Road : Photo Charlize Theron, Nicholas Hoult, Riley Keough guerrières, résistantes et téméraires.

    Sinon, ne cherchez aucune épaisseur psychologique et philosophique, savourez pleinement une magistrale leçon de mise en scène.

                                                 Mad Max: Fury Road : Photo Tom Hardy


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