• Bon film, bien aimé

     

     

                                          

    J’ai vu Le client et Les animaux fantastiques à deux heures d’intervalle. J’essaie  parfois d’enchaîner des processus de réception différents, l’intérêt pour le cinéma iranien attisant l'impatience de voyager dans l’imaginaire d’Harry Potter.

    Selon la distinction chère à Laurent Jullier, je dirais que Le client (9.11 en France, 23.11 en Belgique) est un bon film et que j’ai bien aimé Les animaux fantastiques (16.11). Le jugement de fait suppose une réception objective du film débouchant sur un jugement indépendant du contexte sociohistorique et de la situation de visionnement. Le jugement de valeur lié à ’une réception subjective, varie selon les conditions du visionnement, pouvant aller jusqu’à inclure l‘humeur du moment.   (Qu’est-ce qu’un bon film, La Dispute, 2012,  2ème édition remaniée et actualisée.)

    Dit platement, le jugement de fait est d’ordre intellectuel, le jugement de valeur est affaire d’émotion, de goût et de plaisir. La réceptivité d’un film dépend de nombreux paramètres dont celui de l'attente placée dans la séance. Après le climat grave et pesant installé par Asgar Farhadi,  j’attendais un délassement maximum. J’en demandais trop probablement, ce qui a émoussé un plaisir largement anticipé et conforté par le drame vu auparavant.

                                                   

    En regardant Le client, je me suis attaché aux détails donnés sur la vie quotidienne en Iran. La censure des artistes et des professeurs, l’influence des voisins de palier, le délabrement de la ville reconstruite. Le dispositif scénique inspiré du théâtre (Rana et Emad jouent La mort d'un commis voyageur ) m’a gêné, j’aurais voulu plus de prises en extérieur. La transformation d’un homme pondéré en vengeur obstiné m’a intrigué. Mais je n’ai jamais vibré, hormis la tension corporelle d’un suspense bien entretenu. Compte tenu de cette vision sélective, j’ai vu un bon film, tout en préférant  Une séparation, à mes yeux, le meilleur de Farhadi.

    L’opération de « compréhension » du film déborde largement le cadre d’un décodage automatique de ce qui tombe de l’écran : il s’agit plutôt d’un flux de reconnaissances, d’associations, d’inférences, de prévisions et de révisions (Qu’est-ce qu’un bon film, p.26).

    J’ai peu dit de ce que j’avais vu à mon épouse venue me rejoindre à ma deuxième séance du jour. Elle connaît bien l’univers de J.K. Rowling. Elle a lu la saga, tandis que moi, j’ai calé au premier tome. En revanche, j’ai vu tous les films tirés des livres. Nous avons passé un bon moment à défaut d’un grand moment. Les effets spéciaux sont ahurissants, mélange de technique pure, de marionnettes et de performance capture, une technologie fondée sur  le jeu des acteurs. Plusieurs créatures resteront dans les mémoires, le phénix majestueux, l'ornithorynque dévoreur de pièces sonnantes et trébuchantes et une sauterelle expressive.

                                                              

    J’ai mordu à l’histoire dès le début, éprouvant une sympathie instantanée pour le jeune Norbert Dragonneau, auteur d’un bestiaire fantastique qu’étudiera Harry Potter septante ans plus tard. L’action se situe à New-York, en 1920 au lendemain de la guerre. Les décors très réalistes contribuent à l’attrait du film. J’y ajoute un atout supplémentaire, le personnage de Jacob, Non-Maj’ (pendant américain du Moldu), boulanger bonhomme, perpétuellement étonné, ressort comique d’une histoire assez noire.

     Robert Dragonneau

    Une force mystérieuse souffle le désordre sur la cité, explosion de haine d’un enfant brimé. Je me suis un peu égaré en cours de route, réanimé par de touchantes scènes sentimentales entre deux couples en devenir. 

    La créatrice d’Harry Potter signe le scénario d’un divertissement où la mise en scène prévaut toujours sur la technique. J’ai donc aimé, pas pensé ; aimé assez bien, pas à la folie. 

    L’expérience de voir deux films de tonalité aussi dissemblables met en miroir la diversité des situations de réception du spectateur, sachant que tous les films ont besoin d’un public dont la présence charge l’écran d’une émotion inattendue et en refait      quelque chose de complètement original (p.24).

                                                                               

    Hier, aucune émotion imprévue, ni recomposition des films; juste le sentiment bizarre du devoir accompli en soutien aux cinéastes iraniens, objets d’un contrôle intellectuel inacceptable. 

     Il semble heureusement que le pouvoir laisse enfin du mou aux créateurs, affirme A. Farhadi dans une interview donnée au festival de Cannes, transcrite dans la dernière livraison de  Positif.


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