• Borderline

     

                   Le film 3 Billboards: Les panneaux de la vengeance         Karin Viard : Films - filmographie, Biographie, Photos                                                                                                                                       

    Je me place en retrait des louanges unanimes à l’égard des trois panneaux de la vengeance (3 Billboards) accrochés à mon tableau des films observés à défaut de les avoir regardés avec appétit. J’étais curieux de vérifier si j’étais en phase avec l’enthousiasme général, du Festival de Venise aux Golden Globes qui ont primé le troisième opus de Martin McDonagh. Effectivement, cette vengeance obsessionnelle (10 janvier) tient la route, surprend à plusieurs reprises mais m’a pourtant laissé vide à l’issue de d’une projection étirée sur deux heures. J’épingle tout de même un message post mortem vantant les vertus de l’amour, qui mène au calme et à la réflexion. Lettre lue par un abruti de flic raciste dans un commissariat en flammes, mis subitement en face de sa nature profonde, jugée bonne, tout au fond, tout au fond d’une histoire mal embarquée à la naissance.

                                                              3 Billboards - Les panneaux de la vengeance : Critique ...   

    Chacun porte sa croix ; la perte violente d’un enfant, un cancer du pancréas, une mère étouffante. Il faut gratter beaucoup pour soulever un peu de compassion. Le seul personnage apparemment capable d’éprouver ce sentiment meurt assez vite. Du coup, mon intérêt titillé a chuté en vrille. Et puis, à force de la fréquenter depuis longtemps sur les écrans, j’ai l’impression de bien connaître cette Amérique profonde, inculte, alcoolique, bornée qui vivote à Ebbing, Missouri où ne passent plus que les égarés ou les attardés mentaux depuis la construction de l’autoroute. C’est là que Mildred sapée comme un soldat, combinaison militaire et bandeau dans les cheveux, mijote sa croisade à l’assaut d’une police incompétente. Dans le sud, le viol et le meurtre d’une femme ne mobilise personne. Mildred, si ! Sa détermination, sa colère, son chagrin ne s’éteindront qu’au châtiment du coupable, infligé par la justice officielle ou vendetta personnelle.

                                                        Photos et affiches - 3 Billboards - Les panneaux de la ...

    J'imagine bien ce que les visionneurs professionnels ont apprécié : des caractères  bien trempés, la transgression morale, l’humour noir, le cynisme et la performance indescriptible de Frances McDormand en justicière implacable, au seuil de la folie. Je suis devenu exigeant : j’attends d’un film un supplément d’âme et de l’émotion, qu’il m’apporte un petit quelque chose qui éclaire ma vision du monde et de moi-même. Trop de violence m'indispose aussi.

    Quelques heures plus tôt, j’avais  fait connaissance avec une première quinquagénaire, aux antipodes de Mildred. Nathalie Pêcheux n’a plus la pêche, encaisse mal un divorce et sa pré-ménopause. Elle adopte la stratégie de l’aigreur acide, attitude suicidaire qui l’isole de ses collègues, de ses amis et de sa fille dont elle envie la jeunesse et la beauté. Jalouse (27 décembre) maladive, Nathalie coule, déprime, avant de rebondir grâce à la bienveillance attendue et inattendue de rencontres soucieuses de son bien-être.

                                                                       Jalouse : Photo Karin Viard

    Paris est plus cordial que le Deep South. L’idée m’est venue très vite de mettre la professeure de lettres parisienne et la mère vengeresse sudiste côte à côte, de comparer la façon de vivre leurs énormes frustrations. Nathalie bout dans sa tête, Mildred fulmine dans sa chair. La Française s’inquiète de sa silhouette boudinée, l’Américaine enfile toujours la même tenue unisexe. L’une chavire, l’autre tient le cap, coûte que coûte. L’intello tombe dans le panneau du paraître, la fille de la campagne s’empare des panneaux de la survie. J’avoue que la combattante sécessionniste m’a marqué davantage que la quinqua parano. S’il y avait  un rien à retirer de mon après-midi contrastée, ce serait un cri du cœur : quel monde bariolé nous renvoie le cinéma ! Thanks a lot

     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :