• A la recherche du collectif perdu

                      

     

            Cinéma tonique tiré du réel, Eddie The Eagle et Good Luck Algeria sur les écrans aujourd'hui.

     

     

        Nostalgie : prise précaire sur la représentation intérieure d’un objet perdu (Jeu et réalité, D.W.Winicott, p.61).

     

                                                           Berlinale 2016: KOLLEKTIVET von Thomas Vinterberg

    L’objet perdu de Thomas Vinterberg, c’est la société d’amitié, d’amour et de solidarité qu’il a connue entre sept et dix-neuf ans alors qu’il vivait en communauté. Kollektivet (13 avril en Belgique, sortie indéterminée en France) dépeint la grande utopie issue d’un coup de tête. Anna a envie de bannir la routine. Elle presse son mari de partager avec des amis la grande maison héritée  du père d’Erik. "Tu es gentil, mignon, dit-elle à son homme, mais tu racontes toujours la même chose". A quarante-trois ans, Anna sent la vieillesse pointer, elle a soif de renouveau.

    «Suivez le mouvement, profitez, ça passe si vite», le refrain ouvre et clôt un psychodrame enlevé, terriblement cruel pour l’instigatrice de la communauté. Erik arrête d’être un suiveur, il se met en mouvement. Il tombe amoureux d’Emma, une étudiante qui ressemble à Anna jeune : "je vois qui tu es, dit l’amoureuse, et j’aime bien". 

    Emma stimule Erik, l’architecte en panne d’inspiration reprend un grand projet urbain.  Berlinale: Die preisgekrönten Gewinner-Filme | Alle Inhalte | DW.COM ...

    Mouvement aussi chez Freja, sa fille de quatorze ans. Elle surprend son père au lit avec sa maîtresse. "Ne dis rien à maman, dit-elle, je n’aime pas les changements". L’honnête Erik avoue tout de même son idylle à Anna. Celle-ci, grand seigneur, intègre Emma dans le groupe. "Il a le droit de suivre ses sentiments", explique-t-elle à Freja. Du coup, l’adolescente  s’ébroue et se jette dans les bras d’un garçon plus âgé.

    Et que devient la communauté ?

    Présentations. Ditte et Sreffen ont l'expérience de la vie en groupe. Ils sont admis avec un enfant cardiaque de neuf ans. Ole est seul, sa femme l'a largué. Mona donne son corps avec entrain. Allon est fauché et pleure pour un rien.

    Ce petit monde prend ses marques collectives au cours d'assemblées épiques débattant de menus et gros problèmes. La bière coule à flots, les rires fusent, les larmes coulent parfois. Le président de séance est intraitable sur le désordre, il brûle tout ce qui traîne dans les pièces communes.

     Kollektivet. Un film di Thomas Vinterberg. Orso d’argento per la ... Thomas Vinterberg se souvient des années 70’, dans la foulée de mai 68 : "c’était fou, chaleureux et fantastique, c’était un temps de discussions homériques, d’amour et de tragédies personnelles". Kollektivet (La communauté) a été tourné en hommage aux valeurs communautaires submergées par l’individualisme forcené qui prévaut aujourd’hui.

    Trine Dryholm a obtenu le prix de la meilleure actrice au dernier festival de Berlin pour son interprétation sensible d’Anna, gagnée par

    le désespoir après l’euphorie des joyeux débuts. Berlinale 2016: The Commune – first look | Sight & Sound | BFI

     

    Les soucis personnels prennent finalement le pas sur les idéaux collectifs, surtout si un ménage à trois pousse dans la communauté. Vinterberg saisit d’une caméra aigüe le désenchantement d’une génération et s’interroge sur la génération montante, ballotée entre sentimentalisme et lucidité cruelle. Mon attention s’est concentrée sur la texture des rapports humains, passionnante étude de mœurs déployée dans un montage fluide propre aux grands auteurs.

    Aujourd’hui, le rêve communautaire a vécu, timidement perpétué dans les dérivés que constituent l’habitat groupé et la coopérative artisanale en terrain bio. La communauté émotionnelle garde, elle, droit de cité, chaque fois qu’un drame secoue la société. Dommage qu’il faille catastrophes naturelles ou attentats pour que les humains renouent avec les vertus du collectif.

     

                                         Atelier Cinémouvance  le 16 avril : Internet, réseau dans tous ses états              


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