• A soeur ouvert


    Trois aînés et un benjamin ont participé hier au premier atelier de ciné-thérapie sur les fratries. Au programme, In Her Shoes  portrait de deux sœurs ennemies, unies par le lien indéfectible de la sororité. 

              Maggy  In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson a un physique de mannequin et apparemment                                                                                                un  pois chiche dans le crâne.

     

    Résultat de recherche d'images pour "in her shoes" Rose a un corps ingrat et bosse comme une malade dans un cabinet juridique.         

     

    Elles se brouillent sérieusement et se réconcilient sous l’égide d’une grand-mère revenue d’entre les bannis de la famille.

                                                                           

                                                                                               In her shoes : Photo Curtis Hanson, Shirley MacLaine

    Premier tour de table après la projection. Les préférences sont partagées entre les deux soeurs.


                                                        .Résultat de recherche d'images pour "in her shoes"

    « Elles sont complémentaires.»

    « Elles sont toutes les deux mal dans leur peau ».

    Maggy pétille, Rose assure. L’aînée a toujours veillé sur sa petite sœur Maggy.

    Deux participantes se retrouvent dans Rose. Toutes deux ont des rapports difficiles ou n’en n’ont plus avec leur frère. Un troisième aîné ajoute que « quand on est le premier, on n’a pas trop droit à l’erreur. On doit montrer l’exemple.» Selon divers psychologues, l’aîné est perfectionniste, aime l’ordre et a besoin de contrôler les situations. Lorsque l’intervalle est important entre un aîné et son cadet, le plus âgé endosse le rôle de parent de substitution si papa et maman sont défaillants.


    Les scènes marquantes avec les deux sœurs sont ensuite évoquées. La grosse dispute, les retrouvailles, la reconnexion à l’estime de soi chez Maggy émergent aisément. Déterminer les qualités et défauts de chacune s’avère plus épineux. Je renonce à poser la même question à propos des frères et sœurs réels, tant les situations apparaissent majoritairement conflictuelles après avoir été évoquées en groupe de deux. Le seul heureux en fratrie s’étonne des positions inflexibles des unes et de l’autre.


    Les participants repartent une deuxième fois en binômes pour raconter un bon et un moins bon souvenir vécu dans la fratrie. Deux affirment ne se rappeler d’aucun moment heureux. Une aînée se souvient d’une image de son frère jouant dans les feuilles d’automne volant en escadrille autour de lui.


    Les plus réfractaires finissent par recomposer des instants paisibles à force de répondre à mes questions multiples sur le contexte familial, sur les lieux de vie, sur les acteurs en présence... Ces questions à vocation explicative (le comment) et non causale (le pourquoi) stimulent la reviviscence de souvenirs bloqués par la dispute intra fraternelle. En thérapies narratives, le conflit équivaut à l’histoire dominante qui étouffe l’exception -un souvenir heureux-. Il s’agit d'amener la personne à parler d’une exception aux querelles fraternelles, de lui donner corps en la verbalisant au maximum afin de la raccrocher à une narration alternative de la relation houleuse.


    « Je me souviens que pour une fêtes des mères, nous avions réuni nos économies, mon frère et moi, pour offrir un cadeau à maman…»

    «… Oui, je vois encore le magasin et la dame au comptoir. Mais je ne sais plus si nous y sommes allés ensemble.

    -Et le cadeau, tu t’en souviens ?

    -Ah oui, dit-elle en riant, c’était un appareil pour couper les œufs durs. On devait avoir dans les 10-11 ans.


    Autre souvenir concédé du bout des lèvres par un benjamin en rupture récente avec ses quatre frères. « Oui, il y avait bien cette affinité avec un frère hélas décédé, plus artiste que les autres. On se téléphonait régulièrement et on mangeait ensemble. C’était ma belle-sœur qui poussait à nous rencontrer.»


    Je souligne que les souvenirs sont mobiles. Qu’ils peuvent se reconstituer et s’épaissir sous l’effet de narrations répétées à des publics différents. L’essentiel est dans la vérité du moment et non dans la restitution exacte des circonstances et événements qui composent le souvenir. On peut toujours se représenter ce qui a été, en formant dans son esprit l’image d’une réalité absente ou en évoquant une réalité passée. Représenter, au sens étymologique, signifie : rendre présent. Certains embelliront les souvenirs, d’autres les noirciront, selon l’humeur et l’interlocuteur en présence.

    Images fixes et animées
    L’atelier est entré dans sa dernière heure. Nouveauté, je donne à revoir trois séquences du film choisie en fonction d’un thème : meilleure estime de soi, affirmation de soi et réconciliation. Des détails inaperçus à la première vision retiennent l’attention. Chacun est invité à choisir sa séquence préférée et à commenter son choix.
    En finale, les valeureux participants sont invités à légender quatre photos du film ou à adresser une injonction aux personnes sur le cliché.

    In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson, Toni Collette  

                                                                         In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson, Shirley MacLaine, Toni Collette

    In her shoes : Photo Cameron Diaz, Curtis Hanson, Shirley MacLaine, Toni Collette             

                                                                         

    A votre tour de jouer, que ce soit hors contexte du film, ou en puisant dans vos souvenirs si vous connaissez les deux sœurs et compagnie.

    Il ressort des impressions recueillies après le suivi des deux consignes que les images fixes focalisent l’attention, alors qu’une séquence animée multiplie les approches possibles. Commenter une photo paraît plus facile.

    Une comparaison me vient. Il est également plus confortable de s’appuyer sur une histoire de vie dominante figée, servie habituellement à nous-même et aux autres, que de se frotter à la variété de versions d’une narration considérant aussi les moments d’exception, parties intégrantes de notre histoire de vie.

    La journée se termine sur un ultime tour de table.

    « Si j’avais vu que le thème de l’atelier était la fratrie, je ne serais certainement pas venue. Pourtant, ça m’a fait du bien, j’ai pu m’exprimer. Ecouter les autres, c’était bien aussi. »
    « Moi aussi, je me suis bien plu, même si j’ai évité de trop replonger dans une histoire difficile avec mon frère.»

    Un troisième ressenti exprime le tourment d’une journée vécue dans l’inconfort et le malaise. Néanmoins, la personne a participé loyalement à la plupart des activités, particulièrement impliquée dans les conversations en binômes. Une mauvaise nuit l’avait fait piquer du nez à plusieurs reprises pendant la projection. L’engagement au sein du groupe a probablement soutenu son maintien dans un atelier axé sur un objectif commun : clarifier des relations fraternelles compliquées.

    Selon Odile Bourguignon citée par Lisbeth von Benedek dans son étude des fratries,
    Le « fraternel » décrit une relation affective complexe, ambivalente, faite de bienveillance et d’empathie, d’amour et de haine.


                                 Cette complexité justifie amplement un deuxième atelier fraternel le 23 mai prochain.

                                     Un premier atelier bruxellois aura lieu le 16 mai sur le thème de la maternité  


  • Commentaires

    1
    MORI
    Dimanche 19 Avril 2015 à 14:23

    Quel moment narratif à partir du médiateur cinématographique! L'imprévu du récit, la joie de pouvoir s'exprimer sans retenue et d'être dans un espace contenant avec l'ami Patrice.Le dispositif méthodologique s'affine et reste naturel. Amitiés. Serge

    2
    Dimanche 19 Avril 2015 à 16:59

    Oui, il s'affine, mais en groupe, c'est difficile. Des histoires alternatives sont amorcées mais elles nécessitent un prolongement en individuel. A suivre...  patience et appétit pour la suite de la formation. 

    3
    Dimanche 19 Avril 2015 à 19:34

    Certes, je n'avais quasi pas fermé l’œil de la nuit (stress d'être confronté à certaines vérités lors de l’atelier ? ... possible). Toujours est-il que je suis resté toute la journée.

    Cela veut dire - dans le cas de quelqu'un qui n'a pas confiance en soi dans une série de domaines, dans d'autre si - que j’étais en totale confiance tant face aux autres participants que face au meneur de jeu, Patrice Gilly.
    Si je me sentais un tant soit peu en danger (cfr. mon manque de confiance) ce n'était certainement pas à cause d'eux. Eux - et elles - qui, chacun, chacune avec son vécu, ses attentes, ses blessures voire même ses souffrances qui demeurent bien ancrées, se sont dès le premier instant 'dévoilés', 'ouverts' facilement ou en tout cas étaient prêts à le faire, car chacun de nous veut essayer de trouver les mots justes, ce qui n'est pas chose aisée lorsqu'on est dans le vécu on ne peut plus personnel !

    Ce serait, à mon sens, une bonne chose de ne pas se limiter au seul atelier, qui, de par son unicité, reste en certains aspects axé sur des éléments théoriques, explicatifs, mais de pouvoir évoluer ensuite vers du plus 'thérapeutique', plus concrètement axé sur le vécu - la problématique ? ... peu importent les mots - de tel ou tel participant désirant aller plus en avant dans cette nouvelle 'technique' que PG se donne pour mission de faire découvrir, et je l'espère pour lui, de développer.

    L'atelier ne m'a pas fait changer d'avis quant à mes frères (c'était quand même ça le thème : la fratrie) ou, pour être plus précis, quant à ma décision d'avoir coupé les ponts avec les dits frères il y a peu, pour moult raisons. Mais je n'y allais pas dans ce but et l'atelier n'avait pas cela pour but non plus.

    Si l'atelier nous a fait réfléchir, nous a poussés à nous poser des questions, nous a confrontés (ce terme n'est pas négatif !) à d'autres qui, peu ou prou ont un vécu similaire sur le thème de l'atelier, je pense que l'atelier est réussi !

    Et donc : l'atelier était réussi !

    Jez ne suis pas certain que je participerai encore à un atelier (encore que, tout dépendra du thème abordé !) mais cela ne tient qu'à moi. J'ai, j'ai toujours eu, et j'aurai encore probablement longtemps un problème tout personnel et subjectif face à "la chose psy" (je viens d'inventer ce concept et dès demain matin j'irai déposer le terme :) ). Pour moi, "la chose psy" s'apparente trop souvent avec "la prise de tête", voire même avec "la branlette pseudo-intellectuelle" ... et cela est peut-être révélateur de combien j'en ai en fait réellement besoin ! ... ah la la ... l'être humain est tellement complexe ! ... mais je dois être honnête : de "prise de tête" ou de "branlette pseudo-intellectuelle" je n'ai trouvé aucune trace au cours de l'atelier ! Ou alors ce n'était que du fait de ma perception très subjective.

    Tout de bon ! comme disent nos amis suisses !

     

    PS1 : Une des (nombreuses) morales de l'histoire : essayez de bien dormir la veille mais si tel n'est pas le cas, n'annulez pas votre présence à l'atelier ! Car le film n'est en fait jamais qu'un point de départ axé sur le thème de l'atelier, mais le 'gros' du travail est ensuite fait par les participants (et par PG, mais lui, il est payé ! :) ... si peu !!! re-:) )

    PS2 : chacun son truc et moi mon truc, actuellement, c'est la photo, alors "juste pour le plaisir de yeux", jetez un coup d’œil sur mon portfolio : http://baldwin-vermeire.wix.com/photography

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    4
    Dimanche 19 Avril 2015 à 19:51

    Cher Baldwin,

    quelle belle prise de commentaire. c'est comme si tu étais en face de moi. Merci pour ta franchise, ton recul, ton humour et tes... belles photos. Je te souhaite de trouver ton meilleur outil de défrichement de la "chose psy" et de ton être profond. 

     

     

    5
    Séverine
    Dimanche 19 Avril 2015 à 22:07

    Les mots ,les écrits,la mémoire une autre façon de voir un film ,je vais surement le voir différemment...ce film.Merci Patrice 


     


     

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