• Calmos

     

     

                                     L\'affiche publicitaire annonçant la sortie du film \"Tenet\" de Christopher Nolan, le 27 juin 2020, à Los Angeles.

     

    Une habituée du cinéma où j’ai mes entrées me hèle en rue.

    - Et alors, tu as vu des films ?

    - Non, rien d’intéressant.

    - Moi non plus.

    Ensuite, nous avons parlé des masques, désormais obligatoires dans le centre urbain.

    La bonne nouvelle du jour : Tenet sortira finalement le 26 août.  Le réalisateur cultive le secret. La même bande-annonce de 2’51 circule depuis des mois. Le journaliste désireux d’en voir davantage doit mendier un code lui permettant de regarder une sélection d’images sur un site sécurisé. Les extraits s’autodétruisent au bout d’une heure.

    Vous allez dire que je fais une fixette sur Christopher Nolan. Nenni. Je suis simplement persuadé que cette belle affiche attirera du grand monde, toutes générations confondues. Je me cramponne à cet espoir comme à une bobine (ou disque dur) de sauvetage du septième art. Je lance un SOS aux bons films, il y a urgence, sous peine de voir les salles prendre congé pour l’été comme en France.

    J’arrête les lamentations.

     

    Je reprends ma lecture d’une nouvelle revue intitulée « Par ici la sortie. »  

                                                 Les éditions du Seuil ont mobilisé les auteurs maison afin de réfléchir et de tracer des pistes d’actions en pleine pandémie. Les contributeurs bousculent nos certitudes et nos façons de penser ; ils réfléchissent et proposent des pistes de changement, à travers des débats, des points de vue, des rêveries  littéraires aussi. Un article sur les inégalités nées du travail à distance retient mon attention, particulièrement l’apparition d’une nouvelle catégorie de prolétaires, celle du dernier kilomètre, « ces travailleurs qui, localement ou à distance, assurent la dernière portion de travail humain. »

    Aux côtés des tâches éligibles au télétravail, subsistent des prestations inexécutables à distance. Ce sont les personnels soignants, de la grande distribution, du nettoyage ou les livreurs de biens commandés en ligne. Ces derniers sont appelés à proliférer en ces temps de distanciation. Ce sont des emplois précaires, sous payés, sortis de la couverture sociale et médicale, ciblant des revenus modestes, généralement issus des classes populaires. Ces travailleurs interviennent au bout de la chaîne d’approvisionnement, là où les algorithmes baissent pavillon après avoir tourné allégrement en activant GPS, publicités ciblées et tarification dynamique.

                                         

    Les plateformes de VTC (Véhicules de tourisme avec chauffeur) ont compensé la baisse de la demande de voitures en proposant de nouvelles formules de transport à prix réduit, notamment en partenariat avec une grande chaîne de magasins. Le succès a été immédiat. Les courses sont livrées à domicile en trente minutes. Le service propose aussi des solutions repas. Idéal en période de restriction de circulation.

    Donc ça roule ou pédale ferme sur les artères urbaines, au mépris des règles sanitaires. Les plates-formes ont dû lâcher du lest à la suite de condamnations en justice (fourniture de gants, masques de gel bactéricide), sans vraiment réduire l’exposition au risque de ces forçats du bitume. Si les restrictions de circulation et relations sociales persistent, la tentation du repli à domicile est réelle. Pourquoi encore se déplacer quand je peux être approvisionné à ma porte... Même si je favorise l'exploitation sociale de personnes acculées à prendre n'importe quel boulot ?

    Premium Rush : Affiche

     

    (Voilà que surgit de ma mémoire, l’excellent Premium Rush - disponible en VOD - prémonitoire en 2012).

    Cet état d’esprit réjouit les géants numériques du Web. Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) se frottent les mains. Ils ont empilé les bénéfices ces trois derniers mois, bien aidés par les autorités qui nous poussent vers la digitalisation totale de la société. L’industrie numérique a enrichi sa collection de données sur nos vies et les a transformées en publicité perverse, flattant nos envies,  flagrantes ou inconscientes. Les technos rêvent de régenter l’ensemble de nos existences, comme Le Cercle (en VOD) nous en donne un aperçu édifiant.

                                                                  The Circle : Affiche

    Oubliées la fracture numérique, la consommation d’énergie des fermes de serveurs, la perte de contacts sociaux, vitale pour les personnes âgées. Un mauvais point à ceux qui n’ont pas de téléphone assez intelligent pour lire les menus numérisés, pour s’enregistrer dans les restaurants. Heureusement,  de nombreux établissements offrent toujours  une alternative papier, mais pour combien de temps… L’utilité et la nécessité de la communication à distance sont incontestables. Ce que je conteste, c’est la précipitation mise à instaurer un ordre numérique généralisé, en nous dispensant de l’évaluation  indispensable de ce qui est nécessaire ou superflu dans cette ruée vers la dématérialisation de l’économie et du tissu humain.

    Tenet parle de renversement temporel. Le procédé ouvre de bonnes et de mauvaises portes. À nous de voir lesquelles nous poussons vers le futur.

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    1
    Françoise De Backer
    Dimanche 2 Août à 17:22

    Cher Patrice,

     

    merci pour tes écrits; soyons en lien dans cette bizarre période, de déshumanisation. Heureusement que nous savons que nous sommes des êtres créateurs , et relationnels, car c'est notre essence...

    "de tout coeur", (car cela personne ne peux nous l'enlever!!!)

    2
    Michel
    Lundi 3 Août à 19:03

    Cher Patrice,

    Bien vu, la contestation de l'ONG (Ordre Numérique Généralisé). Pour en sortir, une perle:  

    Carnet d’un voyageur immobile dans un petit jardin, de Fred Bernard (éditions Albin Michel Jeunesse). « La vie débute le jour où l’on commence un jardin », dit un proverbe chinois cité par Fred Bernard dans ce merveilleux carnet, frais, poétique, ludique et instructif. C’est en 1999 que ce dessinateur hors pairs acquiert un petit terrain envahi de ronces et d’orties en Bourgogne. Il y découvre plein de plantes : perce-neige, herbe-à-taupe, lis blanc, dame d’onze heures… et en plante d’autres. Entretemps, une foule d’insectes, d’oiseaux, de batraciens ont colonisé son jardin. Il y a trois ans, il décide de dessiner au jour le jour la vie fourmillante de ce petit écosystème dans son carnet de croquis et l’agrémente de sa fine écriture en légendes, anecdotes, clins d’œil, citations de Ronsard, Shakespeare, Colette, etc. Sans compter les découvertes de sa blonde et de son fiston. Plus de 200 planches qu’on revisite sans fin.


     

     

      • Mardi 4 Août à 08:40

        L'ONG, je la replacerai.

        Je pars à la pêche de la perle entraperçue.

         

        Merci

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