• Aimez-vous Marx ?

     

     

    Le Jeune Karl Marx : Affiche 4 octobre en Belgique, 27 septembre en France

    Entre 1844 et 1848, trois jeunes gens décident de rompre avec leur milieu et de matérialiser leur utopie. Un fils de rabbin, une aristocrate et un fils d’industriel initient une révolution philosophique, idéologique et économique toujours d’actualité. Raoul Peck raconte la genèse du Manifeste du parti communiste dans une approche assez documentaire et très documentée, ancrée dans la réalité de penseurs à contre-courant des idées abstraites et des bonnes intentions dénuées de fondement théoriques.

    Karl Marx, Friedrich Engels et Jenny de Westphalen ont adopté le mot d’ordre : pas de bonheur sans révolte. Friedrich réalise une enquête sur les conditions de vie des ouvriers des filatures de Manchester. Il tombe amoureux de Mary, pauvre de condition et décidée à le rester afin de continuer la lutte contre les patrons. Karl tire le diable par la queue, ce qui ne l’empêche nullement de critiquer le gouvernement allemand dans des articles au vitriol. Il est contraint à l’exil avec sa femme enceinte et leur premier enfant.

    Ce sera Bruxelles, Londres ensuite. Le Jeune Karl Marx : Photo August Diehl, Stefan Konarske Marx assied sa pensée sur la réalité matérielle et économique. Il incarne une philosophie matérialiste naissante. Il relit l’histoire des sociétés à travers la lutte entre deux classes : bourgeoisie et  prolétariat. La première exploite la seconde, réduite à vendre sa force de travail à vil prix. Cette lutte constitue le nerf de l’évolution historique. Une querelle verbale entre un capitaliste du textile et Marx illustre l’antagonisme irréductible.

    - Combien de personnes employez-vous, Monsieur ?

    - Trente adultes et vingt enfants.

    - Des enfants, n’est-ce pas indigne ?

    - J’y suis obligé, la concurrence l’impose.

    - Vous payez mal vos ouvriers. Vous les plongez dans la misère.

    - Ce n’est pas moi qui décide, c’est le marché.

    - Je vois, Monsieur, que nous n’avons plus rien à nous dire.

                                                                        Le Jeune Karl Marx : Photo August Diehl, Vicky Krieps

    Les idées-forces du marxisme n’apparaissent qu’en fin de parcours, jetées en vrac à la tête du spectateur. Raoul Peck s’attarde surtout à décrire l’état d’esprit des jeunes révolutionnaires. Il met en situation la stratégie déployée pour muter la Ligue des justes en Ligue des communistes. Le cinéaste haïtien choisit d’éviter les joutes philosophiques. Celles-ci auraient été bienvenues au bénfice de la compréhension des grandes lignes d’une pensée novatrice. Les thèses marxistes sont supposées connues. L’amitié entre Marx et Engels, la condition sociale précaire de Marx et la foi indéfectible de Jenny en la force visionnaire de son homme éclairent néanmoins une œuvre marquante sur plusieurs siècles. D’ailleurs, le philosophe allemand revient à la mode après la crise financière de 2008. J’ai été surpris de le voir cité dans le formidable livre de Max Dorra sur l’angoisse.

    L’auteur évoque une maladie de la valeur, affection touchant les femmes et les hommes réduits à de simples marchandises. Le médecin philosophe s’appuie sur Marx pour définir la plus-value. La valeur représente du travail humain. Le patron dégage une plus-value sur du surtravail non payé. "De génération en génération, les inégalités se reproduisent". Cette exploitation constante de l’homme par l’homme génère burn-out, suicides sur les lieux de travail, suppression de postes au 20ème siècle et suivants..

                                                               Le Jeune Karl Marx : Photo Hannah Steele, Stefan Konarske

    Aujourd’hui, les classes se diluent dans le ventre mou de la société de consommation. Les cols blancs ont supplanté les cols bleus. Les inégalités se creusent, partiellement amorties par la sécurité sociale organisée dans la plupart des pays riches. Le capitalisme sollicite souvent les pouvoirs publics quand il essuie un grain (effondrement bancaire et boursier). Le cycle économique  inexorable continue : prospérité (inégale)/ récession/dépression et reprise. Sauf que les dépressions sont plus profondes et les reprises plus lentes et brèves. Le capitalisme investit massivement dans les technologies numériques à la recherche d’un troisième souffle. L’intelligence artificielle promet d’asservir l’homme à la machine. Les Google, Amazone, Facebook et Micrososoft (GAFAs) concentrent la richesse et les moyens de production, concentration néfaste à l’emploi et aux libertés.  

    « A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains…

    … Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. » (extraits du Manifeste de 1848)

    Image illustrative de l'article Manifeste du Parti communiste  - Si je suis marxiste ?

    Non, pas tant que ça. Mais un film et des lectures m’amènent à reconnaître la qualité de visionnaire à un homme qui a pensé la révolution industrielle du 19ème siècle. Il a longtemps vécu dans la pauvreté, endeuillé par la perte de trois enfants morts de faim.

     

     

     


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