• A petits pas

     

     

                               J’aime les silences qui en disent long.

     

    Meira ne dit rien quand Félix la complimente pour un dessin tracé à la hâte sur une table de drugstore, sa petite fille sur les genoux. Ils habitent le même quartier du Mile-end à Montréal, peuplé de juifs ultra-orthodoxes. La communauté hassidique suit des règles strictes, au contraire de Félix, quadragénaire dilettante qui dilapide l’héritage paternel.

                                  Les contraires s’attirent, c’est bien connu.

     

                            Hadas Yaron dans le film Félix et Meira (Metafilms, 2014)                   Meira voudrait être comme les autres.

    Pouvoir lever les yeux sur un homme. Ecouter de la musique. Se promener. Avoir une vie à elle. Tout ce qui est interdit à une femme destinée dès 12-13 ans à  enfanter et à materner. La jeune mère meurt à petit feu, piégée dans les préceptes rigoureux de son mari.                                                        

    Félix vit seul, « c’est comme ça », dit-il à sa sœur qui l’a appelé au chevet de leur père mourant. Félix n’a plus vu son paternel  depuis 10 ans. Il ne trouve rien à lui dire. Félix ne croit à rien. C’est un électron libre, en apparence insouciant. Pourtant, il refoule des sanglots la nuit au fond du lit.

    Meira contient son chagrin. Elle se retient de respirer, simule la mort, ce qui agace son époux dépassé par cette épouse qui lui échappe.

                                                        

    Echappée vers l’appartement de Félix pour écouter du gospel. Ce chant spirituel baptise l’amour naissant de Félix et Meira.  Leur relation avance à pas menus, à gestes timides, à élans esquissés. Une nuit  volée dans un hôtel de Brooklyn donne lieu à une scène d’intimité inouïe, la main de Félix caressant et caressant délicatement la chevelure de Meira. Leur bulle grandit, envahit l’univers étriqué et rituel de la congrégation.

    Shulem sent Meira s’éloigner. Il tente de la  retenir. Il tient à sa femme qui « donne sens à sa vie», explique-t-il à Félix, abordé dans une tentative désespérée de dissuader son rival. Shulem alterne désarroi et mise en garde. « Si Meria part, elle ne pourra jamais revenir dans la communauté et l’enfant grandira sans  sa mère. Cliquer pour ouvrir la photo  L’idylle innommable en terre hassidique implique des renoncements. Personne ne brusque personne. Chacun est face à lui-même, appelé à déterminer la part de liberté qu’il s’octroie.

                                    Félix et Meira : Photo

    Quel film magnifique (depuis le 4 février en FR, le 11 mars en Belgique), riche en non-dits, laissant libre cours à l’interprétation du spectateur. J’ai éprouvé un  réel bonheur à observer Meira et Félix, dégrossir leur attirance impromptue. Je m’en souviendrai longtemps.

    Je n’ai pas de mots pour exprimer ma reconnaissance à l’humanisme habité de Maxime Giroux. Le cinéaste québécois accentue mon  faible prononcé pour le cinéma de la Belle Province, trop rare par ici.

     


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