• Adapter son histoire

    Il m’arrive de lire le livre dont est inspiré un film qui m’a plu. La projection permet de mettre des visages sur les personnages de papier. Je suis curieux aussi de la façon dont le livre a été adapté, par analogie, par transposition ou par condensation. La majorité des œuvres adaptées au cinéma entrent dans la catégorie adaptation/condensation.


    En lisant Boomerang de Tatiana de Rosnay, j’étais très surpris de voir que le secret de famille n’était pas le thème premier du livre. J’ai pensé que le réalisateur avait dû puiser dans son histoire personnelle pour articuler son film sur l’exhumation d’un drame familial soigneusement celé. Effectivement, nous dit le cinéaste :

    "Comme Antoine, j’ai affronté ce long périple pour mettre à jour les vérités cachées. Comme lui, je me suis retrouvé à devenir le vilain petit canard, celui qui divague, le « parano » dont il faut ignorer les délires. Pour tout vous dire, ma grand-mère est morte cette année et je n’ai pas pu aller à son enterrement tant les tensions sont restées vives au sein de la famille ! Et puis, en apprenant à parler de ma propre histoire, j’ai découvert que beaucoup d’autres gens souffrent de ces mêmes secrets devenus tabous au fil des années. A force je me suis dit que malgré la singularité du propos, cela pouvait toucher aussi des spectateurs."


    Ça sonnait juste et du coup j’étais touché. François Favrat a condensé le roman et a centré l’intrigue sur Antoine qui enquête sur la mort de sa mère. Il a repris l’essence des protagonistes et il a accentué la tension psychologique.

                                    http://braindamaged.fr/wp-content/uploads/2015/07/Affiche_BOOMERANG.jpg  (sur les écrans depuis le 23 septembre en France et le 30 en Belgique)


    Au-delà du travail même d’adaptation, retraduire les phrases du roman en scènes et en ellipses, il s’agit surtout de réécrire en images mon point de vue personnel. Et ce point de vue, me concernant, c’est qu’on voudrait tous en avoir fini avec le passé mais que lui n’en a jamais fini avec nous !", explique-t-il.


    Le cinéma revitalise les émotions, les libère d’un affect gênant couplé au souvenir d’un événement malheureux. Le contact actuel avec l’image animée réactualise les séquelles du passé. Des associations subtiles relient des souvenirs oubliés et des émotions vécues à des années d’intervalle. Les traumatismes anciens prennent une couleur adoucie. Le long-métrage recoud la continuité d’une existence parsemée de ruptures, de sentiments figés ou contenus.


    Le passé resurgit là où on ne l’attend pas. https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/65/Ella_Fitzgerald_1962.JPG

                                               Hier, une chanson d’Ella Fitzgerald attire mon attention à travers le brouhaha ambiant. Je suis ému au souvenir du père qui la chantait souvent. Nous sommes tissés d’histoires, d’émotions, d’états d’âme enfouis. Un événement, un lieu, une rencontre nous remettent brusquement en contact avec un pan de notre histoire. Nous reconstruisons alors le passé à la lumière d’une mémoire approximative, complétée par notre envie d’accréditer une version inédite, tournée vers le présent et récrite à notre façon.

    Déconstruire pour reconstruire en se projetant dans un avenir délesté du poids d’un passé plombant.
    Antoine se souvient du mystère autour du décès de sa mère, de la disparition de toutes ses photos après sa mort, comme si elle n’avait jamais existé, mise au ban familial. Chercher la vérité pour trouver l’apaisement de l’angoisse diffuse qui le mine.

    Elle s'appelait Sarah, autre roman de Tatiana de Rosnay porté à l' écran m'avait plu aussi. Ici encore, le sujet a résonné avec l'histoire personnelle du réalisateur.

    "Je suis d’origine juive et les hommes de ma famille ont disparu à cette période. Mon grand-père a été dénoncé par des Français et est mort au début de sa déportation. Ma mère m’a raconté l’anecdote pour la première fois pendant la préparation du film. Certaines choses sont remontées à la surface. Je n’étais pas là quand mon grand-père a été déporté, mais j’ai vu les conséquences sur ma mère, ses sœurs, ma grand-mère…", raconte Gilles Paquet-Brenner.

    Le cinéma, une belle façon de revoir son histoire, ce qui est également le propos des ateliers Cinémouvance, prochainement les 24 octobre sur l'estime de soi et le 14 novembre sur le deuil.


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