• Amours glacés

     

    Le policier remplit un formulaire tout en expliquant à la mère de l’enfant disparu qu’il n’entamera pas de recherche avant dix jours.«Ils reviennent toujours  à cet âge-là. De toute façon, nous sommes trop peu nombreux pour nous soucier des fugues. Il vaut mieux vous adresser à une association de volontaires. Ils sont très efficaces, nous avons déjà collaboré.»

                                                       Faute d'amour : Photo Matvey Novikov  Faute d'amour (sorti le 27/09)

    Zhelya encaisse seule cette démission des pouvoirs publics russes. Elle et son mari Boris sont en instance de divorce. Ils s’invectivent sous les yeux de leur fils de douze ans. Aliocha a fui deux jours auparavant, assourdi par les querelles incessantes. Les parents n’ont rien vu. Un comble ! Le responsable des bénévoles cille à peine devant l’inconscience des parents. Cette fois, le couple est forcément au complet. Il répond au questionnaire fouillé d’un mouvement rompu aux recherches d’enfants  (Liza Alerte 2 retrouve 80% des disparus). Il s’agit de vérifier notamment si Aliocha n’est pas chez sa grand-mère. Les retrouvailles obligées entre Zhelya et sa mère honnie tournent au vinaigre. On comprend pourquoi elle est incapable d’aimer son fils, elle qui n’a reçu aucun amour maternel.

    Suivre la voie du cœur est si simple et si difficile quand mille et un conditionnements pèsent sur un être (Alexandre Jollien, préface de Souffrir ou aimer, de Christophe Massin,Odile Jacob poches).

     

                 Faute d'amour : Photo Alexey Rozin                    Faute d'amour : Photo Maryana Spivak

    L’amour conjugal, elle connaît enfin depuis sa rencontre avec Anton, divorcé fortuné, plus âgé qu’elle. Zhelya abomine Boris, épousé juste pour quitter la mère détestable. Boris refait sa vie aussi. L'indécrottable reproducteur a engrossé sa jeune amoureuse. Celle-ci demande constamment des preuves d’amour, incertaine sur la longévité du nouveau couple.

    Manque d’amour, panne d’amour, les sentiments tarissent sous les arbres décharnés couverts d’une fine neige. L’univers d’Andrey Zvyagintsev dépeint le désenchantement, la perte d’humanité, la glaciation des êtres. Des affiches d’Aliocha fleurissent partout en ville. Celles sur les abribus sont ignorées le soir, le passant s’empressant de regagner son foyer étriqué après une journée de travail maussade. Le matin, on y jette un coup d’œil, pile avant de monter dans le bus. L’indifférence étend son emprise sur des individus perdus en eux-mêmes. Heureusement, la cinquantaine de bénévoles à la recherche de l’enfant abandonné redorent l’honneur perdu des parents et des autorités.

                                                                          Faute d'amour : Photo Maryana Spivak, Matvey Novikov

    Ce tableau archi sombre de la Russie de Poutine et de l'égoïsme humain m’a donné le cafard. Les écrans de téléphones portables et de télévision ubiquistes ont amplifié mon spleen. Les gens courbés sur leurs machines ou rivés aux images ignorent les cris de leurs semblables. Faute d'amour observe de manière clinique la décomposition d’humains, sevrés d’affection, essentiellement préoccupés de leur petite personne. Le délabrement de la société m’a plus impressionné que la détresse d’Aliocha, état que j’ai connu à son âge, affliction désormais tenue à distance raisonnable. Pour une autre regard sur le film, lire le texte vibrant publié sur CinéFemme.

     

    Le soir, Barbara (6/09)    Barbara - Photo 3 m’a fasciné par moments, m’a parfois largué, m’a aussi enchanté.

    J’ai rapidement renoncé à démêler le fil de plusieurs mises en abyme. Je me suis laissé dériver au gré de la fantaisie d’une mise en scène virtuose au point de brouiller complètement l’énigme de la longue dame brune. J’ai admiré Jeanne Balibar, vouée à s’immerger dans la texture de l’excentrique chanteuse, visant le mimétisme absolu, à force de scruter photos, vidéos et lieux de passage. Ne pas chercher non plus à reconnaître la vraie du fac-similé ; ce serait gâcher un plaisir qui s’esquisse  par petites touches, instantanés d’une artiste hypnotique.

     

                                           Nouvelle programmation d'ateliers ciné-narratifs ici

     

     


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