• Beau comme un piano noir

     

     

     

    Brooklyn Affairs : Affiche

     

              Superbe. D'une classe folle.

    Si vous n'aimez pas le film noir, n'allez voir que celui-là. Les personnages sont archi-typés, la trame classique et pourtant Brooklyn Affairs régénère le genre.

    L'image, la musique, les acteurs régalent pendant deux heures trente d'une intrigue prenante. Edward Norton dirige, produit et joue un film qu'il a mûri vingt ans.Il place sa caméra en esthète,tel ce plan gratuit dans Pennsylvania Station à New York. Une femme assise sur sa valise dans le grand hall de la gare regarde au loin tandis qu’un pigeon picore des miettes à  ses pieds, nimbé d’un rai de lumière oblique. Pourtant le héros est sur le point de faire une découverte majeure. Qu’importe, pourquoi ne pas s’attarder sur la beauté pure.

    Pourquoi aussi ne pas se laisser envoûter par la trompette langoureuse d’un bar de Harlem (Mile Davis en début de carrière). Lionel vient de rencontrer Laura. Elle l’invite à danser. Généralement, il est pitoyable avec les femmes. Il souffre du syndrome de Gilles de La Tourette. Des fils sont déconnectés dans son cerveau. Lionel fourmille de tics. Il lâche des rafales de mots liés à la situation. Un deuxième cerveau incontrôlable exprime l’inconscient.

                                           Brooklyn Affairs : Photo Edward Norton, Gugu Mbatha-Raw

    Mais là, dans les bras de Laura, Lionel garde la tête droite, ne souffle mot, se rapproche de sa partenaire sur les notes jazzy d’un quintet fabuleux. L’orphelin se rappelle les caresses de sa mère, seules capables d’apaiser la java de son corps. Laura est divine, l’instant est sublime, ponctué d’une mélodie au piano qui vous arrache des larmes. Deux solitudes s’entendent et se rejoignent. Ce thème au clavier s’invite discrètement chaque fois que le cerveau pirate de Lionel cesse sa sarabande.      

    Nous sommes en 1957, la Grosse Pomme entame sa rénovation d’après-guerre, menée par des gestionnaires publics véreux sur le dos de la population noire. Lionel continue à chasser le lièvre que son patron détective privé avait levé. Celui qui l'avait pris sous son aile a été assassiné sous ses yeux. Lionel ne lâche pas le morceau, démêle une embrouille géante.

    Brooklyn Affairs : Photo Alec Baldwin, Edward Norton «Tu es bizarre, mais tu es malin. On aurait pu s’entendre »,

    propose son ennemi du moment. Randolph adore le pouvoir. Il écrase tout ce qui le gêne, à l’image de Trump aujourd'hui, ex gros promoteur immobilier. La connaissance est inutile, seules l’action et l’entreprise payent. Le frère de Randolph diverge du credo libéral capitaliste. L'architecte génial,trop lâche pour déboulonner son aîné, tuyaute Lionel sur des combines infâmes. "Fais ton boulot, creuse, creuse..."

    J'ai adoré au-delà de l'appétence déclenchée à la vision de la bande-annonce.Du coup, j'ai envie de lire Les orphelins de Brooklyn dont s'est inspiré Edward Norton. Mais d'abord, je veux préserver l'empreinte de ces personnages humbles et courageux, solitaires et solidaires, partis en croisade contre les pourris, déterminés à garder la tête haute et le cœur sensible. Un des grands  films de l'année.

     

     

     


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