• Canebière en berne.

     

     

     

    Gloria Mundi a été ma première toile de l'année. Je devais honorer le chantre du petit peuple malgré mon aversion à commencer 2020 avec du lourd.Un article lu ce matin avec agacement m'a remobilisé sur la nécessaire solidarité avec les plus démunis. Le nombre de voitures de société frôle le million en Belgique, soit une augmentation de 20% en cinq ans. Les routes sont saturées mais mon pays est le seul en Europe à pousser autant un avantage en nature polluant. Et si on louait une partie de ces véhicules aux sans-emplois qui ne disposent pas d'automobiles pour chercher du boulot en zone non urbaine...

    Un autre chiffre me fait bondir, celui des trois cents millions qu'il faudra débourser pour transférer le footballeur M'Bappé... Un record. Plafond percé aussi pour les droits TV du foot belge. La ligue professionnelle escompte engranger 120 millions pour la diffusion d'un d'un championnat parmi les plus faibles d'Europe.

                                                            Gloria Mundi : Photo Grégoire Leprince-Ringuet, Lola Naymark

    Alors,cap sur Marseille, aussitôt dit aussitôt fait. Sylvie et Richard ont recomposé leur couple. Ils peinent à nouer les deux bouts mais gardent le cœur sous la main. Il prend sa pause de chauffeur de bus municipal au matin quand elle a sa dose de ménages. Sylvie travaille la nuit parce que ça paie un peu plus.L'argent occupe le terrain en largeur et en longueur.

    Un jeune couple ne fait pas d'enfants pour grimper dans l'ascenseur social. Un quinqua prend le bus à la sortie de prison. C'est long mais c'est moins cher de Rennes à Marseille. Sylvie n'a jamais rendu visite à Daniel, son premier amour, parce que Rennes c'est loin. "Il aurait fallu prendre une chambre pour la nuit et avec la petite..." Daniel ne lui reproche rien, prêt à payer sa dette en une fois, tant il

    se repent d'avoir abandonné Sylvie et leur enfant.   Gloria Mundi : Photo Ariane Ascaride

    Un beau-fils croit gagner son indépendance étant chauffeur Uber. "Je me crève mais au moins, je sais pourquoi." Sa femme galère de CDD en CDD, son bébé chez une nourrice, "ça coûte la peau des fesses." L'horizon est enfumé sauf pour les tours de verre qui poussent loin du port. Des quartiers périclitent, de nouveaux îlots narguent les moins que rien qui ont le nez collé au sol à laver des cabines de paquebots ou à cirer les pompes de touristes friqués insensibles aux réfugiés qui logent sur les quais à la belle étoile.

                                          Gloria Mundi : Photo Gérard Meylan, Jean-Pierre Darroussin

    Guédiguian dépeint à juste traits la fracture sociale, le délitement de la solidarité ouvrière et même l'explosion des liens familiaux.  Il croit encore un peu à l'amitié, à la compassion. Et basta. Le hic,c'est qu'il s'enferre dans un désenchantement déjà amorcé dans La villa. La chronique sociale vire au mauvais mélo plombé par des ressorts dramatiques appuyés. Nul issue possible, à moins de retourner de là où on vient, entre les quatre murs d'une cellule - dedans, dehors, c'est la même chose- ou de revenir au monde d'avant, moins rapide, moins égoïste, moins sec. Le retour aux valeurs humanistes et humanitaires est bien compromis.

                                Déprimant, je le pressentais, mais je ne renie pas mon choix de premier film de l'année.

                                                          Gloria Mundi : Photo Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin

     


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