• A la recherche du passé présent

                     

                                               Trois verres de vodka par Schneidre

     

    D’une façon générale, les choses ne se passent jamais comme on l’espère, pas toujours comme on le croit, et rarement comme on en a le souvenir (Trois verres de vodka, JC Lattès).

    Dominique Schneidre relate des épisodes précis de sa grande amitié avec Andrzej Zulawski sur une douzaine d’années, de 1974 à 1986. Comme tant d’autres, elle a vécu l’emprise d’un homme arrogant, cynique, manipulateur, égoïste autant que flamboyant, séducteur, mystique… Le charme opère le temps des événements en Pologne, toile de fond d’une vie de bohème parisienne, entrecoupée de tournages sulfureux et de rencontres inopinées, comme celles de Wajda et d’Isabelle Adjani, pressentie pour Possession. 

    En même temps, je lisais J’ai vécu dans mes rêves (Livre de poche 34559), les confidences lucides de Michel Piccoli sur sa vie d’acteur, recueillies, par Gilles Jacob, ancien patron du festival de Cannes. Les deux sont devenus amis; ils entretiennent depuis quarante années une correspondance ludique et graphique dont des extraits sont publiés en fin de cet ouvrage court sur une des carrières les plus longues du cinéma français.

    Piccoli n’avait qu’une idée en tête : éviter l’ennui, au contraire de ses parents, musiciens professionnels, qui exerçaient leur métier sans le moindre entrain.

                               "Faire l’acteur, c’est vivre dans l’illusion, s’inventer des identités successives."

                                                        Michel Piccoli septembre 1991 2

    Il  a tourné dans plus de deux cents films, aussitôt oubliés dès qu’ils existaient. Il n’encombrait pas sa mémoire. C’était presque délibéré chez lui, de ne pas regarder en arrière. Pourtant, l’acteur des rôles bizarres se souvient très bien des moments privilégiés de sa vie, entre autres la rencontre de Romy Schneider, sur le plateau des Choses de la vie et de Max et les ferrailleurs.

    «Elle était radieuse et magnifique. Je l’appelais "la chleuh". Elle savait que j’aimais me moquer d’elle et elle aimait ça. La chleuh ! C’était le genre de chose qui la faisait rire comme une folle.»

    Piccoli n’a jamais été un de ses prétendants mais il l’a bien connue. Il a vite compris que Romy n’arrivait pas à être heureuse et «qu’elle ne savait pas ce qu’il fallait faire pour l’être

    Galerie Photo - Les Choses de la vie de Claude Sautet ...

                                                                                  Sept ans plus tôt, en 1963, il donnait la réplique à Brigitte Bardot dans Le mépris de Godard. L’innocence et la spontanéité de Bardot l’éblouissent.

    «Ce n’était pas une diva prête à faire tous les caprices auxquels on aurait pu s’attendre. Elle avait d’ailleurs pour problème principal comme d’être dépassée par sa gloire encombrante. Elle était en quête de savoir. Elle se demandait comment faire au mieux. »

    Aujourd’hui, Piccoli est au chômage. Les assureurs refusent de couvrir ses prestations. Sa mémoire se dégrade. Ce non-conformiste dans les tripes (Themroc, Dillinger est mort, personnages quasi mutiques) sent son énergie décliner. Place donc aux souvenirs.

    Michel Piccoli répond franchement à son ami Gilles Jacob tandis que Dominique Schneidre préfère le roman autobiographique pour réveiller le passé. J’avoue n’avoir pas compris comment l’auteur a supporté les frasques de Zulawski qu’elle a longtemps hébergé dans son appartement de la rue du Cherche-Midi. Elle témoigne d’une amitié indéfectible même si l’irréductible frondeur est sorti de sa vie,

                                                    Andrzej Żuławski, en juillet 2006 à Moscou.

    «sans bruit pour une fois, sans éclat et peut-être sans regret, j’aime mieux ne pas savoir. Il traînait dans mes souvenirs et ressortait à l’occasion d’une rencontre avec un ami commun ou quand j’ouvrais mes albums de photos dans lesquels il siégeait, magnifique et disponible, parmi ces dizaines de pages où nous étions encore, pour la durée de ces tirages, jeunes, gais et pleins d’avenir.»

    Dominique ne reverra jamais celui qui l’avait fait bouger, enrichie, lui avait ouvert l’esprit. «La nuit tombe vite sur les amitiés», mais une lueur demeure à jamais, celle de moments inoubliables, intenses et fougueux.

    Piccoli a nonante-deux ans. Il semble avoir (eu) peu d’amis. Il dit avoir toujours été comblé et content de faire son métier, jamais vraiment inquiet. Dominique a septante-cinq ans, elle ne nourrit ni regret, ni nostalgie. Elle continue à écrire avec entrain. Zulawski est mort il y a deux ans, il avait septante-cinq ans.

    Se souvenir, c’est conjuguer son histoire au présent. Je me souviens précisément du choc à la vision de L'important c'est d'aimer, film crépusculaire, vu à vingt ans.

     

     

      

     

     


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