• Bien roulés

     

                                                Tout le monde debout : Photo Alexandra Lamy, Franck Dubosc

    Roulez tambours, résonnez trompettes, fleurissez lauriers, un nouveau Frank Dubosc est né.Tout le monde debout est la sacrée bonne surprise de l’année. L’humoriste prévisible surprend son public habituel en tournant un premier film, comédie romantique d’une infinie délicatesse sur le handicap. Les plus infirmes ne sont pas ceux que l’on croit. Plus rien dans les jambes, tout dans la tête. Florence porte son hémiplégie avec le sourire. Jocelyn la rencontre sur une méprise. Ce dragueur impénitent endosse un handicap imaginaire pour séduire la sœur de Florence, assistante de vie au chômage. Il engage Julie qui le présente à Florence,handicapée motrice comme lui. Jocelyn ment comme il respire. C’est sa façon de pimenter une existence clinquante d’homme d’affaires superficiel. Il angoisse à la veille de la cinquantaine. D’ailleurs, il ment sur son âge pour séduire une jeune de vingt-huit ans, affichant 44 au compteur alors qu’il en a 49.

    « En fait tu ne t’aimes pas », lui dit son frère à l’enterrement de leur mère. Jocelyn s’était brouillé avec la défunte. Le père a éludé les funérailles. Son seul ami, Max, ne cesse de lui dire qu’il est dingue de duper constamment les gens et que dans le cas de Florence, ce n’est vraiment pas bien de rouler une invalide. La secrétaire de Jocelyn, effacée au point d’être transparente, tance également son patron.

                                     Tout le monde debout : Photo Elsa Zylberstein        Tout le monde debout : Photo Alexandra Lamy, Elsa Zylberstein, Franck Dubosc, Gérard Darmon

    Mais l’imposteur est pris à son mensonge. Il noue une belle complicité avec la solaire Florence. Il va la voir jouer au tennis, il assiste à un des ses concerts, lui qui déteste la musique classique. Il tombe sous le charme de la musicienne, qui remplace une soliste au pied levé. Jocelyn a peur de la perdre s’il se dénonce. Florence, elle, veut y croire.

    «Toi, dit-elle à la secrétaire qui gémit dans son désert affectif, tu espères que ça dure. Moi, j’en suis toujours à attendre que ça m’arrive.»

    Cette parole percutante, lâchée au détour d’une séquence anodine, nous ramène à la condition ingrate des invalides tenus de vivre en chaise roulante, parfois obligés d’endurer la compassion maladroite des valides. Florence a érigé son handicap en fidèle compagnon. Sa joie, son humour gomment son infirmité. Ses interlocuteurs se lâchent avec elle et finissent toujours par dire quelque chose qui borne leur tolérance. Même sa sœur Julie.

    - Il ne te plairait pas à toi, Jocelyn ?»

    - Mais enfin Florence, il est… (silence gêné) tu sais bien… Oh, je suis désolée, grande sœur.

    Florence sourit tristement. Julie sera la première à savoir. Elle gifle Jocelyn en public.

    - Oui, je frappe un infirme, cela fait un bien fou.  

    Le comique alterne avec la gravité, légère gravité, qui rend l’histoire planante. Le scénario, fort bien ficelé, tient le tempo de rebondissements joliment amenés.

                                                   Franck Dubosc Alexandra Lamy "Tout le monde debout"

    Le souper aux chandelles dans la piscine mouvante est délicieux. Les seconds rôles sont parfaits, Max (Gérard Darmon) et la secrétaire (Elsa Zylberstein) soulignent les failles de Jocelyn. François-Xavier Demaison, en prêtre perspicace et Claude Brasseur, en père lubrique, signent deux courtes apparitions remarquées. La palme revient à Alexandra Lamy, épatante dans le très beau rôle de Florence. Elle éclipse Frank Dubosc, pourtant très bon dans son nouveau registre. Je croyais la fille d’un gars incapable d’une telle gamme expressive. Florence relativise nos angoisses dérisoires, comme la vieillesse, la peur de la maladie, la décrépitude physique.

    Sous la verve, pointent la tendresse et l’émotion.Tout le monde debout dédramatise le handicap avec tact et malice. Le public marche, près de deux millions de spectateurs en trois semaines (14 mars), devant les Ch'tis. Un engouement mérité. Courez voir une des meilleures comédies de ces dernières années.

     


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