• Au feu !

     

     

    J’ai déjà vu la mini série Moloch en entier. J’avais enregistré les trois premiers épisodes, j’ai anticipé la diffusion des trois derniers jeudi prochain sur Arte en les regardant sur mon PC. Je suis rarement aussi impatient. Bon, il faisait mauvais et on recommençait  à confiner. Moloch égoutte une ambiance oppressante de bout en bout, l’ensemble manque de rebondissements, pourquoi m’infliger un lent  spectacle dérangeant alors que le chaos menace déjà alentour ?

     

                                                                           Moloch : Affiche

    D’abord, je voulais bêtement savoir comment des êtres humains pouvaient brûler à distance. Cet étrange phénomène aiguise la curiosité d’une jeune journaliste, croise la pratique d’un psychiatre, provoque la panique dans la population. Ensuite, la cause de la combustion instantanée m’a paru accessoire. Mon attention s’est  concentrée sur le point commun entre plusieurs protagonistes. J’ai également pensé à l’épidémie qui nous asservit actuellement.

    Hormis quelques adeptes de la théorie du complot, la population garde la tête sur les épaules. Personne n’invoque de malédiction divine, personne n’appelle à l’insoumission générale contre les mesures sanitaires, les confinements partiels, les restrictions de libertés. Pas d’armée dans les rues non plus pour faire respecter le couvre-feu. Vous verrez que les motivations de Moloch fracturent la société où gronde une colère prête à exploser contre la souffrance, l’injustice et l’indifférence.

                              Le feu est en chacun de nous. Il ne dévore que ceux qui refusent de changer leur cœur.

    Qui sont ces dieux dont parle la Bible : Baal-Moloch (2.2)

                                                             Des émeutes éclatent, des clans se forment, rien de tout ça avec le covid. Pourtant le virus met au jour des inégalités profondes, mais l’État ne laisse encore personne au bord du chemin. La  peur annihile aussi les velléités d’opposition au bien commun.

    Ce qui est préjudiciable à long terme, c’est l’altération  des relations humaines, la raréfaction des contacts de regard à regard, de peau à peau, de parents à enfants. Nous n’existons qu’avec l’autre, que par l’autre. Plusieurs protagonistes de Moloch  sont au bord de l’effondrement. Ils ont soit perdu un enfant, leurs parents égocentriques les ont ignorés, soit ils sont isolés. Voilà ce qui transparaît  au fil des six épisodes d’une série originale, captivante, flirtant avec le surnaturel, riche en images et en dialogues singuliers. La société presse et oppresse, pas le temps d’écouter ou de ressentir la plainte de ses semblables.

     

                                                        Retrouvez Olivier Gourmet dans un thriller fascinant. Les six épisodes sont à voir/rattraper jusqu’au 27 novembre sur Arte.tv. / D.R.

     

    Gabriel le psychiatre (formidable Olivier Gourmet) considère chaque patient comme une personne, quelque soit son âge. Il écoute, il prend chacun au sérieux, il  gagne leur confiance. Gabriel est là, présent, solide, humain.

    « Personne se soucie de nous, dit Stella, atteinte d’une maladie rare.  Nous sommes cinq mille dans le monde, on ne compte pas.» Elle vit recluse, sous son capuchon rouge, elle doit se protéger du soleil. Elle aimerait que les gens la voient autrement qu’en pauvre petite condamnée à une vie dérisoire. Stella parle avec Gabriel depuis sept ans et sa grande sœur la soutient. Point final. Et « Rien ne vit sans la lumière. »  

    Stella prend les paroles de Gabriel au pied de la lettre.

    « Il n’y a pas de petite vie, il n’y a que des vies vides. »

    « Il n’y a pas d’excuses, pas d’innocent, chacun est responsable de ses actes. Si chacun prenait ses responsabilités au lieu de les fuir, le monde serait meilleur. »

                                                   Photo Alice Verset

    Ces mots résonnent fort dans la période actuelle. L’épidémie bouscule notre hiérarchie des valeurs, remodèle le sens de la vie. On ne cesse d’en appeler à notre sens des responsabilités. Je préfèrerais que l'on nous demande de stimuler notre potentiel de solidarité, face à un virus invalidant et mortel, dont l’appétit paraît insatiable. Nos gouvernants, nos soignants, nos aidants insistent  sur la nécessité de maintenir le dialogue avec nos proches, via les moyens techniques à notre disposition (téléphone, visiophone, Skype…) Continuer à maintenir les liens, un geste à ajouter et à surligner sur la liste sanitaire.

     Deux notes optimistes pour terminer. Deux coups de fil, le dernier mot à peine écrit.

     

                                         Photo Marine Vacth  

     

                                              L’un annonce la naissance d’une petite fille.

                          Le second propose de nous donner un  arbre pour remplacer notre bel érable moribond.

                                                La vie a le dernier mot, plus que jamais.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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