• C'est pour leur bien, vous savez !

                     

     

    En cette Journée mondiale de l'enfance, coup de projecteur sur l'aide humanitaire

                                                                                           Affiche Les chevaliers blancs                                                     (20 et 27  janvier en France et en Belgique)

     

    L’équipe de l’Organisation Non Gouvernementale embarque à bord de l’avion. Le moteur hoquète, crache une fumée noire.
    Jacques, le chef de mission fulmine. Il a un mois pour rassembler trois cents orphelins dans un pays d’Afrique en guerre et les ramener à Bordeaux, promis à des familles adoptantes. Il faut que ça roule et là, ça ne roule pas.


    Le pilote local tempère.
    «Ici, c’est différent, ça prend le temps mais on finit par y arriver.»

    Jacques n’en a cure. L’équipe part en jeep dans les villages malgré le veto militaire. Le convoi essuie des tirs de rebelles. Arrivé à destination, les enfants manquent à l’appel. Du moins, ceux qui répondent aux critères exigés : être orphelin, avoir moins de cinq ans, être en bonne santé.


    - Pourquoi tu ne prends pas tous les enfants, demande l’interprète, étonnée de cette ségrégation.
    - C’était convenu ainsi.


    On promet à ces petits bouts d’être nourris, logés et instruits jusqu’à quinze ans dans un orphelinat implanté par Move For Kids, ONG inconnue au bataillon. Ignoble mensonge. L’objectif caché consiste à créer l’incident diplomatique en forçant la main des autorités françaises. Jacques table sur l’embarras de la France, qui n’osera pas renvoyer les enfants à leur sort une fois sur le sol français.

    Ce n’est pas gagné. Les embûches se multiplient.  

    Une partie de l’équipe plie bagage, des infirmiers pour la plupart. Ils tiennent à leur vie et doutent du bien-fondé de l’initiative. Le chef du village flaire la bonne affaire. Il n’est pas payé pour les enfants, l’argent paie uniquement le repérage des orphelins. Sacré Jacques, comme il emballe le truc. Et donc, Chef essaie de refiler des enfants qui ont encore leurs parents. Impossible de vérifier l’identité des candidats, excepté leur âge, jaugé à la dentition.

    A Bordeaux, les adoptants s’impatientent. Les «attributions" d’enfants tardent. Des différends naissent dans l’équipe. La journaliste, censée montrer l’utilité de l’aide humanitaire,- « il n’y a pas que des pourris »- , perd pied à son tour. Jacques rassure, assure, engueule son monde, réfléchit et fonce : «ça va aller». L’énergie aveugle du bienfaiteur blanc n’a d’égale que l’impréparation et l’improvisation d’une opération bancale.


    Cet enlèvement d’enfants est une histoire de blancs entre blancs. Les indigènes n’ont qu’à subir les effets dévastateurs d’un néo-colonialisme caritatif. Le bon blanc agit pour le bien des pauvres noirs, les bons sentiments poussent à emporter sur le champ des enfants plus âgés soustraits à leur communauté.


    «L’important, c’est l’amour à donner », dit un coopérant déjà père adoptif de deux vietnamiennes. Réplique de Jacques : " enfin, Laurent, ce n'est pas un acte de bravoure, on est dans l'être humain." Ah bon ?

    Le scandale de l'Arche de Zoé a éclaté en 2007. Joachim Lafosse s’inspire à nouveau de faits réels pour bâtir une fiction reflet de ses obsessions. Je reprends ses propos à la sortie de son film dérivé du quintuple infanticide commis par Geneviève Lhermitte.


    "A partir du moment où la réalité est toujours périmée, un film est toujours une fiction, une subjectivité, une élaboration.

    La réalité,  http://images.telerama.fr/medias/2012/08/media_85651/un-cineaste-au-fond-des-yeux-108-joachim-lafosse-realisateur-de-a-perdre-la-raison,M91851.jpg les historiens et les chroniqueurs judiciaires s’en chargent. Je suis plus dans la question de la justesse que dans celle de la vérité."

    Fidèle à sa ligne éditoriale, la réalisation attise le malaise du spectateur, laissé libre d’apprécier la portée d’un commando humanitaire. Cette fois, Lafosse penche nettement en défaveur de l’entreprise, même s’il prive quasiment de parole les victimes.
    La caméra a toutefois un faible pour Jacques, personnalité forte, emblème d’une chimère naïve et imbécile à la fois. Nous sommes dans la pulsion plus que dans l’émotion, dans une mise en images sèche et directe, au plus près des visages. Nulle place à  la psychologie et aux états d’âme de personnes embarquées dans une arche à la dérive, gouvernée par la culpabilité et la bonne conscience.

    L’Afrique demeure une cicatrice sur la conscience du monde, disait l’ancien premier ministre britannique Anthony Blair. La Journée mondiale de l'enfance rappelle la situation infiniment précaire des enfants dans le monde et sur le continent africain en particulier.

    J’aurais aimé que Les chevaliers blancs intègre davantage cette réalité chronique au lieu de se borner à mettre en scène la candeur idiote et la vanité de l’homme blanc à vouloir  coûte que coûte le bien de ces pauvres gosses.

    La mise en relief singulière d’un fait divers tragique n’est jamais qu’anecdotique à l’échelle du sous-développement persistant de l’Afrique noire.


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